CHAPITRE IX
Considérations philosophiques de M. Littré sur l’indépendance des pestes de toute influence hygiénique. — Fragment d’un poème désespérant. — Séquestration. — Réflexions sur l’action simple et complexe de l’endémicité et de la contagion. — Pratiques pieuses des Romains. — La statue d’Esculape ramenée d’Épidaure à Rome. — Offrandes faites à Dieu pendant la peste de Constantinople. — La messe Recordare. — La prière. — Invocation fervente de Symon de Covino. — Coutumes barbares de l’antiquité pour se préserver des épidémies. — Le cheval blanc d’Athènes. — Le médecin Toxaris. — Sacrifices humains à Rome. — Tullus Hostilius. — Jupiter Latialis. — Le Lectisternium. — Horribles usages consacrés à Carthage, en Phénicie et dans le nord de l’Europe en temps de peste. — Le philosophe Porphyre. — Le Rhudiva Hyata des Indous. — XIVe siècle. — Fanatiques cérémonies des flagellants. — Massacre des juifs. — Médecine prophylactique du XIVe siècle. — Sagesse des préceptes. — Leur stérilité. — La doctrine de la contagion règne en souveraine. — Isolement et migrations. — La Faculté de médecine de Paris consultée par le roi Philippe de Valois suites moyens propres à conjurer la peste noire. — Le traité
d’hygiène anti-pestilentielle de Gentilis de Foligno.
Déluge de prescriptions. — L’améthyste et l’homme à genoux entouré d’un serpent. — L’émeraude et le crapaud.
L’urine (le bouc. — Les pilules de maître Jacques, juif de Montpellier. — Armure protectrice de Symon de Covino. — Ingénieux poëme. — Les grans clercz en me dicine dedans Avignon. — Conseil souverain de Gui de Chauliac. — Ses pommes de senteur. — Les écrevisse^ de Chalin de Vinario. - Sentiment d’Arnaud de Villeneuve, médecin de Montpellier, sur les pestes en général.
L’indépendance dans laquelle sont les grandes épidémies de toute influence, soit locale, soit atmosphérique, n’a jamais été plus manifeste qu’à l’occasion de l’itinéraire suivi "parla peste noire.
« Quelque éloignés, dit M. Littré, dans sa traduction de Symon de Covino, que soient les souvenus gardés par les anciens livres, jamais 1 espèce humaine n’a souffert une pareille ruine, jamais peste # aussi formidable n’a été répandue en tant de lieux. En effet, pendant quelle ravageait les peuples de l’Orient et du Midi, les nations occidentales et les froides contrées du Nord se confiaient vainement dans la plus grande pureté de leur atmosphère. Mais lien ne servait, ni la chaleur,* ni le froid, ni la tiède température du printemps, ni la salubrité. Que ce fussent des montagnes élevées ou des vallées profondes, une île de la mer, une vaste plaine, une terre hérissée de rochers, une forêt, une rive sablonneuse, un marais, la maladie se propageait partout. On attendait l’hiver, et la froidure était sans effet contre elle; la chaleur de l’été, la douceur du printemps, le cours de la lune, la révolution de tel ou tel astre, rien n’en enraya les ravages. Peu importait que l’aquilon
DE LA PESTE NOIUE
eût remplacé le vent humide du midi ; celui du couchant n’avait pas plus d’influence que celui du levant, son souffle n’était pas plus salutaire, de quelque côté de l’horizon qu’il vînt.
Non calor aut frigus, seu temperies regionis Profuit, aut patriæ quanquam sit congrua sedes.
Si fuerant alti montes, vallesve profundæ,
Si niecliocris erat locus, aut maris insula, vel si Campi planities, scopulis aut aspera tellus,
Si nemus aut littus sabulosum/sive paludes,
Serpit ubique lues
Expectatur liiems, non prodest frigidus aer,
Nec calor æstivus, placidi seu tempore veris ;
Non ætas lunæ, non cursus sideris ullus,
Nec boreæ sicco quod cesserit humidus auster;
Nec valuit zephirus plus Euro; nulla salubris Aura fuit, quocumque loco fiat ventus, et omni Tempore pestis adest, hominum genus omne lacessit
« Les grandes et universelles épidémies sortent de profondeurs complètement ignorées ; la cause qui les produit nous échappe, rien ne nous met sur la voie rationnelle d’un traitement utile, et jusqu’aujourd’hui l’empirisme ne nous a fourni aucun de ces moyens qui, dans d’autres cas, ont une efficacité merveilleuse. Depuis l’Inde jusqu’à Paris, le choléra, comme s’il s’agissait d’une grande expérience, a été soumis à l’observation et à la thérapeutique des médecins les plus éclairés ; rien n’a été trouvé qui pût en rattacher la cause à une modification quelconque
1 Symon de Covino.
des milieux ambiants : la ville d’Archangel a été dévastée ainsi que la Mecque, et telle condition atmosphérique n’a pas été plus favorable que telle autre. Toutes les ressources de la matière médicale ont été mises en œuvre, et toutes l’ont été en vain ; il en a été de même pour la peste noire. »
Si nous reportons notre étude sur la science médicale qui, au moyen âge, eut à lutter contre la peste noire, nous devons juger avec d’autant plus d’indulgence les inutiles efforts des médecins de cette époque, que, de nos jours, et de l’avis même des savants contemporains, les secours de la médecine ne sont pas plus efficaces contre la peste orientale.
Les médecins du XIV0 siècle ont lait, durant cette épidémie, ce que la raison humaine pouvait faire dans les conditions au milieu desquelles l'art médical se trouvait à cette époque ; de plus, il est juste de dire que leurs théories sur l’essence de la peste ne doivent pas être trop dédaigneusement repoussées. Comme les générations qui ont précédé et suivi, celle d’alors, nous ne le nions pas, a eu ses préjugés : peut-être même beaucoup de ces préjugés, qui trouvent leur raison d’être dans la manière de voir de ce siècle, ont-ils été défendus avec trop d’opiniâtreté; comme de nos jours , plusieurs de ces préjugés étaient en honneur à titre de vérités bien établies. Les théoriciens du XIXe siècle ne doivent donc pas, dans leur orgueilleuse présomption, vanter outre mesure la supériorité de leur savoir, car leur doc-
trine est elle-même périssable, et peut être, comme la doctrine de nos pères, engloutie d’un moment à l’autre dans le torrent de nouvelles révolutions scientifiques.
Les mesures qui ont pour but de protéger l’homme contre les atteintes des maladies contagieuses étaient considérées comme de la plus haute importance dès le commencement de l’ère chrétienne. Au IIe siècle, on exigeait une séquestration complète des lépreux, pour empêcher la dissémination de leur maladie.
C’était aussi un usage généralement adopté parmi les anciens d’isoler et de séparer, dans le cours des épidémies meurtrières chez les animaux, les individus malades de ceux qui étaient sains.
Malheureusement l’application de cette sage mesure, en ce qui concerne l’espèce humaine, tomba en désuétude, et on prétexta, pour donner un motif à cette imprudence, que l’art de guérir ne devait pas se rendre coupable d’une pareille dureté. Ce qu’il y a de certain, c’est que cet oubli était fondé sur un sentiment de cruauté et sur le mépris de la vie humaine , dont chaque page de l’histoire des grandes nations de l’antiquité renferme les preuves. On doit ajouter que les gouvernements du XIVe siècle u’ étaient pas encore assez éclairés pour décréter des mesures générales destinées à enchaîner la peste, et que les médecins seuls essayaient d’enrayer la marche du fléau par des conseils qui avaient pour objet l’isolement.
