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pour le maintien de Tordre public^ d'enjoindre à la gendarmerie des environs de faire des courses fréQuentes dans le canton, pour y arrêter les émigrés et faire respecter les lois; qu'il serait même prudent de placer, pendant quelque temps, une brigade de gendarmerie dans le cantoa, poi^ y faire m. service plus assidu et prévenir les querelles j^ticulières sof les opinions politiques et religieuses; mais quecette brigade ne suffirait pas pour opérer l'exécution de la loi diU 20 fruiv-. tidor relative aux prêtres déportés, dans le cas où il se fè* rait des arrestatiops de prêtres; enfin^ qu'U y a lieu d'eur joindre aux municipalités du canton d'Orcba^ips. de ne flja» faire à l'avenir aucune convocation d'assemblée qu'en coih forniité des lois. — Vieille, vice-pr.> Roy, Tournier, Mair^ secrétaire. »
Le département ratifia cette décision» troi;» jours aprè&, eo déclarant que la réunion des municipaUtés à Orcbamps était. nulle et illégale; qu'il leur était fait défease de prendre 4 l'avenir de semblables délibérations ; et qu^'à cause des diù^ sions qui troublaient ce canton, le comjtnandant de la gea^ darmerie serait invité à placer, s'il ^tait possible, une bri^diOi à Orchamps.
Les jacobins du canton d'Orcbamps, regardant cet afrèté comme non avenu, se réunirent de nouveau au cbef-liea du canton, dans les derniers jours d'octobre, et y prirent d'au-. très mesures pour se rendre maîtres des élections, en dépit de l'immense majorité déclarée contre eux. Ils étaient vemi% munis des armes qu'ils avaient encore seuls le privilège de pcxc^ ter. Deux prêtres apostats et terroristes, Just Magnin-Tocbqt et Ferréol-Xavier Goguillot, les excitèrent à l'envi par de$^ discours incendiaires. Q'est sans doute dan^ oette réimioA que fut rédigée cette dernière $omuxa,tion adressée aux catholiques et suivie de cent vingt-quatre signatures.
Invitation par les patriotes du canton cTOrchamps à teitrs
concitoyens effarée,
« Concitoyens, depuis cinq ans vous êtes victimes d^ U séduction Depuis cinq ans, des homn^es pétrie d'orgueil Qt d^mbition, des hommes qui ne respirent que sai^etcaroage)
se servent de vous pour nourrir leurs passions. Ils vous dirigent, par la voie la plus courte, à l'esclavage ou à l'échafaad. Réfléchissez sur les maux dans lesquels ils vous ont plongés. Que) a été le fruit du soulèvement de septembre 1793? Que peuvent-ils vous promettre des émeutes nouvelles qu'ils excitent? Sans ces hommes perfides qui vous agitent, vous seriez aujourd'hui ce que vous étiez en 1789, les amis de la Révolution. Alors vous étiez, comme nous, les zélés partisans de la cause de la liberté ; alors vous vous réjouissiez avec nous de la chute de la tyrannie et de la féodalité; alors il n'eût pas fallu vous rien proposer contre la liberté! Mais insensiblement et tout en vous caressant, les pervers creusaient de vos propices mains l'abîme dans lequel ils se proposaient de vous précipiter.... Vous convenez que s'ils n'eussent point jeté le trouble dans vos âmes, vous n'eussiez jaudais cessé de jouir du calme, de la tranquillité. Secoaez ce nouveau joug ; écoutez la voix de vos frères.... La constitution est acceptée; la Révolution est terminée; toute idée de retour à l'ancien régime est chimérique. Nous ofirous di'une main la palme, l'oUve de la paix ; mais, vous le savez, il nous en reste une prête à frapper tout ce qui s'obstinerait à lutter désormais contre les lois. — Just Magnin-Tochot, Yuilhev, Bourdenet, juge de paix^ etc. »
Ces fanatiques d'impiété, en rendant justice aux sentiments libéraux qui avaient animé tous les hommes religieux an commencement de la Révolution, ne voyaient pas que ces sentimeiits n'avaient nullement changé^ et que c'était encore pour la liberté, l'égalité et la souveraineté du peuple que les catholiques combattaient, en luttant avec tant de courage et A% persévérance contre la tyrannie d'un millier d'avocats voHairiens entremêlés de coupe-jarrets.
