‹ Histoire de la peste bubonique en Mésopotamie [electronic resource]Chapitre 2 sur 16 · FAITS RELATIFS AUX PESTES DE LA MÉSOPOTAMIE DANS LES TEMPS A.NCIEXS · texte numérisé non relu

FAITS RELATIFS AUX PESTES DE LA MÉSOPOTAMIE DANS LES TEMPS A.NCIEXS

L'histoire des pestes de la Mésopotamie antérieures au dix-huitième siècle est trop incomplète et trop obscure pour fournir des données scientifiques d'une valeur positive. C'est donc seulement à titre de renseignements à compléter que je cite les faits suivants.

En l'an 166 de notre ère, à la fin de la guerre que Lucius Vérus fit aux Parthes, une épidémie grave débuta à Séleucie sur le Tigre, à quelque distance au-dessous de Bagdad. Elle s'étendit de là à tout l'Empire romain, qu'elle ravagea du temps de Marc-Aurèle. Astruc (1) a prétendu à tort cjiie Lucien (2), qui fut contemporain de ce fléau, dit qu'il vint d'Ethiopie.

Le témoignage du spirituel et satyrique écrivain grec n'est pas du tout explicite à ce sujet. Trois auteurs sérieux

(1) Origine de la peslô.

(2) Quomodo historia conscribeiida sil.

IIISTOIUH DK LA PESTE BUBONIOUE ION MÉSUl'OTAMIIO. 5

ol dignes de fois'inscmeiitdii reste contre cette assertion: ce gont Jules Capitoliri;, Ammien Marcellin et Eiitrope. Ils font venir le fléau de Soleucie même. Cette maladie, qui n'était pas du reste la peste bubonique, dura plus de vingt ans en Italie. En 169 Galien faillit en mourir à Aquilée, et en 188 et 190 elle continuait encore ses ravages dans la péninsule Italique.

En 808 il y eut, dit-on, en Mésopotamie une peste grave.

Procope affirme que la peste de qui débuta à Péluse en Egypte, après avoir parcouru la Syrie et la Palestine, envahit la Perse, et qu'il est à peu près certain que cette maladie s'étendit alors à toute l'Asie et jusqu'en Chine.

Ammien Marcellin mentionne une maladie grave {pestilentia)^ qui éclata à Amide (1) pendant le siège qu'elle soutint contre Sapor en l'an 3S9, par suite de la putréfaction des cadavres nombreux qui se trouvaient dans les rues, de la chaleur du climat et de l'état maladif de la population entassée. Cette peste, du genre Lœmodes (qui ne règne qu'accidentellement, mais frappe et tue très-rapidement), n'emporta, parmi les Romains, qu'un petit nombre d'individus que l'excès de la chaleur et la gêne résultant de l'encombrement prédisposaient au fléau. Dans la nuit qui suivit le dixième jour, il survint une petite pluie qui purgea l'air de toute influence morbifique et ramena la santé.

(I) Diarbikir, Sur In rive dfoifn du Tigre, métropole de In Mésopotamie .loim le lins-Empire.

G llISTOrilE DE LA PESTE BUBONIQUE

)ja peste se montra en Syrie au commencement de la diffusion de l'Islamisme et même avant la mort de Mahomet. Dans un Hadis cité par le Medjmèol-Bahrein, Mahomet dit : « Mes sujets meurent par la lance ou par la peste [taoïin). )> — Un autre Hadis est ainsi conçu : « Fuyez celui qui est atteint de la peste, car cette maladie « est très-contagieuse, elle se prend surtout en restant à « côté des malades et en leur donnant des soins. » — Mahomet mourut en 632, et on sait qu'en 639-40 une peste violente enleva en Syrie vingt-cinq mille hommes de l'armée du calife Omar. On dit que la maladie débuta au village de Emwas, entre Remlè et Jérusalem (1). Abou- Obeideh, chirurgien du prophète, et alors gouverneur de la Syrie, en mourut. — On ignore si cette maladie s'étendit à l'Est vers l'Euphrate ; mais en 68S il y eut une grande épidémie de peste en Syrie et à Bassora ; une quantité innombrable de personnes périrent. C'est probablement la même maladie dont parle l'historien Ibn-Djouzi : « En l'an 64 de l'Hégire (683-84) il éclata à Bassora une « peste chaude qui ne dura pas plus de quatre jours et a qui enleva plus de deux cent mille personnes. »

En 740 il y eut dans tout l'Orient une peste grave qui n'épargna pas probablement la Mésopotamie.

M. le docteur Perron, dans sa traduction de La médecine du 'prophète de Djélal-ed-dine abou souleiman Daoïid, dit que selon le récit d'El-Témini, la Syrie, jusqu'à la fin du règne des enfants de Mervvan (an 750), ne cessa d'être

(1) Remlè ou Ramleh à 4i kilomètres Ouest Nord-Ouest de Jérusalem sur la route de Jaffa.

EN MÉSOPOTAMlli:. 7

(ïii proie aux ravages des pestes, surtout Damas et la vallée (lu Jourdain. Selon Djélal-ed-dine, la peste se caractérise par des gonflements malins dont la violence d'inflammation tue, dont les alentours noircissent ou verdissent; fréquemment ces gonflements surviennent à l'aine et audessous de l'aisselle.

En 873, la peste fit d'immenses ravages en Syrie et en Arabie ; la Mecque en fut presque dépeuplée.

Deguigne relate qu'en 1079-80 une peste grave vint de l'Inde en Assyrie après avoir traversé l'Afghanistan et la Perse.

En 1098 il y eut en Orient une peste violente dont la localisation n'est pas connue.

En H78 une peste précédée d'une grande sécheresse et de la famine envahit le Diar-Djézirè (capitale Mossoul), le Diarbékir et la Syrie.

En 1200 une peste grave se répandit d'Egypte en Syrie où elle fit de grands ravages et où elle dura deux années entières.

En 1596 la peste régna à Caswine, dans l' Azerbaïdjan, à Bagdad et dans l'Arabistan. Une fièvre brûlante se déclarait avec des symptômes d'ivresse et d'assoupissement, des tumeurs douloureuses se montraient anx aines et aux aisselles. L'historien Koldébérine qui rapporte ce fait dit qu'à Bagdad, en un seul jour, il mourut vingt mille personnes.

Ces témoignages écourtés sont trop peu nombreux et trop incomplets pour qu'il soit permis de tirer aucune conclusion de leur rapprochement. Je remarquerai seu-

lêment que la peste de la fin du seizième siècle désola en même temps le Nord de la Perse et la Mésopotamie, J'arrive maintenant à V Histoire des pestes de la Mésopotamie dans le dix-huitième et dans la première moitié du dixneuvième siècle.

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