Mais , à tout prendre , quelle aurait été la puissance de ces mesures? Le simple bon sens ne devait-il pas en indiquer la stérilité? Est-ce qu il est donné à l’homme de pouvoir enchaîner le cours, et de maîtriser la dissémination d’un mal qui voyage dans l’atmosphère à l’état injpalpable et invisible, et n’est-ce pas folie de croire qu’on peut empêcher l’air qui circule au-dessus de nos têtes de tamiser sur les populations le poison dont il.est chargé ? Lne triste expérience ne nous a-t-elle pas appris que les barrières élevées par la frayeur et l’instinct de conservation, que les digues dressées contre une irruption menaçante, n’ont jamais ralenti les fougueux et incoercibles progrès des maladies épidémiques?
Lorsque le choléra vint frapper aux portes de l’Europe, les potentats du Nord voulurent en vain lui fermer le passage-, par un bond que rien ne put refouler, il rompit les cordons sanitaires, sauta de capitale en capitale, en respectant, comme s il eût voulu railler toutes les prévisions et dépister la sagacité humaine, les contrées intermédiaires, et revint sur ses pas aux pays qu’il avait enjambés, et qui se leurraient de l’espoir d’avoir échappé à ses atteintes.
Mystère aussi impénétrable que celui dans lequel se cache le secret de la chute de la foudre, qui éclate sur certaines localités de préférence à d autres souvent ses plus proches voisines.
Je conclus que tous les moyens de préservation,
tels que la séquestration, l’isolement, les quarantaines et les cordons sanitaires (ces deux dernières mesures étaient inconnues au XIVe siècle) , sont d’une inanité complète contre toute espèce d’envahissement épidémique.
Ce raisonnement est-il applicable aux maladies contagieuses? Nullement, et le système de préservation, dont je viens de démontrer l’inutilité contre la transmission épidémique, serait héroïque et infaillible contre la communication par contage , si tout malade en proie à une maladie miasmatique la transmettait fatalement à ceux qui l’approchent.
Mais il n’en est pas ainsi, et pourquoi? Qu’on veuille bien me suivre attentivement dans les explications que je vais donner.
Si les miasmes agissaient à la manière des virus, tels que la syphilis, la variole, la vaccine, la rage, la morve, qui, déposés dans nos tissus par l’instrument inoculateur, reproduisent, quelque minime qu’en soit la dose, tous les orages de la maladie dont ils dérivent, personne ne pourrait se soustraire à leur action, parce que, nageant dans l’atmosphère, tout le monde est obligé de les respirer.
Mais les miasmes ne se conduisent pas comme les virus; ils ne produisent que des effets proportionnels aux quantités absorbées. Depuis le simple et indéfinissable malaise ressenti en temps d’épidémie, et qui porte le cachet, auquel personne ne se méprend, de la constitution régnante, jusqu’aux morts
foudroyantes qui terrifient les populations , on voit des nuances infinies qui 11e sont que 1 expression de la quantité relative du miasme introduit.
On se trompe étrangement en expliquant ces différences par le tempérament individuel et les conditions sociales; les faibles ou les lorts, les hommes sobres comme ceux qui vivent dans 1 intempérance, ceux qui sont à peine entrés dans la vie comme ceux qui, chargés d’années, sont sur la pente de la tombe, l’habitant du hameau ou celui des luxueuses cites, l’homme qui vit dans le dénûment ou celui qui jouit des douces félicités de la vie, tous, sans distinction, subissent l’inflexible niveau de l’épidémie; et c’est pour n’avoir pas compris la cause de cette égalité, qu’on a faussement établi qu’il y avait des privilèges réservés. C’est une erreur, et, si l’on faisait une supputation exacte et scrupuleuse, on trouverait qu il n’y a aucune classe de la société favorisée d’une immunité dans le cours d’une grande épidémie.
Peut-il en être autrement? Quels que soient leur condition, leur rang, leur fortune, tous les hommes ne respirent-ils pas également, et n’aspirent-ils pas le poison à des doses qui varient selon leur aptitude individuelle? Si les uns succombent, si les autres sortent victorieux de la lutte, c’est, d une part, parce que ceux-là se sont approprié le poison à dose mortelle, ou parce que la réaction vitale ne s’est pas insurgée assez vite et assez énergiquement pour l’éliminer en le faisant passer par le crible des émonc-
toires naturels. Cette dernière raison explique pourquoi la classe indigente, à constitution appauvrie par toute espèce de privations, est la plus flagellée dans les catastrophes épidémiques; elle est, en effet, la plus vulnérable.
D’autre part, ceux qui échappent à la mort doivent leur salut à l’absorption d’une insuffisante quantité de miasmes, ou, bien que celle-ci ait été considérable , à l’élimination de l’agent destructeur chassé de l’organisme vivant par une triomphante réaction.
C’est la meme chose qui se passe chez les individus dans les entrailles desquels ont été déposées des substances minérales ou végétales toxiques : ils survivent ou meurent, selon que leur puissance de réaction et d’élimination a été victorieuse, ou que les sources de la vie empoisonnées n’ont trouvé dans l’économie animale que des émonctoires fermés, rebelles, et incapables d’écouler au dehors l’élément de mort.
Le nombre immense des victimes de la peste noire atteste que le foyer générateur de cette maladie a saturé l’atmosphère de son principe délétère, et qu’il l’a versé avec une exubérante prodigalité sur tous les malheureux habitants de la terre.
La maladie a donc commencé par être épidémique; mais l’abondance et l’excès de miasmes répandus dans l’air suffisent-ils pour expliquer la somme des désastres de ce formidable fléau? Je ne
le pense pas, car je dois ajouter à tout ce que j ai dit précédemment, que les miasmes ne transmettent pas toujours et nécessairement la maladie à laquelle ils appartiennent, c’est-à-dire qu’il y a des organisations humaines réfractaires, comme cela se voit aussi, quoique beaucoup plus exceptionnellement, pour les virus.
Conséquemment, il faut chercher une cause qui, surajoutée à l’influence épidémique, puisse rendre raison d’une extermination aussi générale.
Cette cause, nous la trouvons dans la contagion. Expliquons maintenant cette fatale alliance des deux caractères épidémique et contagieux coalisés pour la destruction de l’espèce humaine.
J’ai déjà dit qu’au temps des grandes épidémies les populations ressentaient une perturbation tonctionnelle qui n’était pas encore la maladie, mais qui révélait une absorption du poison à dose inférieure à celle qui est nécessaire pour faire éclater le mal. Eh bien , qu’un individu placé dans ces conditions qui annoncent l’imminence du péril respire les émanations échappées d’un pestiféré, cet individu, fâcheusement prédisposé et déjà imprégné d une certaine proportion du miasme épidémique, nauia besoin que d'une très-faible quantité de poison exhalé du malade, pour compléter la dose nécessaire à l’éclosion du mal, et pour devenir victime. C’est de la dernière évidence.
Qu’on ne vienne pas m adresser le banal reproche
de faire confusion, et me dire que j’assimile ici les foyers d’infection aux foyers de contagion ; car je répondrai, comme l’a fait d’une manière péremptoire M. Roche dans ses savantes lettres sur le choléra, dont les lignes qui précèdent ne sont que l’analyse : « qu’un foyer de maladie formé par les malades « eux- mêmes, qui ne donne et ne peut donner que « la maladie spéciale par laquelle il est engendré, « est un véritable foyer de contagion. » La distinction entre l’infection et la contagion est une subtilité tellement déliée et vaporeuse, qu’on ne peut la saisir; cette distinction n’existe que dans les mots; admise par la science moderne, et soutenue par des esprits vétilleux, elle ne sert qu’à attiser les brandons académiques, et qu’à obscurcir la plus simple des questions : en un mot, c’est de la logomachie1.
Quoi qu’il en soit, s’il y a des circonstances qui favorisent la contagion, il y en a aussi d’autres qui militent contre elle, l’éloignent, et la rendent impossible.
Par exemple, si l’on place un pestiféré dans un espace étroit et clos, l’air, s’il n’est pas renouvelé, sera bientôt surchargé de miasmes qui se transmettront avec la plus grande rapidité aux assistants, et à toutes les personnes qui demeureront dans un rayon rapproché.