X. Le district terroriste de Pontartier, à peine rentré en place, voulut avoir, comme les jacobins d'Orchamps, comme 1» Convention elle-même, sa conspiration royaUste à démasqioftr et à terrasser. M. de Pouthier, comte de Saône, émigré Ûsontin, était retiré depuis plus d'un an dans la ferme de Gottandan, près de Colombier, sur le lac de Neushatel, et il y trayaillait silencieusement, dit-on, à ramasser de la poudre,
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des armes et des recrues pour Tarmée du prince de Condé. Un aubergiste de Neuchatel, nommé Vattvill, qui était son principal commissionnaire, ayant conçu des craintes sur les suites funestes que ces manœuvres occultes pouvaient avoir pour lui-même et pour son pays, se détermina à les dévoiler au gouvernement neuchatelois. Une enquête secrète eut lieu par ordre de la justice, et un mandat d'arrêt fut lancé contre le lM)mte de Saône, qui s'y déroba par la fuite. Les districts de Pontarlier et de Saint-Hippolyte eurent vent de cette affaire, dans les derniers jours de septembre, par quelque patriote exalté, qui lui prêta les dimensions d'une vaste et effrayante conspiration prête à éclater et à couvrir d'émigrés armés tout le territoire du Doubs. « Les émigrés, disait-on, avaient même des intelligences dans les forts de Joux et de Blamont, qui devaient leur être livrés, à leur première apparition ; et ces scélérats devaient opérer ensuite leur jonction avec Condé, par le Mont-Terdble, en grossissant leur armée de tous les royalistes, fanatiques et anarchistes de Tintésieur. »
A cette nouvelle, le district de Saint-Hippolyte s'empressa d'envoyer le citoyen Tissot, de Trévillers, ex-administrateur, auprès du gouvernement neuchatelois pour reconnaître la vérité. Le lendemain, 30 septembre, le district de Pontarlier fit partir pour la même destination les patriotes MuUer et Loiseau, en les chargeant de demander les copies intégrales (( de toutes les dépositions et informations faites devant les autorités du pays. » Mais le district de Pontarlier ne s'en tint pas là. Croyant ou affectant de croire à une invasion imminente^ il s'agita beaucoup, prit toutes les mesures de guerre usitées dans un moment de danger, et entre autres il prescrivit aux chefs de la garde nationale des cantons frontières de tenir tous leurs bataillons sous les armes. La municipalité de Pontarlier, mécontente de ce branle-bas, qu'elle supposait avec raison dénué de tout motif sérieux, et qu'elle voyait jeter inutilement l'épouvante dans le pubUc, décida, le 2 octobre, que le département en serait informé et prié en même temps d'envoyer un commissaire en Suisse, afin de vérifier les faits et de s'assurer si l'on avait réellement à
se mettre en garde contre quelque entreprise, ou si le peuple devait se tranquilliser.
Le département, en recevant cette délibération, se montra justement blessé de ce que le district ne lui avait pas encore fait la moindre communication à ce sujet*. Il déclara, le 4 octobre, que si le directoire de Ponlarlier avait conçu des craintes fondées relativement à la sûreté extérieure et intérieure du district, il avait pu et dû prendre des mesures pour écarter le danger; mais qu'aux termes de la loi du 28 germinal, après avoir pris ces mesures, il devait s'empresser d'en rendre compte au département; que cependant le département n'avait reçu du district aucun avis des périls dont il se croyait menacé ; qu'il était constant, d'après la délibération de la commune de Pontarlier, que le district avait pris des mesures qui ne pouvaient être justifiées que par un danger réel et pressant, mesures qui, si elles n'étaient pas nécessaires, ne pouvaient avoir d'autre effet que de jeter, dans l'âme des citoyens, des alarmes au moins inutiles et qui pouvaient devenir dangereuses ; que le premier effet de ces mesures avait été d'inspirer de la défiance au conseil général de la commune de Pontarlier; qu'il importait de faire cesser la mésintelligence qui se manifestait entre ce conseil et le directoire du district, et que pour y parvenir, il n'y avait pas de moyen plus sûr que de faire vérifier les bruits qui avaient excité les craintes du district; qu'en conséquence, le citoyen Bourqueney, administrateur du département, se rendrait incessamment à Pontarlier et même à l'étranger pour vérifier les faits, prendre toutes les mesures qu'il jugerait nécessaires, et même requérir la force armée. » Le département chargea en même temps M. Bourqueney d'une autre commission, qui ne dut pas être plus agréable au district ; il le chargea « de vérifier dans les bureaux de cette administration les minutes des procès-verbaux d'enchères et d'adjudications des domaines nationaux, et d'ordonner l'apport, au secrétariat du département, de tous ceux que des ratures, des surcharges et autres altérations rendraient suspects. »
