‹ Histoire de la peste noire (1346-1350)Chapitre 15 sur 25 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Traitement curatif de la peste noire. — Physiologie pathologique du XIV® siècle. — Théorie insensée. — Le souverain remede contre l’epidimye. — Méthode de Gentilis de Foligno. — Traitement externe et interne. — L’or potable d’Arnauld de Villeneuve. — Deux manières de le composer. — Monstrueuses prescriptions. — Chiffre incalculable des remèdes. — Chalin de Vinario traduit par Daléchamp. > — Intempérance de la cour papale à Avignon. — Apostrophe amère de Chalin. — La topaze de l’anneau pontifical. — Élcctuaire emprunté à Arnauld de Villeneuve, et approuvé par les Facultés de médecine de Montpellier et de Paris. — Traitement de Gui de Cbauliac, le prince des médecins du XIV® siècle. — Inanité des remèdes. — Conclusion.

Après avoir parle des moyens prophylactiques, il ne me reste plus, pour compléter mon travail, qu’à exposer les moyens curatifs proprement dits.

Les données de physiologie pathologique sur lesquelles repose le traitement de la peste noire sont d’une simplicité telle, que, de même que je l’ai fait pour la prophylaxie, je ne puis me dispenser de les passer en revue pour bien faire connaître l’état

des sciences naturelles et médicales au moyen âge.

« Premièrement nous devons sçavoir que aux corps humains il y a troys membres principaulx, c’est assavoir le cueur, le foye et le cervel; chascun de ces trois membres a son eventoire propre. L’eventoire du cueur est dessoubs les aisselles ; l’ eventoire du foye est aux enguygnes (aines) et l’eventoire du cervel est au col, en la gorge ou environ les oreilles.

« Nous devons sçavoir que tout venin et maulvais aër régnent au temps de pestilence, lesquels sont contraires à l’humaine nature, car sitost que le maulvais aër est entré dedans le corps, il se mesle avec le sang, le corrompt et le detruict, et convient qu’il soit converty en maulvaises humeurs, et sitost qu il est corrompu de tout son pouvoir se tire vers le cueur comme au principal membre, mais tout incontinent que le cueur le sent, tant qu'il peust le refuse et l’envoye à son eventoire pour le bouter dehors. Il l’envoye dessoubs les aisselles. Mais il advient aulcunes fois que tel maulvais sang corrompu trouve les veynes estoupées qui dévoient aller tout droit vers le cueur, par quoy il s’efforce tant qu’il peult d aler vers 1 aultre membre principal qui est le foye, affin que ce qu il ne peult faire au cueur, qu'il le face au foye, mais le foye résisté contre tant qu’il peult et l’envoye à son eventoire qui sont les enguygnes. Et pareillement il est du cervel, car incontinent qu’il sent telle corruption, il l’envoye à son eventoire, parquoy nous pouvons facilement congnoistre en quelle partie du corps

est la matière corrompue, et pourtant s’il advenoist que l’on eust bosse, se elle est purgée, c’est prouffit pour le patient quant la seignée est faite à l’heure qu’il appartient.

« Or est-il assavoir que quant la bosse est dessoubs l’aisselle, c’est signe que le cueur est blessé, pour ce la seignée doit estre de la veyne du cueur du cosléoù est la douleur, et se le malade sent la douleur au costé du bras dextre, la seignée doit estre au bras dextre de la veyne du foye ou de la veyne qui est entre le petit doy et le plus prouchain de luy, et se il sent la bosse en l’engueyne près du membre secret, la seignée doit estre du pied du costé où est la bosse, de la veyne qui est entre le petit artoy et le plus prouchain de luy, ou de la veyne qui est entre la cheville et le talon , et tousjours du costé où est la bosse, et se la bosse se tire bien avant en la cuisse loing du membre secret , la seignée doit estre, du costé où est la bosse, de la veyne qui est entre le grand artoy et le plus prouchain de luy et non pas du bras, car la matière corrumpue retourneroit au foye et seroit péril de mort, et se l’on sentoit la bosse ès eventoires du cervel qui sont le col et la gorge, l’on doit faire la seignée du bras du costé où est la bosse, de la veyne du chief qui est entre le poulce et le doy démonstratif, ou se faire ventoser entre les deux espaules, et se la bosse est entre les oreilles ou environ, l’on doit faire la seignée de la veyne qui est dessoubs la langue, et se doit le malade tenir le plus joyeulx