1 Union médicale du 28 octobre 1852. — 8e lettre sur le choléra; Roche.
m HISTOIRE
Si, au contraire, les pestiférés habitent des places spacieuses, largement aérées, si leurs lits ne sont ni ensevelis dans de profondes alcôves, ni enveloppés d’épais et lourds rideaux, si la ventilation, si les autres moyens de désinfection que possède la science sont rationnellement employés, si les matières excrétées sont emportées aussitôt qu’expulsées; enfin, si le séjour près des malades n’est qu’instantané, alors les chances de la contagion seront diminuées ; mais si, de plus, on disperse les malades, si on les dissémine sur des localités salubres, au lieu de les tenir agglomérés, alors la contagion, qui est l'un des moyens les plus certains de la propagation et de l’aggravation du mal, disparaît et s’évanouit, et il ne reste plus à celui-ci que son épidémicité.
Ces préceptes, applicables au choléra et à toutes les maladies miasmatiques, avaient été promulgués par les médecins les plus célèbres du XIVe siècle, pendant le règne funèbre de la peste noire. Est-ce à l’inexécution de ces sages préceptes, inexécution qui était due au défaut de civilisation, qu’il faut attribuer les incalculables désastres de ce fléau? ou bien la proportion du poison pestilentiel contenu dans l’atmosphère suffisait-elle pour donner la mort dans une mesure aussi considérable, indépendamment du concours de la contagion? Je crois qu'il ne faut se montrer ni trop partial, ni trop exclusil dans la solution de cette question , et qu'on doit faire au principe épidémique et à la contagion une part à
peu près égale dans l’effrayante mortalité de cette époque.
Je m’arrête , car je ne veux pas descendre dans l’arène encore retentissante, où s’agitait naguère la scabreuse et délicate question de la contagion et de la non-contagion de la peste. Tout le monde sait du reste que ces vifs et interminables débats sont restés inféconds, et n’ont fait qu’augmenter l’obscurité de ce grand problème. Je me contenterai de dire qu’aux jours tragiques de la peste noire la doctrine de la contagion régnait en souveraine. Professée dès la plus haute antiquité , cette doctrine était également enseignée au XIV0 siècle par les sommités de la science médicale, et ces sommités ne rencontrèrent pas de contradicteurs. GentilisdeFoligno, Chalin de Vinario s’en montrèrent les plus ardents défenseurs, et tentèrent de faire revivre les règlements oubliés de la séquestration et de la migration, et c’est parce qu’il y était attaché de conviction que Gui de Chauliac interna le souverain pontife dans son palais, et le fît se retirer plus tard dans la ville de Beaucaire, jusqu’alors respectée par le fléau.
L’inanité des remèdes opposés aux coups de cette inexorable maladie, et son caractère inévitablement mortel firent que l’art s’arma plutôt d’un traitement préservatif que d’un traitement curatif. On s’efforçait, les écrits du temps ne laissent aucun doute à cet égard, de conjurer les atteintes d’un mal que l’on ne pouvait guérir.
Outre les moyens prophylactiques énumérés plus haut, on voit figurer la prière et la pleine confiance dans la Providence divine parmi les secours conseillés pour écarter cet indomptable fléau. Puisqu’il est reconnu par la philosophie médicale que la foi et l’espérance soutiennent les forces morales et les empêchent de défaillir-, puisqu’il est également hors de doute que ces mêmes forces morales, en affermissant la constitution, la rendent moins vulnérable, on ne doit pas, quelque pénétré qu’on soit des principes voltairiens, tourner ce pieux conseil en dérision. On est libre de 11e pas l’envisager au point de vue du XIVe siècle, mais on est forcé de le considérer comme le moyen le plus précieux et le plus efficace qu il soit permis à l’hygiène morale de proposer.
Sed prius est anima sacris medicanda medelis,
Saucia peccatis, contrito corde fideli
Cum sanctis precibus lacrvmas fundendo salutis;
Et vim naturæ penitus contemnere noli Quam Deus instituit, et firma loge gubernat.
In Domino sperare decet, nimiumcpie juvamon Quod natura potest, non est contempnere tutum. Impediunt peccata preces, Deus obstruit aures Sæpe suas nobis, occultaque crimina punit.
Flectite, mortales, prece supplice judicis iram,
Divinæque spei naturæ jungite vires b
« Mais il faut d’abord administrer les remèdes de
1 Symon de Covino.
la religion à l’âme blessée par le péché. On doit, avec une sincère contrition dans le cœur, répandre, au milieu des saintes prières, les larmes qui donnent le salut; il ne faut pas non plus dédaigner entièrement les forces que Dieu nous a données, et qu’il dirige par ses lois immuables. Le malade doit espérer en Dieu, mais il s’exposerait en négligeant les secours puissants que peut nous procurer la nature. Les péchés empêchent l’effet des prières ; Dieu souvent est sourd à notre voix, et châtie nos crimes secrets.
« Mortels, fléchissez, à force de prières et de supplications, la colère de votre juge, et réunissez les forces de la nature à l’espérance en Dieu. »
Cette foi dans la prière n’était pas moins fervente dans les temps anciens. A Rome, on faisait des offrandes, et l’on bâtissait des temples à Apollon et aux autres dieux. « Igitur piacula faciebant , supplicationes ad omnium deorum aras et lustrationes instituebant '. » On alla même jusqu’à y faire venir d’Epidaure la statue d’Esculape. « Inventum in libris Esculapium ab Epidauris Romam arcessendum \ » Pendant la peste de Constantinople décrite par Procope et Évagre, de semblables pratiques religieuses eurent lieu. « In ca peste contra iram divinam festa et monasteria vovebant ; ad Deum confugitur, a Deo petilur auxilium \ »
1 Marx, Origines contag., p. 120.
2 Schulz, Ilistor. med., per. u, cap. vi, m.
3 Vid. Pagi, Critic. in Baron. Annal. n° 7, p. 578.
Enfin, on n’a pas oublié que le pape Clément \i institua à Avignon une messe qu’il célébrait chaque jour à genoux, entouré d’un nombreux luminaire.
Il n’est pas sans intérêt de rapprocher de ces faits, qui témoignent d’une piété profonde, les supeistitions sanglantes et les usages consacrés à l’occasion de ces redoutables catastrophes, quelque horribles et extravagants qu’ils puissent nous paraître, parce que de telles aberrations sont éminemment propres à peindre les mœurs, à rappeler les idées dominantes de chaque âge, et aussi parce quelles retracent
les traits les plus caractéristiques de l histoire de l’esprit humain.
Lors de la peste d’Athènes, les habitants de cette brillante cité, avertis par un signe celesic, apaisèrent le fléau, selon Lucien, parle sacrifice d’un che- Val blanc sur le tombeau du médecin Toxaris, a qui cette inspiration salutaire fut attribuée.
Vers l’an 110 de la fondation de Rome, la peste affligea cette ville. Tullus Hostilius, qui jusqu’à cette époque avait regardé comme une faiblesse indigne d’un roi de s’occuper des cérémonies et des observances de la religion, changea tout à coup de conduite; il se livra sans réserve aux superstitions les plus basses, et ne trouva d’autre remède au mal que de recourir aux Dieux, et d’apaiser leur colère par des sacrifices humains. La capitale du monde, dans ses jours de deuil, immolait un homme à Jupiter
Latialis.
DE LA PESTE NOIRE. 2H
L’Italie, lorsqu’elle brillait de toute sa splendeur eut presque autant à souffrir des pestes que durant les ténèbres du moyen âge. Tite-Live, à l’occasion d’une grave épidémie qui affligea Rome l’an 393 de l’ère chrétienne, raconte qu’on eut recours à la cérémonie nommée Icctislernium, qui consistait à dresser des lits dans les temples pour y placer les images des dieux, pour y offrir des sacrifices et y servir des festins religieux.