M. Bourqueney partit immédiatement pour Neuchatel, et s'y rencontra avec Tissot, Muller, Loiseauet Gallet. De retour
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à Pontarlier, le 6 octobre, il s'empressa d'écrire à ses collègues : (( Si ua complot a réellement été formé, il est totakment déjoué par le gouvernement de Neuchatel, et il ne présente plus de danger. U y a décret de prise de corps contre rémigré Pouthier, comme prévenu de manœuvres tendantes à compromettre la neutralité de TEtat de Neuchatel. Le commissaire du district, revenu de Suisse hier, persiste à affir^ mer qu'il j a eu réellement un complot. Le général Perrand, que j'ai trouvé ici. se charge de vous dire ce qu'on dit id de la réalité de ce projet. »
Le district ne voulut pas démordre de sa grande conspiration; il écrivit, le U octobre, au département : « Nous vous faisons passer copie des enquêtes faites par le gouvernement de Neuchatel, relativement à un projet d'invasion de la part des émigrés, sous les auspices d'un nommé Poultier^ ainsi que le rapport des citoyens Muller et Loiseau, députés par nous en Suisse à ce sujet. Les résultats des enquêtes paraissent propres à dissiper les inquiétudes ; mais ce qni justifie celles que nous avions conçues, c'est que depuis le retoar des commissaires, nous sommes informés que, le^t courant (43 octobre), MM. Meuron etBovet, commissionnaires à Nea* chatel, ont reçu plusieurs caisses de fusils, adressées à un inconnu, non désigné dans les lettres de voiture, mais devant être délivrées à celui qui viendrait les réclamer et serait porteur d'un ordre du gouvernement, semblable à celui qui accompagnait cette expédition. Les commissionnaires, éveillés par les démarches faites quelques jours auparavant, et craignant de se trouver compromis, crurent devoir faire lear déclaration au maire de la ville, qui constata le fait. Personne ne se présente et ne se présentera sans doute pour réclamer ces fusils. L'ordre prétondu du gouvernement pour en faciliter la libre circulation a été, dit-on, retiré par lui ; il le désavoue et le regarde comme un acte faux, dont il se propose de punir les auteurs. »
Les pièces de l'enquête neuchateloise nous montrent les émigrés français de toutes les classes, réduits, dans le canton de Neuchatel, au nombre de moins d'une centaine; les prêtres déportés, déjà devenus rares dans cette contrée, et sur-
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Veillés par une police rigoureuse, qui quelquefois les faisaït saisir pour les transporter ailleurs ; le comte de Saône, vivant dans une solitude complète, et ne voyant guère de person- 'Hâges notables que Fauche-Borel et M. l'abbé de Chaffoy, vicaire général de ftesançon, toujours retiré à Cressier et "étranger aux projets de son compatriote ; et enfin toutes leis ittanœuvres du gentilhomme franc-comtois à l'intérieur se ivornant à chercher, par l'entremise de M. Tabbé Colin, à se procurer des entrevues avec M. Gloriod, maître de poste à Pontarlier.
Le département se contenta de transmettre au Comiié de sûreté générale, le 22 octobre, un rapport de M. Bourquenej •ôobstatant qu'en définitive on avait fait beaucoup de bruit pour rien.
XI On peut certainement en dire autant d*une prétendue manifestation royaliste qui aurait éclaté àMaiche, àToccasioù de!5 élections de la garde nationale. La Convention, délibérant, le 16 juin, sur la réorganisation de cette garde, et fatiguée par les mouvements royalistes et terroristes qui alternaient en ce moment à Paris et dans le reste de la France, résolut de lier par un serment particulier, à Tordre de choses auquel elle présidait, les ofBciers qui devaient être prochainement élus. Cette mesure pouvait s'excuser par l'exempte ■des gouvernements antérieurs, qui toutefois n'en avaient pâfe trouvé un traître de moins ni duré une heure de plus. Mais an lieu de faire promettre par ces officiers un attachement inviolable à la république une et indivisible, comme il semblait tout natureljOn imagina, par une inspiration bien digne de ce temps de colères théâtrales, de leur faire jurer haine à ia royauté et à Vanarchie. Cette formule, plus dramatique qufe Sensée, n'arrêta aucun des vrais conspirateurs qui travaillaient en ce moment dans l'intéri^t des deux partis extrêmes; son seul résultat fut d'écarter quelque? hommes probes et l^ligieux, qui, tout en mettant, dans leur conscience, une distance très grande entre la royauté et l'anarchie, n'auraieilt jamais consenti à trahir un gouvernement républicaiii auquel les aurait liés un simple serment de fidéUté.