qu’il pcult sans avoir paour, car la paour en telle maladie nuyst fort au patient. »

« Les grants clercs en medicine d’Avignon, » partisans, comme on le voit, de la saignée, qu’ils pratiquaient dans des régions déterminées , ajoutent : « Prenez des racines de gentiane, des racines de glay, des racines de cistre et de valerienne, et quant vous aurez desdictes racines de chascune ung petit, broyez-les dedans ung mortier avec ung peu de vin blanc , et du jus qui en sortira donnez à boyre au malade qui aura peste , et tantost sera guary , et en peu de temps \ »

Gentilis de Foligno ne s’est pas montré, à l’endroit du traitement curatif de la peste noire, d’une fécondité moindre qu’à l’égard de la prophylaxie; sa thérapeutique brille d’un luxe éblouissant qui déguise, sous un éclat trompeur, l’inanité des prescriptions. Nous allons le suivre au milieu des ténèbres de cet imbroglio pharmaceutique.

Yoici ce qu’il dit dans le troisième chapitre de son ouvrage :

« Maintenant je vais parler des remèdes médicaux et chirurgicaux. Ces remèdes seront tirés, selon la nature et la force de la maladie, des médecines

1 Tercium capitulum principale est hoc : in quo ponuntur auxilia tam ad actum phisicum quam ad aclum chirurgicum curatiuum necessaria : et erunt auxilia a natura et qualitate egriludinis sumpta tam per medicinas simplices quam per

1 Le Souverain remede contre l'epidimye, loc. cit.*

simples et des médecines composées, dont l’emploi pourra avoir lieu, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur. Après avoir fait observer qu’il y a similitude de vertu entre les médicaments ci-dessus indiqués et ceux que je vais décrire, je commencerai par déclarer que je suis d’un avis contraire à celui de quelquesuns qui ne veulent pas que l’on ouvre la veine médiane, et que l’on pose des ventouses aux jointures des omoplates, lorsque l’apostème paraît au-dessous de l’omoplate. Si l’apostème est situé au cou ou à la tète , ouvrez de suite la veine céphalique dans les deux pouces ; si, à l’aisselle ou au bras droit, ouvrez la veine du poumon, qui se trouve dans le doigt du milieu et dans l’annulaire de la main droite; si, sur le cœur, ouvrez la veine de la rate, placée au milieu des doigts annulaire et auriculaire de la main droite; si, sur le pied gauche ou à l’aine, ouvrez la veine nommée paralytique, qui se trouve au milieu

compositas : et tam per interius qnam per exterius applicandas. Primo proeedo atlenlo tenore uirtutis similario tam cum supra positis medicinis quamcum dicendis. Incipiendo primo occursüm in preuaricantibus a flebotomia uene médiane : et a uentosis in locis in qnibus spatule clauduntur et hoc si apostema apparet infra spatulas. Si uero in collo uel capite incidenda est subito uena capitis siue cephalica in duobus polici* bus. Si uero apparet subascellauelinbrachio dextro minuenda est uena pulmonis in medio medii digiti et anularis de eorum bracbio. Si uero in corde minuenda est uena splenisin dextra manu in medio anularis et auricularis. Si in sinistro pede uel in inguine minuenda est uena que dicitur paralitica in me-

du petit pouce du pied, ou la veine la plus proche, du même côté; si, surle pied droit, ouvrez la veine nommée la veine des femmes , et il est à croire que ces saignées soustrairont le malade à la mort; mais elles doivent être pratiquées jusqu’à la syncope, nommée par les médecins lipothymie, 'c’est-à-dire évanouissement. Au temps de la grande peste de Padoue, pendant la guerre des Vénitiens, j ai vu employer ces saignées avec succès.