Les anciens rois de Larthage et de lyr égorgeaient
en temps de peste leurs propres enfants dans les temples et sur les autels.
En Phénicie, les pères, indépendamment de beaucoup d’autres victimes, sacrifiaient également leurs propres fils.
En Phocée, la victime, après avoir été promenée publiquement dans les rues pendant trois jours, était conduite sur un rocher, de la cime duquel onia précipitait pour expier les crimes des habitants , et fléchir les dieux irrités.
Ces barbares coutumes eurent lieu aussi, de temps immémorial, dans le nord de l’Europe; les anciens Scandinaves immolaient, au milieu de pompeuses cérémonies, des hommes, des chevaux et des chiens, pour faire cesser les fréquentes épidémies qui désolaient leur pays; quelquefois même ils versaient le sang des rois au pied des idoles.
L’histoire de Norwège fait mention d’un prince qui fut brûlé vif par ses sujets, dans un temps d’épidémie,
m HISTOIRE
en l’honneur d’Odin, le plus grand de leurs dieux.
Dans son traité de l’abstinence de la viande, le philosophe Porphyre cite plusieurs pays où l’assassinat des hommes était prescrit comme un devoir pieux envers le ciel.
Le même délire produisait les mêmes actes de cruauté dans les îles de la mer du Sud. Persuadés que les dieux savourent avec délices les larmes des infortunés, les habitants de ces pays faisaient périr, dans des tortures inouïes, ceux qu’il avait plu aux prêtres de désigner pour le saciifice.
Les prêtres mexicains redoublaient de barbarie dans
les temps de calamités. Clavigero rapporte, d après Sumarica, premier évêque de Mexico, que / 2,344 captifs furent sacrifiés dans le cours d une seule année.
Les nations les plus renommées par la douceur de leurs mœurs et leur humanité ont été tourmentées elles-mêmes par cette frénésie homicide; le Rhudiva hyata , l’un des livres sacrés des Indous, enseigne. que Dieu est apaisé pour mille ans par le sacrifice d’un homme.
Enfin, pour clore le rapide résumé des barbares cérémonies à l’aide desquelles les peuples prétendaient, dans les temps d’épidémie, fléchir le courroux céleste, résumé que les limites de ce travail ne me permettent pas de développer davantage, je rappellerai au lecteur (pic le XIVe siècle a produit le massacre des Juifs et les fanatiques cérémonies des Flagellants*.
1 Mémorial de Chronologie, t. n.
DE LA PESTE NOIDE
La Faculté de Médecine de Paris, consultée par Philippe de Valois sur les moyens prophylactiques qui pourraient être opposés à la peste noire, répondit au vœu du roi par un rapport qui a été inséré in extenso, en langue italienne, dans l’Histoire de Pistoie Voici le préambule latin de ce rapport, que je dois à l’obligeance de M. Schmeller, conservateur de la Bibliothèque de l’Université de Munich.
« Nos omnes et singuli de eoliegio Facultatis me- « dicorum Parisiensium, ad mandatum illustrissimi « principis et dm. dm. Philippi, regis Francorum, « incitati utilitati publicæ, intendere cupientes cau- « sas præsentis epidemiæ, universales et remotas, « particulares et propinquas, nec non et salubria
« remedia proponimus sub brevi compendio
« declarare. »
« Nous (c’est-à-dire le collège des médecins de Paris, est-il ajouté dans l’Histoire de Pistoie) , après avoir longuement discuté et mûrement délibéré sur la présente, mortalité, après avoir consulté les ouvrages des anciens savants en médecine, avons expliqué la cause de cette peste aussi clairement que nous avons pu le faire, à l’aide des règles de l’astrologie et des principes de la science naturelle, ainsi qu’il suit .
« Il est certain que, dans les contrées de l'Inde qui avoisinent 1 Océan , des constellations menaçantes, les rayons du soleil et les feux célestes exercèrent leur puissance sur les eaux de la mer; cette
1 Appendix ail’ Istoi ie Pi.stolcsi, apud Muratori, t. xi, p. 527 et 52S.
lutte üt naître d’épaisses vapeurs qui obscurcirent le soleil et changèrent la lumière en ténèbres. Ces exhalaisons, par une espèce de flux et de reflux, retombèrent dans la mer, puis s’élevèrent dans l’atmosphère pendant vingt-huit jours. Enfin, les feux solaires agirent avec tant de force sur l’Océan, qu’ils attirèrent à eux presque un bras de mer, et l’eau , convertie en vapeur, resta suspendue dans les airs.
« Par cette raison, les eaux se corrompirent dans plusieurs pays, et les poissons périrent. Cette eau ainsi corrompue ne put être anéantie par la chaleur du soleil, et ne put servir à former ni pluie, ni grêle, ni neige, ni rosée; la quale acqua, cosi corrotta , lo caldo del sole non la poleo consumare, ne di quella non si potes generare acqua, ne grandine, ne nieve , ne rugiada. Mais ces vapeurs, parcourant 1 atmosphère, enveloppèrent plusieurs parties du globe d’un
brouillard épais. Ceci eut lieu dans toute 1 Arabie, dans une portion de l’Inde et dans la Crète; elles couvrirent les vallées et les plaines de la Macédoine, de la Hongrie, de l’Albanie et de la Sicile, et, si elles atteignent la Sardaigne , il n’y restera pas âme vivante : il en arrivera autant dans toutes les îles où pénétrera l’air infect de l’Inde, surtout sous l’influence du signe du Lion. Si les habitants de ces pays ne font pas usage des remèdes ci-dessous décrits, ils peuvent être certains de mourir promptement, à moins qu’ils ne soient préservés par une grâce spéciale de Dieu.
« Nous sommes d’avis que les constellations, avec l’aide de la nature, s’efforceront de préserver l’espèce humaine ; les rayons du soleil perceront ces vapeurs pestilentielles, et réconforteront les hommes de leur chaleur salutaire; du 10 au 17 juillet, ces vapeurs se réduiront en pluie maligne et infectée : alors I air s’assainira. Enfin, lorsque le tonnerre annoncera 1 approche de la pluie, que chacun se garde de l’air extérieur pendant et après l’orage ; que l’on allume de grands feux de sarments de vigne, de laurier vert et d’autre bois sec ; qu’on jette dans les flammes de l’encens et de la camomille : si faccia fuoco grandissimo di vili e d’allero verde, et d’altre legnci secche , e d’ascenzo e di camomilla in grande qnantita.
« Que ces feux soient établis sur les places publiques, dans les autres lieux habités et dans l’intérieur des maisons; et, enfin, de peur que la terre ne soit encore humide, que personne n’aille se fatiguer dans les champs pendant les trois jours qui suivront la pluie.
« Il faut éviter aussi la variété des mets, la fraîcheur du soir, de-la nuit et de la matinée.
« On ne mangera ni des oiseaux qui vivent dans 1 air ou sur les eaux, ni du porc frais, ni du bœuf vieux, ni de la brebis, ni de la viande grasse; on se nourrira de viandes bien cuites et chaudes. E non si mangino uccelli volanti, ne d’aegua, ne porci fres chi, ne bnoi vecchi, ne pecore, ne carne grassa, ma
usisi le carni in su! débita loro tempo, e siano calde, e secche.
« On se servira d’épices telles que le poivre en poudre, le gingembre et les clous de girofle.
« Il n’est pas sain de dormir pendant le jour* on peut dormir le matin jusqu’au lever du soleil.
« A déjeuner buvez peu, et, le soir, couchez-vous à onze heures : alors vous pourrez boire plus que le matin. Que le vin soit clair et sec; n’y mêlez qu’un
sixième ou un cinquième d’eau.
« Manger des fruits secs ou verts n est point nuisible, pourvu que l’on boive ; mais en manger sans boire est mortel.