Le 9 juillet, le district de Saint-Hippolyte écrivit au dé-
partement : « Des citoyens de Maîche Tienneot à la hâte nous donner avis que le bataillon de la garde nationale s' étant assemblé au chef-lieu , pour qu'il fût procédé par le maire et les ofGciers municipaux à la réception du chef de bataillon, de l'adjudant et du porte-drapeau; lorsque le maire a dit an commandant : Vous jurez haine à la royauté^ ceUii-ci s'y est refusé et y a substitué : Haine à la tyrannie^ avec humeur et extravagance. Et sur les représentations d'un citoyen, que la loi n'était susceptible d'aucune extension ni restriction à cet égard, il s'est élevé, de la part de tous les officiers présents, les plus violentes vociférations avec mouvements menaçant de percer ce citoyen de leurs armes. Nous attendons incessamment le procès-verbal des officiers municipaux de Maiche, que nous vous ferons parvenir incontinent, avec les dispositions et mesures de sûreté générale que la gravité des circonstances nous obligera d'adopter. »
Vingt-sept gardes nationaux seulement, dans tout le bataillon, avaient protesté contre le serment incomplet du nouveau commandant et l'avaient dénoncé au district. Le rapport de la municipalité de Maiche n'ayant fait que confirmer le refus positif fait par M. P.-lgn. Nicolin, de SaintnJalien, commandant, et par une partie des officiers de Tétatmajor du bataillon, de prêter le serment de haine à la royauté, le district déclara, le 34 juillet, sur le rapport de Mercier, « que le refus de Nicolin laissait soupçonner l'intention de résister aux lois ; que ce refus avait entraîné celui d'une partie des officiers; que dès lors on ne pouvait plus savoir si la majorité de ce bataillon était pour ou contre les lois de la république, et s'il n'était pas travaillé par le fanatisme et l'intrigue des prêtres ; qu'il y aurait un grand danger à laisser le commandement à de pareils chefs ; qu'en conséquence, il serait sursis provisoirement à la réception de NicoUn, et 'que le juge de paix informerait contre les individus qui s'étaient permis, dans l'assemblée, de tenir des propos tendants à rappeler la royauté en France. »
Le département trouva ces mesures insuffisantes, et, tout en les ratifiant, le 6 août, il ajouta « que le refus de Nicolin, son affectation à réitérées fois de changer les expressions du
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sennent, et par là d'en altérer le sens, étaient une désobéissance formelle au& lois dans une matière essentiellement grave; que l'impunité d'un pareil délit serait d'autant plus dangereuse que l'exemple d'un chef de la force armée pourrait être et avait déjà été contagieux, puisque plusieurs officiers du bataillon avaient déjà annoncé l'intention de prêter le même serment que leur commandant ; qu'en conséquence, il serait procédé à une nouvelle élection de chef de bataillon à Maiche, et que Nicolin serait désarmé et incarcéré provi^ soirement dans la maison d'arrêt du district, jusqu'à la décision du Comité de sûreté générale. »
Le commandant, les huit capitaines, les huit lieutenants et les huit sous-lieutenants du bataillon de Msdche, répondirent à cet arrêté par la pétition suivante : « Si des troubles se sont élevés lors des élections, ils ont été suscités par X. Party, venant de Paris, où il avait été envoyé parle club de Maiche comme député aux jacobins. Ce jeune fat s'éleva contre rélection de deux jeunes gens rentrés en France en vertu de la loi du 22 ventôse, et élus à la presque unanimité. Nous protestons que nous sommes bons républicains, soumis aux lois, mais qu'en même temps que nous avons juré haine aux rois, nous avons juré une guerre implacable à la tyrannie^ et que l'oppression ne nous fera plus quitter nos foyers, nos possessions, et chercher dans une terre étrangère un pain trempé de nos larmes. Nous sommes pleinement décidés à une unique alternative : ou la victoire sur les méchants ou la mort dans le sein de la patrie ; et dussions-nous périr dans le combat, nous aurions en expirant la douce consolation de n'être plus les témoins de l'impudente audace des fripons et des oppresseurs. NicoUn, commandant, déclare en particulier que si, au milieu du tumulte qu'il n'a pu apaiser qu'avec peine, il put involontairement manquer au formulaire du serment prescrit, aujourd'hui, pour s'y conformer entièrement et de la manière la plus précise, il jure soumission aux lois de la république, haine à la royauté et à l'anarchie. £nr fin nous demandons i"" que l'élection soit confirmée; 2*" que X. Party soit mis hors d'état de troubler l'ordre public ; 2^ que la municipalité soit reprise pour avoir, par sa lâcheté, favo-