Si l’apostème disparaît après la première saignée, et qu’au bout de quelques jours il en apparaisse un autre, ce qui arrive ordinairement chez les malades très-infectés, recourez à une nouvelle saignée, afin d’expulser le reste des humeurs morbides, et avez soin de restaurer le malade avec des aliments

substantiels, tels que de bons poulets et d autres mets réconfortants.

dio parui pollicis pedis uel proxima sibi in eodem latere. Si uero in dexlro pede minue uenam que dicitur uena mulierum : et eredendum est quod ille flebothomie libarant bominem a morte : sed debent fieri usque ad sincopim recuperabilem quam lipothomiam medici uocant id est animi defectionem. Et ego in peste grauissima Padue tempore guerre Uenetorum uidi expcrientiam dicte flebothomie.

Si autem litescit per primam flebothomiam et post alios dies apparet alia sicut solet in ualde corruptis apparere : quia que rémanent in morbis subuersionem facerc consueuerunt : recurre iterum ad dictam flebothomiam et ultime euacuentur refîciendo subito infirmumcum cibis substuntificis ex bonis gallinis et aliis resumptiuis cibis.

« Le second jour, on pourra poser une large ventouse sur l’apostème qui n’aura pas entièrement disparu, après y avoir pratiqué, avec le fer, une profonde scarification; le soir, on appliquera quelque sédatif, afin que toute la matière vénéneuse qui tend à gagner les parties nobles du corps soit rejetée dans les parties moins nobles. Il est utile d’avoir recours au cautère actif qui vaut mieux que le cautère potentiel ; on posera par-dessus des emplâtres fortement attractifs, faits de galbanum, de racine de lis blanc, d’excréments humains, de grande consolide, le tout broyé entre deux briques. Cet emplâtre est d’un effet admirable, car il résout le poison. La scabieuse détruit aussi l’apostème dans un espace de temps très court.

« L’usage de l’emplâtre suivant n’est pas moins avantageux : P. levain, quatre gros; moutarde, rue, scabieuse, absinthe, de chaque, une poignée; deux racines de lis blanc; vitriol, deux gros; dix cantha-

Secunda uero die potest poni si non tota delitescit una uentosa magna super apostema incidendo apam cura ferro scarificatione profunda superiterando uentosam : poslea in sero potest poni sedatiuum ut ex doloreet aliis tota materia uenenosa que a sua forma membra nobilia petit retrahatur ad ignobiliora. Item ualet cauterium actuale et plus ualet quam cauteria potentialia : et desuper ponantur emplastra fortiter altractiua ex galbano : radice liliorum al. stercore humano : consolida maiore : trita inter duos lateres, quod ualet mirabililer quia rcsoluit uenenum. Valet scabiosa : in pauco uero tempore mortificat antracem.

m HISTOIRE

rides; si cela n’était pas repoussant, j’y joindrais des excréments humains; mais je n insisterai pas pour ce motif ; galbanum, un gros ; trois noix rances ; huile de lis blanc, quantité suffisante. Composez l’emplâtre en faisant cuire dans l’huile de lis les herbes, les plantes, et en y ajoutant les autres choses selon 1 art. Cet emplâtre altère et ulcère. Je crois que le suivant serait utile : P. cantharides et huile de saponaire, en quantité déterminée par le médecin. Item , P. quatre parties de cendres de l’espèce de chêne dont se servent les teinturiers, et six parties de chaux; mêlez et appliquez avec les emplâtres précédents ; ils détruisent l’apostème si l’on y ajoute de l huile d’olive noire : on a éprouvé des ellets merveilleux en retranchant la cendre, et en faisant bouillir la chaux dans l’huile