« Les bettes et les autres herbes, confites ou non confites, ne sont pas saines; les herbes odoriférantes, telles que la sauge et le romarin, sont tressalutaires ; les aliments liquides, humides et froids sont contraires à la plupart des hommes.
« Se promener la nuit, lorsque tombe la rosée, est mortel pendant les trois jours qui suivront la pluie; on ne mangera aucun poisson, excepté le poisson d’eau courante, et jamais de poisson d’étang. '
« Trop marcher est nuisible. Tenez-vous plus
chaudement que vous n’avez l’habitude de le taire, et préservez -vous du froid et de 1 humidité.
« Ne faites pas cuire vos aliments avec de 1 eau de pluie ; quand il pleuvra, prenez un peu de thériaque fine après vos repas.
« Que celui qui est gras ne reste pas au soleil. Que le vin soit léger et bon; buvez souvent et peu chaque fois.
« L’huile d’olive, comme aliment, est mortelle.
« Les émissions sanguines, le jeûne, une abstinence inaccoutumée, la tristesse, la colère et l’ivresse sont mortels.
« Ceux qui n’ont pas le ventre libre doivent faire usage de clystères et de purgatifs.
« Vivez dans la chasteté. »
À l’exception de quelques puériles prescriptions, ce mémoire renferme des préceptes que ne désavoueraient pas les conseils d’hygiène et de salubrité de nos jours.
En effet, puisqu’il est avéré que la source génératrice de la peste abreuve l’atmosphère du poison qui la constitue, puisque l’air charrie et transporte cet élément de mort pour le semer aux lieux les plus lointains, il était logique de chercher à neutraliser ce ferment par la dissociation de ses principes. La science moderne , en mettant à l’écart les movens dont se servaient nos ancêtres dans le but de rendre à l’air ses conditions de salubrité première, a fait, suivant nous, un acte d’outrecuidante autorité et de présomption regrettable. On peut être aujourd’hui plus savant qu’au XIVe siècle; mais, à coup sûr, on n’est pas plus judicieux. Les anciens sont entrés dans la voie de la raison et du bon sens par leur hygiène désinfectante; ils n’y ont pas recueilli,
il est vrai, le contre-poison qu’ils y cherchaient, mais c’est à nous de continuer leurs investigations; car il y a certainement dans la nature un agent qui, rencontré tôt ou tard par le hasard ou la science , sera opposé victorieusement au fléau pestilentiel. Pourquoi la peste n’aurait-elle pas le même privilège que la variole? Ne désespérons pas, et attendons patiemment cette bienfaisante conquête.
On regarde, de notre temps, les grandes combustions comme dangereuses, parce que, dit-on, elles ne font qu’ajouter des gaz toxiques, tels que 1 acide carbonique, l'hydrogène carboné et l’oxide de carbone aux miasmes qui déjà adultèrent et empoisonnent l’air ; puis, par une contradiction à laquelle on n’a sans doute pas pris garde, on proclame que 1 incendie des grandes forêts ne modifie que d’une manière à peine sensible l’état normal de l’atmosphère.
Je pense, au contraire, avec M. Roche, dont je ne fais que reproduire ici la savante opinion, que les grands feux peuvent brûler les miasmes pestilentiels, les élever par l’expansion calorifique à des hauteurs telles qu’ils deviennent impuissants, ou les transporter, par les courants qu'ils établissent, à des distances qui en atténuent l’hostilité.
L’action des parfums et des émanations balsamiques est-elle plus contestable, plus problématique? On prétend que les substances aromatiques sont inutiles ou superflues : inutiles, parce que, dominé par la prévention et engourdi par l insouciance, on no
veut pas se décider à en étudier la manière d'agir; superflues, parce qu’on affirme, sans le savoir, que les aromates masquent les miasmes et ne les décomposent pas.
Eh bien ! sur ce point, j’adopte encore les conclusions de M. Roche, et je pense, avec ce savant médecin, que l’avenir réserve un tribunal d’appel pour réviser le procès de ces moyens prophylactiques trop légèrement appréciés et trop sévèrement condamnés; qu’à l’aide de méthodes rigoureuses d’observation, et du flambeau lumineux de la chimie, on parviendra à dissiper les ténèbres qui enveloppent encore cette question , et à découvrir nonseulement le dissolvant du miasme pestilentiel et cholérique, mais encore du germe de toutes les maladies miasmatiques.
Un long temps s’écoulera peut-être encore, il faut le craindre, avant que cette salutaire révélation soit faite ; mais on doit rester bien convaincu que le préservatif de la peste et des autres fléaux analogues ne sera fourni que par les agents susceptibles de s’épandre dans l’air, cette boite de Pandore, qui en est le réservoir et le véhicule *.
Gentilis de Foligno, qui mourut de la peste le 13 juin 1348, a laissé, au milieu d’indigestes inutilités, plusieurs préceptes salutaires touchant la prophylaxie de cette maladie. Ce célèbre médecin, qui
1 Roche, ibid.
brillait par l’étendue de ses connaissances et pai la pénétration de son esprit, avait secoué le joug des doctrines astrologiques. Partisan de la contagion, sui laquelle il a écrit des pages d’une logique remarquable, il est auteur d’une théorie qui a résisté aux ravages du temps et aux vicissitudes des systèmes. Cette théorie établit que la peste consiste en un empoisonnement du sang renfermé dans le cœur et les poumons, et que cet empoisonnement, dû à une atmosphère infectée, se répand dans les régions les plus cachées du corps. « Venenosa pulredo circa partes cordis et pulmonis de quitus vencnoso vapore
periculum est in vicinitatibus *. »
Le traité d’hygiène anti-pestilentielle de cet auteur offrant beaucoup d’intérêt par la naïveté même des prescriptions qu’il renferme, nai\ete caiactéristique de l’enfance de l’art à cette époque, je vais l’insérer ici en grande partie, malgré les difticultés que présentait pour l’analyse le texte latin, rempli d’obscurités, d’abréviations et d inconections.
Centilis proclame, en commençant, que le moyen préservatif par excellence consiste dans la purification de l’air* :
1 Gentilis Fulginatis, medici illustris, contra pestilentiam consilium.
2 Les anciens, qui considéraient l’air comme le véhicule de toute contagion, allumaient, en temps de peste, de grands feux pour le désinfecter. C’est ainsi qu’Empédocle et Acron, d Agrigeate, firent mettre le feu à des forêts entières. Hippocrate eut aussi recours au même procédé. ( Note de l’Auteur.)
« Si l’on objectait, dit-il, l’impossibilité de changer d’air ou de pays, alors noiis chercherions à sauver ceux qui vivent au milieu d’un air corrompu, en leur conseillant, pour résister à cette corruption, d’assainir l’air à l'aide de matières odoriférantes capables de lutter contre la putréfaction, telles que des fumigations qui dessèchent l’air et absorbent 1 humidité malsaine, et nous insisterions , autant que possible, sur les moyens d’absorber ainsi les matières vénéneuses, en allumant dans toutes les maisons des feux qui produisent de grandes flammes.
« 11 faut aussi, pour l’utilité générale du peuple, non-seulement allumer de grands feux sur les places et dans les rues, mais encore faire enlever les immondices qui se trouvent dans les maisons et dans
Si quis diceret : non est nobis possibilis aut commoda transmutatio de aere ad aerem siue de regione ad regionem : uel quando pestilentia est uninersalis defendamus, stantes in aere corrupto7 resistendo corruptioni aeris, rectificando ipsum cum rebus odoriferis putrefactioni resistentibus : ut fumigalionibus aerem exsiccantibus et consumentibus humiditates prauas ; et insistamus quantum possumus exsiccationi eius siue uaporum venenosorum qui sunt in causa, tune cum accensione ignis eleuantis flammas in singulis locis domus.