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rtsé le désordre. — P.-J.-B. Nicolin, commatidaiit; N.-C. Narbej, Humbert, P.-A. Prétot, P.-J. Morel, Cachot, A.-V. MoDnin, J. Lessas, Alexis Nappel, capitaines; Gauthier, C- J -T. Peqaignot,P.-F.BQrnequel,CL Sandoz, B.-F. Marion, J.-B. Barberot, F.-J. Cemay, F. Feuvrier, lieutenants; Ê. Berçot, C.-F.-X. Cagnon, F.-J. Jeanbrun, M. Jeanhenriot, Monniû, J. Guillemin, F.-J. Oudot, souà-lieutenaots; S. Meloy, porte-drapeau. »
Le département se borna à transmettre cette pétition an district, le 20 août. Le district n'y répondit lui-même qu*c& chargeant, six jours après, Mercier, l'un de ses membres, et le juge de paixBnessard d'aller, en qualité de commissaires, durveiller une nouvelle élection de chef de bataillon i Matche. Les deux commissaires s'y rendirent le lendemaia €i ftirent contraints de s'en retourner sans avoir rien fait. Ils déclarèrent, en rentrant à Saint-Hippolyte, «qu'après avoir entendu le vœu bien prononcé des gardes nationaux assemblés, il leur avait paru qu'il convenait pour le bien général et la sûreté publique, que l'administration nommât elle-même un commandant provisoire; car, d'après toutes les présomptions, la cabale et l'intrigue influeraient sur le nouveau scrutin, de manière à amener un résultat tout aussi fâcheux que le premier; qu'en tout cas, la pétition tendante à la réintégration de Nicolin devait être rejetée, et qu'il était à propos de ne pas pousser les informations plus loin, pour ne pas échauffer davantage les esprits. »
Cependant le district n^avait pas renoncé à poursuivre les gardes nationaux de Maiche, accusés de propos tendants an rétablissement de la royauté. M. Pequignot, juge de paix du canton, chargé depuis un mois de commencer une enquête judiciaire à ce sujet, l'ouvrit seulement le 30 août. Les télnoinsdéclarèrent,presqueunanimement, qu'il ne s'était tenu aucun propos royaliste dans l'assemblée, et qu'ils n'y avaient vu que des citoyens attachés à la république ; que l'officier municipal Bouhélier s'était mis du côté de Party et s'était même retiré avec lui pour boire à l'auberge; que Party avait crié dans l'assemblée qu'on ne devait pas nommer des pefsonnes rentrées en France en vertu de la loi du 22 nivôse ;
LBS DBRNIERS JOUBS DE LA CONYFNTION. <I83
^e jaraais il ne leur obéirait ; qiieleur place était plutôt sons la guillotine que dans les grades ; et que NicoUn devant sa nomination à ces gens-là, n'était pas légalement élu. Ces témoins ajoutèrent que la municipalité de Maiche s'était prêtée de très mauvaise grâce à la tenue de rassemblée et s'était «forcée de paralyser ses opérations; que Bouhélier, quib présidait, s'en était allé jusqu'à trois fois.
D'autres témoins déclarèrent que Nicolin, requis à plusieurs reprises, par la municipalité, de prêter le serment, s'y était refdsé, ce qui était devenu le signal du trouble; car alors Party s'était avancé au milieu du bataillon et avait dit qoe les compagnies n'étaient pas organisées suivant la loi ; que les individus rentrés ne devaient point occuper les charges; <qu'à l'instant on avait crié que c'était un terroriste, un biN veur de sang, qu'il fallait le chasser et le tuer ; et que le ca^ pitaine Narbey l'avait pris et emporté pour le soustraire aut coups dont il était menacé. J.-B.-Aiex. Farine, patriote de Damprichard, déposa qu'il avait entendu crier à différentes fois^ par des voix inconnues : Vive le roi! mais que cepen^ dant il n'avait pas pu reconnaître qu'il y eût dans l'assemj^lée un parti royaliste. Qu'au moment où le citoyen Narbey en»portait dans la maison de Ducreux le citoyen Party, qui tie faisait qu'augmenter ses vociférations, il avait vu plusieurs individus à lui inconnus lever des sabres nus et des bâtons pour en frapper Party, et que les coups avaient été parés par les deux frères Nicolin ; que ces deux frères avaient dit atout le bataillon: «Nous serions désolés de voir donnerdes €Oups à cause de nous ; n qu'ils avaient rétabli le ealme autatit qu'il leur avait été possible, et que par leur prudence ils avaient prévenu les suites fâcheuses qu'aurait pu avoir l'effervescence de l'assemblée.