Item ualet hoc. lt. fermenti : 3 iv : sinapis : rute : scabiose : absint. an. m. i : raçLicum liliorum al. numéro n : uitrioli : 3 11. cantaridarum numéro x : et si non esset turpe adderem stercus humanum proprium : sed propter turpitudinem dimittatur. Galbani 3 1 : nucum rancidarum numéro ni : olei liliorum al. quantum sufficit : liât emplastrum decoquendo in ipso olco herbas, radices et alia addendo seeundum artem : hoc enim al terat et ulcérât. Et credo quod hoc esset utile R. cantaridarum : olei saponis seeundum quod medico uidetur. Item lt. cincris qucrcus quo tinctores utuntur partes quatuor : calcis partes vi : misce et suppone cum predictis : eradicant autem antracem cum oleo olive nigre propter maturitatem terre et superponitur : et est experimentum in hoc mirabile ut tollatur cinis et in oleo bulliat et superponatur

« Les médecins qui cautérisent emploient le vitriol, la fleur de cuivre, l’arsenic, la chaux vive, une mixture de chaux et de savon, du levain avec de l’eau forte et des substances gommeuses , telles que le galbanum, l’euphorbe, le cresson, l’ortie, la moutarde, la noix rance, les cantharides, le sel, la pyrèthre ; la fiente des oiseaux chauds , comme la colombe , 1 epervier , le canard , l’oie , le faucon ; le mouron rouge broyé avec son écorce. Ces diverses substances forcent les bubons à s’ouvrir, et facilitent l’issue des matières qu’ils renferment. Lacynoglosse, verte ou sèche, appliquée sur les emplâtres, est résolutive. La grande consoude broyée entre deux pierres guérit merveilleusement, et détruit le poison : c’est un remède éprouvé.

« Après la rupture de l’apostème et la sortie des matières empoisonnées, il faut appliquer des sub-

Ex medicis ustiuis sunt liée. Uitriolum : ilos eris : arsenicum : calx uiua : capitellus ex calce et sapone conditus : uel cum aqua forti fermentum : et species gummarum : sicut galbanum euforbium : nasturtium : urtica : sinapis : nux rancida : cantarides : sal : gemma : piretrum : stercus auium calidarum ut columbi : accipitris : anatis : anseris : falconis : maciana rubea et trita cum corticibus suis. Hec sunt rumpentia apostemata talia et similiter materiam cuacuantia : lingua canis uiridis et sicca super emplastrata resoluit. Consolida maior trita inter duos lapides mirabiliter sanat et resoluit uenenum : experientia uisa est.

Rupto apostemate et extrada materia uenenosa ponenda sunt abstergentia et mundificantia qualia sunt farina ordei

stances détersives, telles que la farine d’orge avec du miel, saupoudrée légèrement de sel. Item, P. de la sarcocolle en poudre avec partie égale de miel ; mêlez, et vous obtiendrez un excellent résultat. Si vous voulez donner plus de force à ce remède, faites cuire le miel, et ajoutez ensuite la sarcocolle : c est alors un médicament très -puissant , car il purifie et nettoie toutes les plaies et les ulcères. La chair ne tarde pas à repousser dans la cavité d’une plaie préalablement remplie de feuilles de basilic. Appliquez des ventouses autour des fesses et des parties intérieures du corps, si 1 apostème est placé plus haut 5 employez aussi des lavements énergiques pour attirei la matière par en bas, et ajoutez-y tout ce que le médecin croira le plus convenable ; et comme dans cette maladie les esprits sont relâchés au plus haut degré, que la substance des principaux organes et surtout celle du cœur sont profondément altérées, il

