RUE GUÉNÉGAUD , 3, PRÈS LE PONT-NEUF
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FAUTES A COKHIGER.
Introduction. Page xm, ligue G. Au lieu de : à par tant de maux: poussées la faim, lisez : à tant de maux; poussées par la faim. — Page xv, ligne 20. Au lieu de: témoignagesin certains, lisez : témoignages certains.
Page GG, ligne 8. Au lieu de: impossible, lisez : impossibles.
Page 92, lignes 2 et 3. Au lieu de : à ces extravagantes accusations comme bien fondées; les écrivains du xiv® siècle, etc., lisez : extravagantes accusations; les écrivains du xive siècle, etc.
Page 11 G, vers 2t. Au lieu de : brevi hora resol vit, lisez : hrevis hora resolvit.
Page 121, ligne 17. Au lieu de : terriibles, lisez : terribles.
Page 131, ligne 29. Au lieu de : infante d’Espagne, et qu’elle ne vit pas , lisez : infante d’Espagne, et conduite avec une pompeuse escorte vers ce pays qu’elle ne vit pas.
Page 138, ligne 4. Au lieu de : sistit, lisez : stetit.
Page 240, ligne 18. Au lieu de : porte de l’appétit, lisez : perle de l’appétit.
Ce livre, fruit de plusieurs années de consciencieuses et pénibles recherches, était terminé, quand la nouvelle de la réapparition du choléra indien, annoncée par les organes de la presse, est venue répandre une fois de plus la consternation en Europe.
J’ai dû faire subir à mon travail quelques changements indispensables que j’ai indiqués dans X Introduction, sur laquelle, pour cette raison, j’appelle l’attention du lecteur.
Le choléra, comme s’il eut été fatigué de sa retraite dans les lieux qui l’ont vu naître, ou, comme si la proie endémique qu’il y dévore chaque année lui fut devenue insuffisante, a recom-
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et sont sortis de ce sol impur du Levant, sur lequel ont germé, dans le cours des âges, les contagions les plus désastreuses : pourtant ils ne sont pas consanguins. Les traits de leur physionomie pathologique portent un cachet individuel et caractéristique qui empêche de les confondre.
L’un, le choléra, répand une teinte noirâtre sur la peau devenue glaciale et visqueuse, torture sa victime par des spasmes musculaires déchirants, et l’épuise par un cataclysme intestinal incoëreible.
Poison d’une autre nature, la peste noire soulevait la surface tégumentaire par des reliefs glandulaires ou purulents, la parsemait de disques livides, la couvrait de taches gangréneuses, et la rongeait par des ulcères virulents creusés sous des charbons incendiaires : l’expectoration d’un sang noir, fétide et corrompu complétait ce sombre tableau.
Sinistres voyageurs, ils sont partis de contrées limitrophes à cinq siècles de distance l’un de l’autre ; mais ils ont suivi un itinéraire différent pour accomplir leur lugubre pèlerinage.
La peste noire, après avoir franchi le seuil de l’Asie, se précipitait sur l’Afrique; elle envahissait ensuite les contrées méridionales et centrales de l’Europe, et allait se perdre dans les glaces du Nord.
Le choléra, au contraire, avant de quitter l'Orient, faisait une halte de deux années aux portes septentrionales de l’Europe; puis, pour pénétrer dans nos climats, il forçait cette barrière qu’il avait un instant respectée, gagnait 1 Afrique, et s’élançait sur le Nouveau-Monde à travers l’Océan impuissant cà l’arrêter.
INTRODUCTION
Faut-il attribuer au jeu de rélectro-magnétisme terrestre l’antagonisme dans la direction suivie par les deux épidémies? C’est là un problème qui, jusqu’à ce jour, n’a pu être résolu.
Lent dans sa marche, le choléra a mis plus de vingt ans à accomplir son premier voyage, et, après avoir visité deux fois l’Europe, s’est replié vers sa source pour continuer ses ravages endémiques.