Tous ces témoignages étaient trop favorables au principal inculpé et ils atteignaient trop vaguement les autres, pour que l'estimable juge de paix de Maiche trouvât à propos de donner aucun mandat d'arrêt à la suite de cette enquête ; il se contenta d'en transmettre le procès-verbal* au district. Celui-ci, éclairé à la fois par le rapport de ses commissaires et par l'enquête juridique, déclara, le 3 septembre, « que les
prêtres rentrés exerçant en ce moment sur le peuple un empire qui tenait du vertige, il fallait absolument éviter toute information et toute élection nouvelles; qu'on avait lien d'espérer, de la raison et du temps surtout, des circonstances plus propices, parce que la population avait de la probité, du sentiment et des mœurs, et qu'en attendant l'apaisement des esprits, le citoyen J.-F. Pelletier, chef d'escadron, retiré àMatche, et républicain d'un patriotisme connu, serait placé provisoirement à la tète de la garde nationale du canton, sauf ratification du département et des comités de la Convention. »
Les officiers de la garde nationale ayant encore une fois réclamé au district de faire droit à ]eur pétition, le district répondit, le 9 septembre, <( qu'il importait à la sîireté publique de ne placer à la tète des gardes nationales que des hommes vraiment prononcés pour l'exécution des lois ; que Nicolin, en prêtant un serment contraire aux prescriptions de la loi, s'était rendu indigne de confiance, et qu'en conséquence il n'y avait pas lieu de délibérer. »
Cependant, le Comité de sûreté générale, informé de l'arrêté de désarmement et d'arrestation pris contre Nicolin, avait écrit, le U août, au procureur général, que ces mesures n'étaient pas suffisantes, et que si cet officier avait provoqué à la désobéissance aux lois et au retour de ]a royauté, il fallait commencer une instruction criminelle contre lui. Ce fut seulement le 25 septembre que le procureur générai transmit cet ordre au district de Saint-Hippolyte. Le procureur syndic répondit, quatre jours après : a Au moment même de la réception de l'arrêté du département (qui prescrivait l'arrestation de Nicolin), cet arrêté fut remis au lieutenant de la gendarmerie avec une réquisition de le mettre à exécution. 11 fit de suite partir plusieurs gendarmes afin de procurer l'arrestation de Nicolin. Leurs courses, jusqu'à présent, ont été infructueuses. N'ayant pas de forces suffisantes dans ce district, à opposer aux fanatiques ligués pour soutenir et défendre ceux de leur parti, il nous est impossible de faire exécuter les lois et arrêtés rendus pour leur exécution. »
L'administration, n'ayant pas plus de confiance dans la
garde nationale de Maiche que dans ses chefs, avait Jogé à propos d'envoyer pour la suppléer, une partie des soldats que le département venait d'accorder à ses pressantes sollicitations, et dont la présence n'était plus aussi nécessaire du cdté de Blamont. Cette troupe, en arrivant à Maiche, n'y trouva pas, même de la part de la municipalité patriote, l'accueil qu'elle avait le droit d'en attendre. Le 23 septembre, Gazeau, commandant le détachement, écrivit que la municipalité, au mépris des ordres qu'elle avait reçus de l'administration, s'était refusée à fournir des logements aux cinquante fantassins et aux douze cavaliers qu'il amenait en cantonnement. Le district répondit par un arrêté qui enjoignait à la municipalité récalcitrante a de recevoir et loger fraternellement les soixante-deux militaires jusqu'à ce qu'il en fût autrement ordonné. »