cum nielle et sale pauco superpositis caulibet. Item ualet hoc. R-. sarcocolle puluerizate : mellis an. partes equales : misce : ualet mirabiliter. Et si uis lortius prius decoque mel et demum adde sarcocollam et est medicamen ualde solemne : nam omne uulnus vel ulcus sauosum mundilicat abstergendo. Si autem impleatur concauitas antracis ioliis balsiconis, cito replebitur carne. Ponantur uentose circa nates et loca inferiora si sit aposterna superms : et procedatur cum enematibus forlibus tralicntibus materiam ad inferiora additis illis secundum quod inedico présenté de tenore et constanlia uirlulis uidebitur : et quia in bac egritudine spiritus maxime resoluuntur : complexioncs principalium maxime

faut résister à ce relâchement par des aliments bons, copieux, nourrissants et d'une facile digestion, afin de restaurer les esprits. Les mets convenables sont : les poulets, les perdrix, les faisans, etc... Préparez vos aliments avec le vinaigre et Yacresla, le jus d’orange, de limons, le vin de grenade : ainsi préparés, ils préserveront de la contagion Je me sers sou-

vent de la composition suivante: P. perles blanches, un demi-scrupule ; fragments de saphir et d’émeraude, de chaque, deux gros; terre sigillée, un gros; syricus (sorte de terre rouge) cru et broyé, un demigros; émeraude rouge, un gros; manuscrite rose ou rosat, ce que vous voudrez; ajoutez-y de l’eau de rose dans laquelle vous aurez frotté une verge d’or jusqu’ à ce qu’il paraisse des traces évidentes de couleur d’or. Si vous n’avez pas de verge d’or, servez-vous de ducats jusqu’à ce que la mixture ait pris une teinte

alterantur et maxime cordis. Resistamus resolutioni taies exhibendo cibos copiosi boni et multi nutrimenti : leuis digestionis unde spiritus restaurantur. Cibi conuenientes sunt pulli • perdices : fasiani, etc... Preparentur cibi eorum cum aceto et acresta : succo arantiorum : limonum : uino granatorum et

huiusmodi habentium prohibebunt corruptionem Et ego

utor hac compositione. R*, margaritarum al. ^ s. fragmentorum zafiri. iacincti. smaragdi an. S 11 : terre sigillate £ in : sirici crudi sufficienlur triti. 5 s. : smaragdi. ru. S t. manuscristi ros. quantum uis : aqua rosacea in qua fricanda sil uirga auri donecappareat uestigium coloris auri manifeste quantum sufticit : misce : et si non haberes uirgam auri , fricentur ducati et deauretur mixtura, et estmixtura ualde utilis proposito

d’or. Cette composition sera très-utile pour le but

que nous nous proposons

« L’or potable se compose fréquemment ainsi qu’il suit : prenez or très-fin, un gros; argent vil, deux gros que vous laissez ensemble jusqu’à dissolution de l’or. Mettez ce mélange dans un alambic exposé à un feu lent, jusqu’à ce que le vif-argent sorte par l’orifice de l’alambic. Prenez ensuite l’or qui paraît noir au fond de l’alambic, et jetez-le dans une once d'eau de buglosse ; placez le tout bien clos dans un alambic de verre, luté avec soin ; entretenez audessous un feu égal et continu pendant trois jours et trois nuits, et si vous avez procédé avec soin, vous trouverez, à la fin de l’opération, que l’eau n’est pas entièrement consommée, et quel or est liquide. Cet or potable est très-cordial et très-digestif

« Une boisson commune à tous les pestiférés, et

Item fréquenter fit sic aurum potabile et confert eis. R. auri optimi 3 1 : argenti uiui 3 H. Dimittantur simul douce aurum dissoluatur : postea ponatur in alembico sub quo sit ignis satis leu tus : et dimittatur donec exeat argentum uiuum per orificium alembici : deiude uj. aurum denigratum in iundo in 3 xlvji : aque buglosse : demum ponantur débité clausa in alembico uitreo et bene obturato sic quod non respire t : et ponalur sub eo ignis diebus et noctibus tribus conlinuis et débite prôportionatus ; in fine si tu sciueris artem inueniesuquam non eonsumptam et aurum liquefaclum: eterit hoc aurum potabile