Impétueuse et sans frein, la peste noire a parcouru le monde dans l’espace de trois années, et a disparu après cette unique invasion.
Le nombre des victimes du choléra a été très considérable ; le chiffre des victimes de la peste noire peut à peine se compter.
En somme, le choléra n’a aucun lien de parenté avec la peste noire; il ne peut lui être assimilé ni par sa nature, ni par ses caractères anatomiques, ni par son itinéraire, ni par sa durée, ni par l’étendue de ses ravages. C’est une maladie des temps modernes, créée, dit-on, par les infectes et paludiques exhalaisons du Gange, qui est venue, depuis quelques années seulement, prendre place dans nos cadres nosologiques, et grossir la légion déjà trop nombreuse des calamités humaines.
Les travaux que m’a nécessités cette démonstration m’ont naturellement conduit à écrire l’histoire de la peste noire, et j’ai cru remplir un devoir, en appelant l’attention du monde médical, des sociétés savantes et du public sur cette épidémie, la plus meurtrière de toutes celles qui ont éclaté sur la terre, et dont on ait conservé le souvenir.
En effet, la peste qui apparut en Judée sous le règne
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de David, celle qui dévasta la Thrace, celle qui sévit du temps d’Hippocrate, et que le divin vieillard a si savamment décrite dans ses œuvres immortelles, celle qui désola Athènes pendant la guerre du Péloponcse, et dont l Thucydide a laissé un tableau si émouvant, celle de Constantinople, qui a été racontée par les historiens Procope et Evagre, celle qui, sous les empereurs Commode et Marc-Aurèle , moissonna les provinces soumises aux Romains, et tant d’autres encore que je rappellerai, ne peuvent entrer en parallèle avec le fléau dont je vais m’occuper.
Les épidémies des siècles précédents n’affligeaient qu’une seule contrée, et se renfermaient dans le cercle restreint de ses frontières; la peste noire, au contraire, parcourait toutes les parties alors connues du globe, et n’était arrêtée dans sa marche par aucune barrière.
Cette grande catastrophe, à laquelle le déluge seul
peut être comparé, avait été annoncée, peu de temps avant son apparition, par les plus sombres présages.
Une pluie torrentielle , échappée de nuages à franges blafardes, était tombée sans interruption pendant six mois. On avait entendu, en différentes contrées, de sourds et longs retentissements dans les profondeurs de la terre, et d’orageuses convulsions en avaient déchiré la surface.
Un météore igné, aux exhalaisons fétides, précipité des hauteurs de l’atmosphère, avait embrasé, dans une immense étendue, les steppes de l’Asie septentrionale. En France, un globe de feu avait jeté dans le firmament un éclat semblable à celui du soleil. Un astre au front livide, une comète au teint noir, avait tracé son effrayante parabole dans le ciel d’Orient. Puis, d’étranges rencon-
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très sidérales avaient eu lieu, et les planètes supérieures de notre système, dans leur vitesse inégale, s’étaient trouvées en conjonction sur le plan de leurs immenses orbites.
Le deuil était partout, et, dans les croyances naïves de ces temps de simplicité mystique , chacun disait que le ciel s’était ligué avec la terre contre la race humaine.
Pendant que ces grandes révolutions météorologiques et astronomiques s’accomplissaient, des événements d’un autre ordre achevaient de consterner les populations.
Epoque de luttes incessantes entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, de transformations dans les mœurs et les tendances politiques, de divisions entre lespeuples, le XIVe siècle fut de tous les siècles le plus funeste au genre humain ; la guerre , la famine , la peste désolèrent successivement le monde.
Les guerres avec l’Angleterre épuisaient la France. La mer de Flandre, après une bataille livrée par Philippe de Valois au roi Édouard III, était restée, pendant plusieurs jours, teinte du sang de 30 mille morts. Le 23 août 1346, 40 mille Français périssaient dans les plaines de Crécy sous le canon des Anglais, qui faisaient le premier essai de cet instrument de mort. A la suite de cette désastreuse journée, Édouard s’emparait de Calais, dont le siège avait duré onze mois ; mais bientôt la peste forçait les combattants à conclure une trêve pendant laquelle les deux armées furent presque entièrement détruites.