Unum débet ficri quod toti populo est utile : facere ignem accendi in stratis cum emundatione omnium fetorum domorum et ciuitatum; et débet euentare eum in domibus et reddere ipsum quantum magis possunt transpiratum. Fiat autem
les villes. On doit provoquer la circulation de 1 air dans les maisons, et l’expirer aussi fortement qu on le pourra. Que les feux allumés dans les habitations soient faits de bois de chêne, de sarments de vigne bien secs. En hiver, résistez à la corruption par des fumigations aromatiques qui augmentent les lorces corporelles. Servez-vous de mastic, de costus, de myrrhe, de sandaraque, de troëne, de jonc aromatique, de sauge, d’acorus (poivre des abeilles), de laurier, de genévrier et autres substances aromatiques: on peut aussi, comme le dit Averrhoës , employer avec avantage la térébenthine. Pendant les chaleurs, faites des fumigations avec du bois de sandal, des écorces de grenades, du myrte, du tamarin, du groseillier et autres arbustes semblables.
« Aspergez les murs de vinaigre odoriférant' et
ignis in domibus habitationis ex lignis quercinis : sarmçntis uitis bene siccis : et tempore hyemali liât resistentia corruption! cum suffumigiis rerum aromaticarum et uires corporum assumentium quatenus mastix : costus : tlius : myrra : laudanum : sandarica : cyperus : squinantum : sauia : acorus : laurus : iuniperus et alia odorifera similia : et tercbintine inest proprietas in isto casu : ut colligit Auer. Tempore uero calido liât suffumigatio ex sandalis : corticibus granatorum : myrto : tamarisco : ribes et consimilibus.
Et aspergantur parietcs aceto uini odoriferi, aqua rosea, et
1 Lors de la peste d’Athènes, le vin était répandu à flots dans toutes les rues d’après les ordres du médecin Toxaris ( Lucien ); ou portait aussi des pommes de senteur ( Mèmor . de Chronologie ), comme on le fit plus tard h Rome et eu France.
d’eau de roses ; suspendez des citrons dans vos maisons, et portez-en à la main pour en aspirer l’odeur, ou portez une pomme de senteur composée avec du storax liquide, de la myrrhe, de la menthe et des clous de girofle. On peut aussi composer une poudre que l’on enfermera dans un sachet, et dans laquelle on fera entrer le camphre, le sandal, le safran et le musc. Les pauvres respireront le parfum d’herbes odoriférantes, comme la marjolaine, la sarriette et le sysimbrium. 11 faudra prendre quelques purgatifs pour éliminer le poison. On évitera de respirer l’air où se trouvent des légumes et des arbres visqueux ou de maligne influence, comme les noyers, les figuiers et les arbres qui laissent échapper une odeur fétide.
stent citra suspensa in habitationibus, et portent in manu odorando. Uel describatur taie pomum et illud portetur. R. been al. et ru. rosa. ru. an. 5 11, storacis liquide 5 m. myrre : feliorum mente : garioülorü. an. 5 is. laudani 5 d. Confiée cum aqua rosaria et succo buglosse, et mellisse, et fiat pomum, uel posset fieri talis puluis portandus in sindone. R*, campbore d 1 , sandalorum al. et ru. an. 3 I, croci, 5 s. gariofilorum perfectorum d 11 : fiat puluis, ponatur in pecia uel informetur cum laudano : et posses addere musci grana quinque. Pauperes uero odorent berbas odoriferas quecumque sint : ut maiorana : saturegia uel sisimbrium: et aeri corrupto est succurrendum cum euacuationibus leuibus cum resistentibus epidimie dicendis. Est autem euitandus aer in quo suo sunt olera qualiasunt caules eructi et arbores uiscoseet maalarum complexionum quemadmodum riuces : ficus et arbores fetide.
« Notez bien qu’il est de toute nécessité de fuir les réunions nombreuses, afin qu’il n’y ait pas de rapprochement et de mélange entre ceux qui sont atteints de l’infection et ceux qui sont encore sains.
« Enfin, comme rien n’exerce une plus forte influence Sur le corps humain que 1 air, qui, en pénétrant par la bouche, les narines et les artères, parvient avec scs qualités par T inspiration jusqu’au cœur, et comme, par les artères, il se mêle aux esprits vitaux qui dirigent toutes les actions, il faut éviter avec soin l’air qui pourrait nous inoculer un tel poison, et le fuir d’homme à homme, de maison en maison, de village en village et de ville en ville
El nota quod euitande sunt conuersationes politice quantum plus possibile esl ne fiat confusio et permixtio de infectis ad non infectos, et bec de acre.
Oportet quia inter bec que humano corpori approximautur nihil est quod mulet ipsum fortius quam aer : qui per os, nares, et arterias ad cor inspirando peruenit cum qualitatibus suis ut puta aer : quoniam per omnes arterias miscelur spiritibus corporis : per quos omnes actiones uite corporales pcrficiuntur ; fugiendus est itaque aer summopere ut nos ad talem uenenositatem trahere non possit fugiendo ilium de homine in hominem, de domo ad domum, de uico ad uicum et de ciuitate ad ciuitatem.
1 Cinq siècles n’ont pu faire vieillir ces sages prescriptions, dont la majeure partie a repris faveur k l’époque, encore si rapprochée de nous, pendant laquelle le choléra désolait nos contrées.
« Que le pain soit fait de froment dont les grains, bien nettoyés et exempts de toute mauvaise disposition, se brisent facilement ; que Ton y mêle un peu de son d’un jour, de deux jours ou de trois. Le pain dans lequel il entre du son est plus facile à digérer que le dormach, ou pain de fleur, quoiqu'il soit moins nourrissant ; cependant, il ne faut pas qu’il soit complètement fait de son, dans la crainte qu’il ne devienne mauvais, car, ainsi que le dit Averrhoës, l’écorce de tous les végétaux est terreuse et sèche. Si le pain est fait de seigle, bien purgé de son écorce, avec un peu d’anis et de sel, que la pâte soit fermentée et modérément cuite, et, s’il est fait de fleur de farine, il est utile d’y ajouter un peu d’anis pour le rendre plus sain.
« On boira du vin blanc clairet aromatisé, d’une saveur médiocre ou aigre, et non pas du vin fumeux
Fiat igitur panis de frumcnto mundi grani frangibili sine mala accidentali dispositione : et sit furfureus aliquantulum unius diei uel duorurn uel trium : est enim panis furfureus aliquantulum digestion i facilior quam dormach, id est de flore, quamuis minus nutriat : non sit lamen omnis furfure participans ne ad uilia flat conuersio. Est enim cortex uniuscuiusque vegetabilis terrestris et siccus ut colligit Auerr. Aut fiat panis de spelta munda a eortice cura aliquantulo anisi et salis : et sit de pasta bcne fermentata temperate decoctus : et si fuerit de flore farine etsila cum aliquantulo anisi, preslantior erit.
Potus uero sit uinum clarum, album, odorifcrum, mediocris saporis seu acris, non ponticum neque fumosum, ne nimis ca-
ou du royaume de Pont, de peur qu il n échauffe trop. Il ne doit cependant pas être de qualité intérieure. Le vin vieux est préférable au nouveau, parce que le nouveau est imparfait, et qu il ne renferme point un bon mélange d’humidité avec la sécheresse terrestre qui se corrompt facilement. Que le vin soit trempé d’eau cuite, et qu’on y mette plus d eau en été qu’en hiver; que la boisson soit convenablement proportionnée aux aliments, car peu boire annoncera le retour d’une bonne disposition.
« U est utile de boire, le matin, avant de sortir de sa chambre, un peu de vin de Malvoisie, ou d autre vin généreux, qui corrobore la chaleur naturelle en multipliant les esprits, et en desséchant les superfluités.