cordialissimum digestiuum

Potus autem communis omnibus actu egrotantibus peiiectioue pulredinis : de quo sumi debet semel aut bis in die ac

dont on doit user une fois ou deux par jour, est la suivante : P. une livre d’eau de rose (ceux qui aiment le vin, préfèrent un vin léger), dans laquelle on jettera un demi-gros de bol d’Arménie choisi, broyé et criblé très-fin : mêlez le tout, que vous prendrez cà Ja

dose de deux gros Les pilules d’euphorbe et de

mastic sont aussi de la plus grande efficacité, lorsqu’elles sont administrées au début de la maladie. Je dois encore citer la recette suivante : P. suc de scabieuse, trois gros; (terre sigillée, un gros ; mêlez et buvez. Item, semence de citron, mêlée avec du vin, un gros. Item, de la terre sigillée avec du vin. Je recommande, en outre, le bol d’Arménie bouilli avec du vin fortement trempé, et dont la vertu sera encore augmentée par l’addition d’eau de rose. Enfin on dit que cette boisson guérit et préserve de la peste. Quelques-uns affirment que la racine de Palma- Christi en décoction avec les boissons ramollit rapidement les apostèmes et les charbons.

ieiuno stomacho sit liée. b). aque ros. libr. 1 : uini subtilis conucnientur uinosi : et imponatur in eis boli armeni electi triti et subtiliter cribelati. g s. raisce : dosissit. 5 H... Et pillule ex euforbio et mastice experte sunt ualde utiles si a principio exhibeantur. Item ualet bec medicina. bJ. Sueci scabiose. s m : luti sigillati : 3 1 : misce et bibatur. Item b), seminis cilri. 3 1. potetur cum uino. Laudatur et precipue bolus armenus cum uino bullitus multum lymphato : et adhuc magis si cum uino et aqua ros. bibatur. Immo dixerunt quod sic prelibatum multum a peste libérât et preseruat. Et uoluerunt quidam quod si patienti antracem uel carbunculum propinetur in potu ex ra-

« On peut appliquer à l’extérieur des topiques cordiaux, tels que celui-ci, par exemple : P. fleurs de buglosse, de mélisse etde bourrache, de chaque, deux gros ; os de coeur de cerl, sommités de myrte, bois d’aloës blanc et rouge, terre sigillée, bol d'Arménie, de chaque, un demi-gros; fleurs de nénuphar, trois scrupules; fragments de pierres précieuses, de chaque, trois grains; ambre, musc, safran, de chaque, deux grains; camphre, un demi-gros; renfermez le tout bien pilé dans un sachet, que vous placerez alternativement sur diverses régions du corps....

« Je pourrais prolonger ce discours -, mais la brièveté plaît généralement, et je conclurai en somme que la fuite est le meilleur remède lorsqu'il s’agit d’une peste locale; car cette maladie pestilentielle est essentiellement contagieuse ; personne ne peut échapper à son rayonnement, à son infection... »

dice palme christi subito lentescit. Fiunt ad extra epithimata cordialia ut inexemplo. n). florum buglosse : üorum mellisse: florum boraginis an . 5 11 : ossis de corde cerui : sumitatum myrlhi : ligni aloes been al. et ru. terre sigillate. boli armeni an. 5 s, : florum nenufaris. 3 ni. fragmentorum lapidum preciosorum an. o • m. ambre : musci : croci : an. g. 11 . camphore 3 s. fiat sacculus in panno de sirico omnibus bene secundum artem pislatis.

Possem prolongare materiam : sed quia gaudent brcuitate moderati in assumendo, suminaliter concludo quod tugeie ut dixi est optimum in peste particulari ; est enim bec passio uenenorum uencuosissima : nam sua irradiatione et macula cunctos inlicit.

