‹ Histoire de la peste bubonique en Mésopotamie [electronic resource]Chapitre 15 sur 16 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Les grandes pestes de la Mésopotamie dans le dix-hiiitièrae etle dix-neuvième siècle sont au nombre de trois seulement. Leur origine semble exotique en ce sens qu'elles se développèrent d'abord dans les pays voisins. Leur marche fut invariablement du Nord ou du Nord-Ouest au Sud, de la source des grands fleuves vers leur embouchure. Les épidémies de 1773 et de 1831 furent plus intenses et se propagèrent jusque sur les rivages du golfe Persique. L'épidémie de 1800 fut moins généralisée, elle s^arrèla avant d'atteindre la mer.

Le début de ces trois fléaux coïncida avec la saison d'hiver, leur développement eut lieu au printemps, leur déclin et leur extinction en été. Leurs recrudescences annuelles obéirent aux mêmes lois : après une incubation estivale de trois mois au moins, les germes de la maladie présentèrent dans quelques localités des revivifications en hiver et au [jrintemps. Ces nouvelles explosions se répé^ tèrent quelquefois pendant trois années. Dans ces dégradations successives, la maladie sembla avoir perdu en partie son caractère contagieux et la faculté de propagation à grande distance.

En dehors des années épidénliques et de quelques manifestations consécutives dépende durée, On n'a jamais

fO IIISTOIIIE DE LA l'ESTlil BUBONIQUE

observé en Mésopotamie depuis plus de deux cents ans, une peste endémique comme celle qui régna dans les temps modernes en Egypte, à Constantinople, en Arménie et en Géorgie.

La petite épidémie de peste de la Mésopotamie en 1867 est d'origine autoclithone. Elle- fut précédée de phénomènes pathologiques importants rappelant ces constitutions médicales pestilentielles qui dans le seizième et le dix-septième siècle signalèrent quelquefois l'arrivée des grandes pestes dans certains pays d'Europe.

Cette épidémie localisée obéit dans son début, son développement et son extinction aux mêmes lois que les trois grands fléaux ses congénères et ses prédécesseurs. Elle se montra comme eux après une période de répit complet d'une trentaine d'années.

Les faits qui ont été étroitement liés à l'étiologie de la peste en Mésopotamie, sont, d'une part, l'évolution préalable d'un certain nombre d'année d'immunité; d'autre part, pour les grandes épidémies, la présence de la maladie dans les régions montagneuses du Nord,

La saison d'été a toujours modéré, amoindri et arrêté le développement de ce fléau dans la contrée dont je parle. La chaleur exceptionnelle de ce pays et surtout celle du littoral du golfe Persique pendant les mois de juin, juillet, août et septembre, semblent avoir agi là sur les germes de la peste avec autant d'efficacité, pour les anéantir, que dans des expériences célèbres, une température de 60° à70«pour détruire les microphytes qui sont cause de l'altération des vins ou une température de 32°

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et mèino de 48" seulement pour tuer les bactéridies chai'boniieuses.

J'ajouterai coinine corollaire à ces données que plusieurs autres maladies zymotiques s'éteignent aussi en Mésopotamie pendant le' règne des fortes chaleurs. Le choléra en est un exemple remarquable. Du relevé d'un grand nombre d'épidémies il résulte que le développement de ce fléau obéit là aux mêmes lois que la peste, c'est-à-dire qu'il cesse complètement pendant les grandes chaleurs pour se renouveler en automne et en hiver, ou ■ au printemps;

Ces notions qui mettent en évidence l'influence capitale des saisons et des grandes forces physiques sur les épidémies, sont sans aucun doute plus rationnelles que le système exclusif de la contagion. Ce système, qui ne voit partout que fontières à garder et barrières à élever, ne se préoccupe, pas plus aujourd'hui que dans le .siècle passé, de la marche naturelle de ces grands phénomènes qu'on appelle les épidémies. Il ne veut y voir qu'une question de transport des germes morbides, et il ne comprend pas que les conditions de ce transport sont encore enveloppées du plus profond mystère. La nature ellemême met souvent des obstacles plus efficaces à celte transmission .que tous ceux que nous pouvons imaginer, quelquefois elle trouve, pour disséminer les germes ou pour les ressusciter, des moyens que nous ne connaissons aucunement.

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