« Quoique Galien dise que l’on se préservera de la peste en s’abstenant de substances échauffantes,
lefaciat : nec nimis paruum sed potius eligatur antiquum quam nouum : quia nouum non est ita complète digestum neque habet ita bonam permixtionem aquositatis cum sicco terreo de facili putrescentis : et lymphetur cum aqua cocta et plus apponatur de ea in estate quam in hyeme : et potus sit débité cum cibo proportionatus : parum enim bibere et subtile potabile cum siti accipere erit principium intentionis perfecte dispositionis.
Et parum bibere de Maluasia in mane uel de aliquo bono uino potenti ante exitum de caméra utile est, et uigorat calorem naturalem multiplicando spiritus : exsiccando superfluitates.
Et licet Gai. dicat : fiat preseruatio a pestilentia cauendo a
et cela, dans la crainte que la chaleur du corps étant augmentée, on ne soit forcé d’inspirer beaucoup d’air, cependant on ne doit pas rejeter une chose qui procure de grands avantages : c’est pourquoi je dis que personne ne doit s’abstenir de boire du vin. En effet, quoique le vin soit chaud, il est très-avantageux aux pestiférés, en les confortant et en engendrant de nouveaux esprits. On ne doit pas, cependant, en user en grande quantité ; mais il s’oppose à cette corruption vénéneuse qui forme la peste, à cause de son affinité avec les esprits, et c’est peut-être ce qu’a voulu dire Avicenne en termes différents : «n’éteignez pas la soif, c’est-à-dire ne souffrez pas de la soif qui échaufferait le corps; mais ne l’éteignez pas en buvant du vin avec excès, » et il est d’avis que l’on boive plutôt des liquides acidulés, rafraîchissants: ces boissons froides, sèches et résistant à la putridité sont, par
rébus calefieientibus : et hoc ne calore augmentai cogat corpus multum trahcre de aere : tamen in re ubi maius inueniatur iuuamentum illam omnino uitare non debemus : et pro tanto hoc dico ne quis credat uinum euitandum. In hoc enim esset error : licet enim uinum sit calidum : tamen est res multum conformis uenenatis confortando et generando nouos spiritus : non tamen usas eius debet esse multus in quantitate magna : contrariatur autem putredini uenenose qualis est ista pestis propter proportionalitatem quam habet cum spiritibus, et hoc forte inuertere uoluit Auic. nec tolleret sitis : quasi dicat sitis tollerari non debet cum per illam corpus calefîat : nec debet extingui cum nimio polu uini secundum eum sed cum rebus acetosis infrigidantibus : et ista sunt frigida, sicca,
exemple, le vinaigre, l’acresfa avec de 1 eau fraîche, ou avec d’autres liquides que nous mentionnerons.
« Pour cela, on choisira une eau courante sur un fond pierreux et sans vase, légère, privée de corps et de saveur, ou, au moins, dont la saveur tende à la
douceur.
« On fera également choix de mets faciles à digérer, qui ne seront ni trop chauds ni trop froids, de peur que les parois de l’estomac n en soient offensées-, les mets chauds nuisent à l’estomac en le relâchant, et en divisant ses forces. Enfin, on ne fera pas usage d’aliments d’une température trop élevée, car le choix de mets qui réconfortent 1 estomac et la tête n’est point une attention superflue ; 1 alimentation est le père matériel des membres, de l’estomac et de la vie, et lorsque l’estomac ne digère pas bien, dit Galien, mâcher les mets en parties très-subtiles,
resistentia putredini : quale est acetum : acresta cum aqua recenti aut cum dicendis.
De aqua eligatur aqua currens super mundo loco lapidoso uel boni fontis clara : leuis, priuata corpore : sapore uel saltem eius sapor ad dulcedinem declinet.
Eligantur cibi facilis digeslionis necnimiscalidi nec ad magnam frigiditatem tendentes ne substanlia stomachi forte ledatur : et calida nocent stomachum mollificando et eius uirtutes disgregando : imo nec utatur rebus multum calidis. Et scias quod eligere cibum stomachum et caput confortantem non est intentio uacua : est eius materialis pater cibatio membrorum, stomachi et vite : et cum uenter non bene digerit ut Gai. ait, molelere cibum in partes subtilissimas et bibendo uinum gur-
et boire le vin à petites gorgées est une cause de bonne digestion et de longue vie ; car il est reconnu qu’une mastication imparfaite offense gravement la nature, et prédispose le corps à de grandes maladies : c’est pourquoi Haben Hali disait que celui qui se nourrit en mastiquant, digère toujours un peu. Du reste, on peut voir que les voraces et les gloutons sont fréquemment atteints de cette maladie ou de plusieurs autres affections analogues, et ne parviennent jamais, ou très-rarement, à une vieillesse avancée. On préparera aussi des plats de mil, de spelta (espèce de blé), d’orge, de riz, de lentilles, en jetant l’eau qui a servi à leur coction, de panis, de pain rôti, de pois chiches et d’écorce de racines de fenouil et d’ache.
« Les œufs forment encore une bonne alimentation. On se nourrira aussi de mets cuits à l’eau avec des laitues ou des escaroles confites dans le vinaigre
gitando causa est, ut ait Haben, melioris digestionis et longions uite. Est enimnotum quod per imperfectam masticalionem magna fit nature iniuria : et corpus ad prauas preparaturegritudines. Pro tanto dicebat Haben Hali : nutriens masticatione quamdam habet digestionem : vos autem uidere potestis quod uoraces et gulosi fréquenter hac et pluribus aliis similibus egrotant egritudinibus,et nunquam uel raroad naturalem ueniunt senectutem. Fiant autem fercula de milio : spelta : ordeo : rizo : lentibus abiecla propria aqua : de panico : de pane cocto : brodio cicerum : et corticibus radicum feniculi et apii.
Ualent etiam fercula facta cum ouo: et sumantur cibi elixi cum lactucis et scariolis conditis cum aceto et succo berberis :
et le suc (le berberis, ou dans du vin de grenade et du jus de citron . On s’abstiendra des pâtes et des légumes ; on peut cependant faire usage de blettes, d’épinards, de persil, de bourrache, de scolopendre ; et on n’oubliera pas qu’il existe une grande vertu dans les plantes suivantes : la rue, l’hysope et la scabieuse , de quelque manière qu’il plàisej aux hommes de s’en servir; soit qu’on les fasse cuire avec un œuf, ou bouillir avec du vin, n employâton même que ces plantes réduites en poudre; soit qu’on les mange crues, ou assaisonnées avec un peu de vinaigre, ou avec du vin pur, ou avec de 1 eau , soit qu’on en boive le jus. On peut se servir de l’une d’elles et en continuer l’usage, ou se servir alternativement de l’une et de l’autre. La dose peut varier d’un bol à trois bols, et cela sera utile non-seulement aux pauvres, mais encore aux riches.
uino de granatis et acetositate citri. Dimittantur cibana de pasta et legumina; potest tamen uti blitibus et spinachiis : attriplicibus : petrosilino : boragine : scolopendna : et nota quod inest proprietas his quatuor herbis : rute : prassio : ysopo et scabiose, qualitercunque sumatur secundum placitum hominum . aut eniin coqucndo cum ouo aut bulliendocum uino aut su ni modo pulueres eorum : aut comedendo cruda uel cum pauco aceto, uel uino solo, uel cum aqua, uel sumendo succum car uni. Et potest sumi una illarum continuando îllam : uel modo unam et modo aliam. Quantitas autem ipsius sit unus bolus uel très, et hec res non solum pauperibus sed etiam diuitibus erit utilis.
« De même, il est bon de manger une grosse noix le matin à jeun, avant de sortir de chez soi. Les fruits confits dans le vinaigre sont encore salutaires : ils font bien au commencement du repas, notamment quand on y joint des aromates le matin, en temps d’hiver. L’oignon avec du vinaigre peut être pris en petite quantité, parce qu’il engendre une humeur qui corrode le poison, selon Avicenne ; mais les autres crudités doivent être soigneusement évitées. Je dirai plus bas si l’ail convient en temps de peste.