Chalin de Vinario, qu’on ne peut trop citer, a écrit sur la peste un court traité qui a été traduit en latin, en 1552 , par Daléchamp. Ce traité est divisé en trois livres ; dans le troisième livre, l’auteur parle assez explicitement du traitement applicable aux pestiférés, et met la phlébotomie au premier rang des moyens curatifs. En parcourant attentivement cet ouvrage, on entrevoit que Chalin de Vinario mettait de la répugnance à pratiquer cette opération chez les jeunes gens, et qu’il combattait les irritations inflammatoires des glandes par les sangsues et par les ventouses.

Il ne pratiquait la saignée, qui, d’après ses remarques, échouait dans la majorité des cas, que sur les individus d’un tempérament pléthorique ; il recourait de préférence à ce moyen pour les membres de la cour pontificale et pour les prêtres qu’il voyait satisfaire leurs désirs sensuels, et imiter Épicure, pendant qu’ils prétendaient audacieusement imiter Jésus-Christ. C’est à cette occasion qu’il parle en termes assez amers des courtisans des papes et des ecclésiastiques d’Avignon : « Eam (venæ sectionem) « postulant habitiora corpora, referta sanguine, « et carnosa, rubentia, huic remedio consuefacla, « magnis et amplis venis conspicua, multo vini « potu, multæ carnis esu pinguia et opima, otiosa « et ignava, ac intérim valida, qualia plurimum « sunt aulicorum summi pontificis. » Plus loin il ajoute : « Si corpus abundat sanguine, si carnosum,

« rubrum, educto sanguine alias inanition, venæ « apaplæ, distant#, robur integrum, vita otio, cibo, « vino, mollis, intemperans, effrænata, qualis solet « esse eorum qui, sacerdotiorum et cultus divini « prætextu, genio plus salis indulgent et obsequun- « tur, ac Ghristum speciosis titulis ementientes

« Epicurum imitantur in bis statim mittendus

« est sanguis *. »

On \oit parce passage que, tout en proposant une réforme dans la pratique trop exclusive de la saignée, le malicieux Chalin n'oubliait pas de lancer contre les prêtres ses traits épigrammatiques, sans souci , dans sa hardiesse , des foudres de 1 Eglise , alors si puissante.

Il reprochait aux médecins de son temps le téméraire empressement qu ils mettaient à appliquer le feu et d’autres moyens violents sur les bubons et les charbons, dont ils exaspéraient Y inllammation ; quant à lui, il n’employait cette médecine active que lorsque ces accidents n’élaient pas accompagnés de réaction fébrile \

Enfin , ce médecin rapporte des observations qui seraient curieuses, si elles étaient vraies : il dit que la topaze a non-seulement la vertu de chasser, mais encore d’attirer le venin pestilentiel au dehors, quand elle est appliquée sur les tumeurs extérieures, et principalement sur les charbons; il prétend même

1 Astruc, Hist. de la Faculté de Montpellier.

2 Dalé champ.

en avoir fait l’expérience plusieurs fois avec la bague du pape, dans laquelle une topaze était enchâssée. « Quare si carbunculis tuberculisque vel affricetur, « vel illinatur, vel infricetur, foras excitum vene- « num, quod nos aliquoties experti suraus, dum tort pazio summi pontilîcis annulo incluso his morbis « auxiliaremur. »

Chalin vante également un électuaire alexitère et cardiaque attribué, dit-il, à Arnauld de Villeneuve, et que les médecins de Bologne, de Ferrare, de Paris et de Montpellier avaient en grand honneur. « Est « alia quoque antidotus medicis Bononiensibus, Fer- « rariensibus , Monspessulanis , Parisiensibus com- « mendata omnium magna consensione , cujus in- « ventorem ac scriptorem Arnaldum ferunt *. »

J’ai retrouvé, dans Gui de Chauliac, cet électuaire, dont voici la composition et la formule :