La prétendue manifestation royaliste de Maiche ne fit que prouver en définitive combien les catholiques comtois étaient peu attachés à la royauté, et que s'ils détestaient à bon droit la tyrannie sans-culotte qui venait de les faire tant soufirir, un gouvernement vraiment populaire et national devait trouver en eux de vaillants et fidèles défenseurs. On en trouve une autre preuve dans l'absence de toute autre manifestation contre-révolutionnaire parmi eux, à cette époque où elles éclataient, dit-on, avec tant d'intensité dans un grand nombre de départements. En Franche-Comté, comme ailleurs, on était extrêmement las de la Convention ; on en était même si las que le moindre changement semblait à beaucoup de personnes un bonheur suffisant. Le seul procès politique de couleur royaliste intenté dans le Doubs pendant l'été de 1795 n'eut pour objet que quelques paroles fugitives échappées à la mauvaise humeur. J.-B. Robert, de Mont-de-Vougney, membre d'une des familles les plus cruellement éprouvées, et cultivateur à Cernay, près de Maiche, fut traduit devant le tribunal criminel par le jury d'accusation de Saint-Hippolyte, comme « ayant tenu des propos séditieux, provoquant à l'avilissement de la république. » Le tribunal, assemblé en chambre du conseil, déclara, le 2 août, que l'acte d'accusation était conçu enterpies trop généraux, et ne rapportait
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dAicuQê drcoostaace propre à déterminor an délit quali&é ^ classé daas le Gode pénal; qu'ea conségaence, cet acte d'aecusatioa éUdt aonoîé; mais que les propos attribués à Robert étant tout à la fois dangereux et injurieux envers les (Âtoyens, le préTenn était renvoyé devant le tribunal de police correctionnelle de Maicfae, où il rencontra, selon toute probabilité, la même indulgence.
XH. Les lecteurs de ce livre y ont trouvé trop d'oecasîoiK d'apprécier eux-mêmes la Convention par ses œuvres, po« que Fauteur y ajoute, avec quelque apparence d'utilité, son propre jugement ; luais en finissant le long tableau des maux qu'elle fit soufi'rir à notre pays et de la réparation incomplèle dont presque tous les fruits furent encore détruits misénblement dans un dernier accès de colère, on n'apprendra pas sans intérêt ce que le cbef des démagogues de filesaacoD, rintelligent Briot, pensait, quelques années après, de rassemblée dictatoriale, dont il avait plus que personne par^ tagé et servi les fureurs. [V écrivait, sous le règne du Direct toire, au représentant Baudin (des Ardennes) : a Groyez-vons que parmi les législateurs actuels, il y en ait un seul d'assez peu éclairé sur l'histoire de la Révoletion pour vouloir d'an régime qui a frappé également Marat et Camille Desmoulios, Yergniaud et Chabot, Condorcet et Jos. Lebon, Carrier d PhilippeauXfDanton et Basire, Héraut-Sécbelles et Anacharsb Glootz, Saint-J ust et Pétion, Buzot et Collot d^Herbois, Couthoa et Biroteau, Robespierre et Brissot, Soubrani el Perrin (de l'Aube), Gougeon et le duc d'Orléans, etc., etc., c'est-à-dir» tous les chefs et soi^ -chefs, non-seulement des partis prin- (àpattx^ mais des fractions diverses qui oui agité la Convention ! Croyea-vous qu'en voyant la moitié au moins des niem* bres de cette Convention, guillotinés, fosillés^ incarcérés» déportés, mis hors la loi par l'autre moitié, aux diverses époques de sa session, nous puissions vouloir jouer à pair ou non, pour ainsi dire, si nous serons victimes on bouri:eaux? >
Lorsque les jacobiçs eux-mêmes jugeaient de la sorte, on comprend tout ce que devait penser la multitude deseitoyens honnêtes, paisibles et religieux, qui, n'étant pas même aé-
LES DERNIKRS JOURS DR U CONVENTION. QJO
mis à ce Iriste privilège déjouer à pair oo non^ se voyaient condamnés, quelle que fût la chance du jeu, à rester perpéh tiihellement au rang des victimes, et à en fournir^ en défitû" tive, le plus grand uombre.