En Allemagne, Étienne, fils de l’empereur Louis, s’était mis à la tête de 30 mille hommes, et ravageait la Souabe. Le 21 octobre 1347, Louis meurt, et l’élection de son successeur donne lieu à des troubles qui ne se ter-
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minent qu’en 1 349 par le couronnement de Charles IV .
Les Polonais se battaient contre les Moscovites ; la peste noire vient surprendre les deux camps, et les deux armées s’enfuient pour échapper à ce nouvel et implacable ennemi.
En Italie, les républiques étaient affligées par des guerres intestines et étrangères. A Home, Rienzi rétablissait le tribunat, et s’érigeait en souverain. Florence, déchirée par les factions, pillait et incendiait les villes voisines.
A Naples , le roi André , époux de la célèbre reine Jeanne, est mis à mort; le roi de Hongrie, furieux de l’assassinat de son frère, pénètre en Italie avec une armée nombreuse: tout fuit devant sa colère; Jeanne abandonne Naples; le meurtre du roi André est cruellement expié par une population innocente. Mais voici la peste : le roi de Hongrie, épouvanté, quitte la Sicile précipitamment, et regagne“ses états accompagné par le fléau qui avait anéanti ses légions.
En 1347, les Esténiens, voisins de la Livonie, peuple barbare qui avait embrassé la religion chrétienne, retournent à l’idolâtrie, par suite des exactions commises sur eux par les princes appartenant au christianisme ; ils envahissent la Livonie, massacrent les chrétiens, sans distinction d’àge et de sexe, et rasent les villes et les villages dont ils s’emparent.
Jean Cantacuzène se rend maître de Constantinople le 13 février 1347, et, l’année suivante, son fils se révolte contre lui ; tandis que ce souverain cherche à apaiser cette rébellion, Andronic, son autre fils, meurt de la peste.
Au milieu de ces nombreuses discordes et de ces
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guerres presque générales, les champs restaient sans culture, et la terre était frappée de stérilité : la famine désolait toutes les contrées et principalement la France, où elle régna, sans interruption, pendant quinze années.
Les populations des campagnes n’avaient pu résister à par tant de maux ; poussées la faim et le désespoir, elles se révoltaient par intervalles, et se précipitaient sur les nobles et les riches, qui souffraient moins qu’elles; mais, bientôt comprimées, elles subissaient de sanglantes représailles, et retombaient dans la misère et l’abjection. La peste achevait tous ces désastres.
Pour faire de ce fléau un historique complet, je l’ai pris à son début, dès ses premiers pas, et je ne l’ai quitté que lorsqu’il est allé se perdre au milieu des glaces des mers boréales. En recomposant son itinéraire, j’ai donné, avec toute l’exactitude possible, le dénombrement de ses victimes ; j’ai nommé les célébrités littéraires ou scientifiques, les personnages de distinction, les seigneurs et les souverains qu’il a frappés : j’ai en outre mentionné les cités les plus importantes au sein desquelles il a porté la désolation et la mort.
Au point de vue médical, je me suis attaché à reproduire fidèlement la physionomie de cette mémorable épidémie. Après avoir exposé les motifs, diversement expliqués, qui lui ont valu sa funèbre dénomination, après avoir indiqué les différences et les similitudes existant entre elle et les maux analogues qui, dans la succession des siècles, ont répandu la terreur parmi les hommes, j’ai signalé ses principaux phénomènes, son début, ses symptômes, sa marche, sa durée, et sa terminaison si fréquemment fatale.