«Prenez des graines de genévrier, deux dragmes et demie; du girofle, du macis, de la noix muscade, du gingembre et de la zédoaire, de chacun deux dragmes; des deux aristoloches, de la racine de gentiane, de la tormentille, de la racine d’angélique, du dictame, de la racine d’aunée, deux dragmes et demie; de la sauge, de la rue, du baume crêpé, du poleménon, qui est, selon Arnauld, du pouliot, et, selon Mundin, de la chélydoine, de chacun une dragme; des graines de laurier, du doronic, du safran, de la graine d’oseille, du citron, du basilic, du

1 Astruc, loc. cit., p. 134.

mastic, de l’encens, du bol d’Arménie, de la terre sigillée, du spodium, de l’os du cœur d’un cerf, des raclures d’ivoire, des perles, des fragments de saphir, d’émeraude et de corail, du bois d’aloës, du sandal rouge etcitrin, de chacun une demi-dragme ; de la conserve de roses, de buglosse, de nénuphar, et d’excellente thériaque, de chacune une once; du sucre fin , trois livres : faites un électuaire avec de l’eau de scabieuses et de roses légèrement camphrée. »

C’est après avoir usé de cette préparation , qui jouissait alors de la plus grande vogue, que Gui de Chauliac fut guéri de la peste, dont il avait été atteint, et dont il parle en ces termes : « In cura fie- « bant phlebotomiæ, et evacuationes, et electuaria, « et syrupi cordiales, et apostemata extrinseca matu- « rabantur cum ficubus et cæpis coctis et pistatis, et « mixtis cum fermento et butyro : post aperieban- « tur, et curatione ulcerum curabantur. Anlhraces « ventosabantur , scarificabantur atque cauteriza- « bantur, et ego, propter diffugere infamiam, non « fui ausus recedere ; sed cum continuis temporibus « præservavi me cum prædictis quantum potui. Ni- « hilominus versus finem mortalitatis incurri febrem « continuam cum apostemate inguinali : et ægro- « tavi quasi per sex septimanas : et fui in tanto pe- « riculo quod omnes socii mei moriturum me crc- « diderunt : et maturato apostemate, et curato, ut « dixi, evasi jussu Dei. »

Joubert, traducteur de Gui de Chauliac, a fait passer dans la langue française les préceptes de cet illustre médecin, et s’exprime ainsi : « Pour la cure curative on faisoit des saignées et des évacuations, des électuaires et syrops cordials; et les apostèmes extérieurs étoient meuris avec des figues et oignons cuits, pilés et mêlés avec du beurre et du levain; puis étoient ouverts et traités de la cure des ulcères. Les carboncles étoient ventousés, scarifiés et cauteriés. Et moi, pour éviter infamie, n’osai point m’absenter; mais avec continuelle peur me préservai tant que je peus. Ce néanmoins, vers la fin de la mortalité, je tombai en fièvre continue avec un apostème à l’aine, et maladiai près de six semaines, et fus en si grand dangierque tous mes compagnons croyoient que je mourusse ; mais l’apostème étant meuri et traité comme j’ai dit, j’en échappai au vouloir de Dieu. »

Comme on le voit, le médecin le plus remarquable du XIV0 siècle faisait consister sa pratique dans les émissions sanguines pour combattre les accidents inflammatoires et calmer l’ardeur de la fièvre, et dans les évacuants, pour entraîner le poison. 11 se proposait, par les préparations cordiales et généreuses, de relever les forces abattues ; il provoquait la fonte purulente des bubons, regardée comme une chance de salut; enfin, il cherchait à arrêter la manifestation carbonculaire à l’aide du feu, et en tuant, pour ainsi dire, le poison sur place.

Fait-on plus, fait-on autrement de nos jours? Non’*, et, devant cette désespérante immobilité, je suis forcé de répéter ce que j’ai dit en parlant des moyens prophylactiques : depuis cinq siècles la science médicale est restée stationnaire, et n’a cessé de tourner dans un cercle étroit que malheureusement, et selon toute probabilité, elle ne lranchira pas de si tôt.

Page 1