‹ Histoire de la peste bubonique en Mésopotamie [electronic resource]Chapitre 1 sur 16 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

J'ai été conduit à étudier ce sujet intéressant et fort peu connu des pestes de la Mésopotamie, à la suite des recherches que j'ai faites sur la chronologie et la géographie de la peste bubonique en Perse (1). Ayant reconnu que ,1e cenire, le sud et l'est de l'Iran ont été de tout temps complètement indemnes de la peste, et que la partie septentrionale et occidentale de ce pays fut à maintes époques le point affecté de préférence, je me demandai d'oti était venu le fléau qui, dans ces épidémies mémorables, avait ravagé l'Azerbaïdjan et le Kurdistan. Je croyais alors, sur la foi des auteurs les plus connus et les plus compétents, que la peste devait être une maladie origi-

(I) Mémoire lu, en août 1873, à la Société impériale de médecine de Gons* lantinople et imprimé dans la Gazette médcaik d'Orient.

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naire des plaines chaudes, basses et humides de la Mésopotamie. Je pensais, après toutes réserves, qu'elle devait du moins se développer plus spécialement dans ces pays que dans les régions plus fraîches, plus élevées et plus montagneuses de l'Arménie et de l'Anatolie.

Raisonnant dans cette hypothèse, je supposai qu'à certaines époques, le fléau, né aux environs de Bassora ou de Bagdad, avait pu irradier vers le nord en suivant le cours du Tigre et de l'Euphrate et en se propageant, des niveaux les plus bas, voisins du golfe Persique, aux régions les plus élevées. Cette hypothèse était alors la seule plausible. En effet, il ne m'était pas démontré dans ce temps, comme il me le fut ensuite par un nombre immense d'observations, que la peste bubonique était tout aussi bien une maladie des pays élevés, montagneux et intra-continentaux que des terres basses et humides qui sont voisines de la partie orientale de la Méditerranée et du golfe Persique.

L'une des voies par lesquelles j'ai reconnu la vérité de ce point de doctrine^ qui aurait passé pour un paradoxe avant mes travaux, est justement celle que j'expose dans les pages suivantes. Ayant étudié le mode de distribution de la peste en Mésopotamie dans le temps et dans l'espace, en mettant de côté toute idée systématique et toute théorie et en ne m'occupant que des faits, je suis arrivé bientôt avoir que les grandes épidémies de peste de la Mésopotamie venaient du nord, qu'elles s'étaient propagées de la source des grands fleuves vers leur embouchure et qu'elles étaient relativement plus rai es dans les parties basses et

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véritablement humides qui affleurent le golfe Persique. Le relevé des observations faites à ce sujet dans le dixhuitième siècle est non-seulement très-probant, mais il parle encore le langage le plus net et le plus significatif.

C'est de la discussion et de l'interprétation de ces faits épidémiologiques qu'il s'agit ici principalement. Les observations relatives aux siècles antérieurs sont, en effet, comme on va le voir dans le premier chapitre, trop écourtées et trop peu nombreuses pour donner lieu à aucun commentaire.

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