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Plein de respect pour la foi fervente de cette époque mystique, et sans oublier de faire la part des superstitions astrologiques, j’ai parlé de la cause surnaturelle du lléau, attribuée aux iniquités des hommes et au courroux du ciel. La doctriue des philosophes grecs relativement à la vie organique de l’univers, la théorie de la pathologie et de la pathogénésie cosmiques n’ont pas été non plus négligées. Enfin, j’ai examiné les causes qui, moins mystérieuses, paraissent résider, d’après les appréciations modernes renouvelées de l’antiquité, dans le méphitisme paludéen oriental, dans la misère immonde et dans la barbarie des peuples. Loin de moi cependant la prétention d’avoir dissipé les ténèbres qui couvrent encore ce grand problème.
Au moyen âge, les autopsies cadavériques n’étaient point pratiquées ; les auteurs que j’ai consultés à cet égard n’en font aucune mention, et je suis resté forcément muet sur la question si intéressante de l’anatomie pathologique.
J’ai terminé ce travail, dont tous les éléments ont été empruntés à des sources irrécusables, en montrant l’impuissance et la fragilité des barrières que la frayeur opposait à la marche de la peste noire, l’inanité de l’hygiène prophylactique pour en conjurer les atteintes, et la puérilité des remèdes proposés par la médecine, encore dans l’enfance, et embarrassée dans les entraves de la superstition astrologique.
La mine dans laquelle je suis entré avait déjà été explorée par Hecker de Berlin, qui n’avait extrait qu’une faible partie des trésors qu’elle renferme ; c’est cette exploitation que j’ai reprise, et que j’ai tenté d’achever.
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Cependant, bien qu’incomplète et surchargée de redites et de théories obscures, la monographie de Ilecker m’a été d’un grand secours. Après l’avoir soumise au contrôle le plus sévère, j’en ai détaché des fragments intéressants, notamment l’ histoire de la secte des Flagellants, et V épisode du massacre des Juifs.
La plupart des nombreux documents que j’ai consultés sont inédits ou écrits en langues étrangères, et beaucoup d’entre eux n'avaient pas encore été traduits dans notre langue. Accablé sous le poids de mes matériaux, j’ai senti, dès le principe, l’embarras dans lequel me jetait leur abondance. Je n’ai surmonté cette difficulté qu’à l’aide d’un triage minutieux, et en retranchant de mon cadre les narrations fabuleuses et les récits roman osques de ces temps de crédulité naïve.
Mes citations auraient pu être fréquentes; mais, pour ne pas surcharger mon livre, et pour ne pas entraver la marche du lecteur, j’en ai été aussi sobre que possible, et je n’y ai recouru que lorsque mes assertions ont dû être appuyées sur des témoignagesin certains.
Parmi les personnes versées dans les études historiques qui m’ont communiqué des documents de la plus haute importance, ou qui m’ont prêté un concours empressé, je suis heureux de pouvoir citer M. Briquet, homme de lettres, dont l’érudition égale la modestie, et M. Daremberg, ancien conservateur de la bibliothèque de l’Académie impériale de médecine.
Grâce à l’empressement de MM. les Conservateurs des bibliothèques des universités de Vienne, de Munich, de Heidelberg, de Gœttingue, etc., j’ai pu obtenir de curieux renseignements se rattachant à mon sujet, et ren-
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fermés dans les précieux dépôts littéraires qui leur sont confiés.
Je remercie également mon compatriote, M. Louis Desprez, secrétaire de la mairie de Montrouge, dont la bienveillance soutenue et l’érudition sûre m’ont été trèsutiles pour la publication de cet ouvrage. Mon Histoire des Apothicaires, qui doit un grand nombre des documents qu’elle renferme à ses investigations patientes, n’a pas lassé son dévouement opiniâtre et désintéressé, auquel je n’ai pas hésité à recourir une seconde fois. Je le prie d’agréer le témoignage public de ma sincère reconnaissance dans la préface d’un livre appartenant, par l’auteur qui l’a écrit, à la ville de Reims, son pays natal, qu’il aime d’une affection profonde et éprouvée.
Reims, mai 1853.
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