Au jugement politique porté sur la Convention par notre graud démagogue, il convient d'ajouter lejugement rendu smr la même assemblée, au point de vue moral et religieux, par un des conventionnels dont la mémoire est restée le plus en honneur dans le parti républicain. h^iA décembre n96, sous un gouvernement encore tout composé de^débriç de Ui tyrannie jacobine, l'abbé Grégoire, jacobin lui-même^ jetant un regard en arrière, écrivait avec une {ranclws^ qui n'était. ]^a$ sans courage : « Aucune des persécutions ne présente le«t caractères atroces de celle que nous venons de traverser. Nous étions destinés, à savoir qu'il j avait encof e 4u nouveau dans le genre du crime. U faudrait d«s sièdes pour réparer les ravages exercés sur les monuments delapiété'Qtdugéni^ accumulés pendant des siècles; on a détruit, je ne dirai pas pour des millions, mais pour des milliards Un calcul approximatif élève au nombre de trois cent mille les auteurs de tant de forfaits. Car chaque commune avait à peu près cinq ou six bêles féroces, qui, sous le nom de Brutus, ont perfectionné l'art de lever les scellés, de noyer, d'égorger. Ils ont dévoré des sommes immenses pour bâtir des montagnes, payer des orgies et célébrer trois fois par mois des fêtes qui, après une première représentation^ étaient devenues des parodies où figuraient deux ou trois acteurs sans spectateurs. Elles n'étaient plus composées à la fin que du tambour et de l'officier municipal; encore celui-ci, tout honteux, cachait-il souvent son écharpe dans sa poche en allant au temple de la Raison, hurler des sottises décadaires et célébrer ce qu'on appelait le culte de la Raison, le culte de la Loi, le culte de la Liberté, le culte de Marat ; car il a eu des autels. Mais ces trois cent mille brigands avaient pour directeurs deux ou trois cents membres de la Convention nationale qu'il faut bien n'appeler que scélérats, puisque la langue n'offre pas d'épithète plus énergique. Je sais gré à la Convention d'avoir décrété la république, mais elle a terni cette gloire par des
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crimes à l'aspect desquels la postérité reculera d*effroi. (Test elle qui, pendant trois ans, révoltée contre le peuple, voulnt lui arracher sa propriété la plus sacrée^ la religion ; c'est eUe qui invita les prêtres au parjure et qui démoralisa la nation; c'est elle qui vomit dans tous les départements cette horde de proconsuls, près desquels Néron, Sardanapale et Cartouche eussent été des hommes à canoniser. A la fin du xtiii* siède, on a fait en grand Texpérience que les prétendus philosophes, les athées, sont les êtres les plus intolérants et les persécuteurs les plus barbares. »
Cet arrêt est sévère; il Test tellement qu'il a fallu, pour nous décider à le reproduire ici, qu'il fftt, comme presque tous les témoignages recueillis dans ce livre, le jugement d'un homme qui fut à beaucoup d'égards le complice de ces grands malfaiteurs, et qui resta jusqu'à son dernier soupir Fadversaire déclaré de TEglise romaine, Tennemi implacable de la royauté.
TilBLEAU DBS ▲DMIlfISTRATBUBS DU DÉPARTKHBNT BT DBS DISTRICTS DU DOUBS, NOMMÉS PAR LB REPRtSBNTANT BALADIN, AUX MOIS DB MAI BT JUIN 1795.
Président : Cheyillet^ homme de loi.
Procureur général ; J.-B. Goucherj.
Directoire : Cl.-Et.-Jos. Louvot^ avocat, ex-maire de Besançon; J.-F. Michel, avocat, ex-juge de paix à Nancray; J -F. Voisard^ d'Indeyillers, ex-député à rassemblée législative ; Kilg, ministre luthérien et juge de paix àBlamont; Bourquenej, commissaire national près le tribunal de Baume ; Gavail, avocat, procureur de la commune de Baume; Proudhon, juge de paixàNods; Janson, administrateur du district.
Secrétaire général : Hannier.
Conseil général : Balleydier, président du tribunal de commerce; Bridant, négociant ; Arbilleur, procureur de la commune de Roset; Millot; Guenot, avocat et cultivateur à Thîse; Rougnon, professeur de médecine ; Benoit Baille, négociant; DacUn, entrepreneur de nitriére; Gouchery père, négociant; Guillemet, accusateur public; Martenne, homme de loi ; P.-Jos. Grappe, professeur de droit; Gl.-Denis Roussel, cultivateur à Naisey (pour le district de Besan* çon). — Gaudion, homme de loi; Richardin, idem; Mathieu Lambert, de Mouthier (pour le district d'Omans). — Masson,.juge du district; Demesmay, ancien administrateur du département; Cart dïaé, de Mouthe; Ravier, cultivateur, ex-administrateur du département (pour le district de Pontarlier). — Pourcy« exjuge; Tonnot, juge de paix à Quingey; Maistre, juge de paix à Byans (pour le district de Quingey). ^ Bulliard^ notaire à Rang