« Parmi les viandes, on choisira celles des jeunes animaux, des oiseaux, tels que les faisans, les perdrix et les cailles, car ces viandes tendent à être froides et sèches : les cailles cependant, d’une substance délicate, sont d’une température plus élevée, et engendrent de bonnes humeurs, ainsi que le rapporte Averrhoës.
Item ualet una nux maior si sumatur de mane stomacho ieiuno ante exitum e domo. Item ualent ciperi conditi cum aceto : ualent in principio comestionis si cum eis de aromatibus dicendis sumatur mane tempore hyemali : et cepe cum aceto in parua quantitate sumptum utile est, quia générât humorem corrodentem uenena : ut Auic. Et alia acrumina erunt generaliter uitanda. Utrum autern conueniat allium in peste tangam hic inferius.
De carnibus eligantur pulli : carnes uolatilium sicut sunt slarne : perdices et cothurnices : bec namque déclinant ad frigiditatem et siccitatem : cothurniles uero ad temperiem et sunt subtilis substantie et générant bonos humores uteolligit Auerr.
« Quant aux quadrupèdes, on usera de la chair des veaux et des chevreaux qui tettent encore; car ils engendrent de bonnes humeurs, d'après Àverrhoës, au lieu cité plus haut : la chair de porc convient rarement. Vous pouvez, de plus, faire usage de ces viandes avec l’eau de pois chiches, de rue, ou de menus légumes, tels que le fenouil et le peisil, vous pouvez manger aussi de la viande de sanglier; les œufs à la coque sont bons cuits à 1 eau ou dans les cendres chaudes, mais il laut en jeter le
blanc.
« On évitera avec soin l’usage du lait. Un peu de fromage, à la fin du repas, facilite la digestion. Il faut s’abstenir de tous les poissons, à cause de leur humidité ; les plus grands sont les plus dangereux, car ils renferment beaucoup d humidité. C est pouiquoi, dit Averrhoës, il faut rechercher les poissons petits et à écailles : les écailles indiquent une chose
De quadrupedibus sicut sunt carnes castrati : uitulorum : edorum lactentium : nam générant bonos bumores ut Auerrois loco citato : et raro porcine conueniilnt : uti tum potestis sicut dictum est cum aqua cicerum ru. et corpore sine cortice et oleribus minutis tum feniculo petrosilino et de siluestribus uti potestis carnibus capoli : porci siluestris. Oua sorbilia ualent cocta ad aquas uel prunas abiecto albumine.
Lac uitandum est : modicum casei post cibum ualet ad digestionem, non aliter. Pisces omues uitandi sunt propter humiditatem ipsorum et magni maxime corpore : habent enfin multam humiditatem : propterea, ut inquit Auerr., laudatur in piscibus paruitas : et squamme laudantur in piscibus : signiû-
contraire à leur complexion. On doit donc choisir des poissons dont la taille soit moyenne et les mouvements rapides. On peut s’en nourrir lorsqu’ils sortent de lieux dont le fond est rocailleux, soit dans les fleuves ou dans la mer, et ils doivent être préparés ainsi qu’il suit : enlevez d’abord les écailles et les entrailles; puis, agitez fortement ces poissons dans unjnélange d'aneth, de vinaigre et de sel; enfin, faites-les rôtir ou cuire à l’eau, et surtout ne les faites pas frire avec de l’huile: ma ngez-les avec les aromates que j’indiquerai plus loin, et aromatisez-les plus fortement en hiver que dans les autres saisons.
« Quoiqu’il soit salutaire de s’abstenir de tous les fruits, vous pouvez cependant faire usage de noisettes, d’amandes, de raisins secs, de prunes, de dattes, de cerises aigres, de pommes de pin, de pistaches confites ou non confîtes ; mais évitez les autres
cant enim rem contrariam suis complexionibus. Erunt ergo eligendi quorum corpora sint media inter magnum et paruum qui sunt uelocis motus : parue uiscositatis : his uti possumus ubi sint petrini fluuiales et marini : et debent sic préparai : primo squammentur et eleventur viscera : postea conquassentur cum anelo aceto et sale, et assentur vel elixentur.' Abstineatis a frixis cum oleo. Comedantur cum aromatibus infra dicendis : in hyeme in majori quantitate quam in aliis temporibus.
Et licet dcmum fuerit fore a fructibus abstinendum : uti tamen potestis nucibus auellanis : amygdalis : passis: prunis: dactilis :cerasis acetosis: pineis pistachiis tam confectis quam non confectis : alios uero fructus euilemus nisi rectificentur.
fruits, à moins qu’ils ne soient rectifiés ; d où Avicenne dit : Tout ce qui rend le sang aqueux, tout ce qui fermente dans le corps, tel que le suc de certains fruits, qui, dans certains cas, peut être de quelque secours, dispose cependant le corps à la putréfaction ; et il ajoute : C’est pourquoi ceux qui font usage de ces aliments sont très sujets aux fièvres, quoiqu’ils soient d’abord refroidis.
« Après les repas, vous pouvez user de coriandres préparées, car elles sont fort utiles dans ce cas, d’après Avicenne. Au commencement du repas, pienez trente feuilles de rue, deux figues sèches et une noix : mangez le tout ensemble. Ceci est confie la peste; que ceux qui craignent d’être inlectés usent de ce préservatif. Que les assaisonnements soient faits de jus de limons, d’oranges, de grenades, mêlé avec des aromates, tels que la cannelle clioi-
Unde Auic. inquit omnis res que sanguinem aquositate implet que in corpore ebulit, sicut succus fructuum extra ebulit, licet eadem hora forte iuuamentum prestet : ipsum tune ad putrefactionem préparant : et subdit : et propter hoc qui bis nutrientibus utuntur multum febribus sunt apti licet prius infrigident.
Post cibos uti potestis coriandris preparatis : sunt enim magne utilitatis in casv : ut Auic. secundo canon. Ante uero prandium, specialiter in principio comesüonis sumatur rute folia xxx. due fici sicce : nux una : et simul comedantur. Est enim hoc contra pestem adeo quod qui uenenari tnnet utatur eo. Sapores uero sintex succis limonura : aurantiorum : granatorum mudzorum et acetosorum mixtis cum hiis aromatibus :
sie, le corail rouge, la manne, les girofles, le cardamome, le safran; le tout avec du sucre en quantité suffisante : réduisez en poudre subtile que vous criblerez, et prenez-en une plus grande quantité dans les temps chauds que dans les temps froids.
« Faites usage des assaisonnements composés avec l’eau de rose, de sumac, de substances et de fruits acides; et lorsqu’il n’existera pas un grand refroidissement de l’estomac ou d’autres mauvaises dispositions analogues, vous pourrez user d’oranges, de limons, de grenades, de citrons et de leurs pépins , qui ont une propriété particulière dans ce cas »
Ap rès les circumfusa et les ingesta, Gentilis passe aux gesta, et s’exprime ainsi :
« Il nous faut parler maintenant de la troisième chose non naturelle, c’est-à-dire de l’exercice. Nous
R. cjnamomi electi § s. corallorum ru. 3 1, manne 3 4 s. gariolilorum been albo. et ru. an. 0 s. cardamomi.5 44, croci 3 s. zuchari ad pondus omnium. Fiat puluis subtilissimus et cribeletur, et sumatur de illo in maiori quantitate tam tempore calido quam frigido.
Utatur condimentis quæ fiunt ex aqua ro. sumach et rebus et fructibus acetosis : et ubi non sit magna frigiditas stomachi uel aliud simile uti, potestis auranciis : limonibus : granatis mûris et acetosis similiter citris et seminibus eoruni qui singularem habent proprietalem in casu isto
De tercia re nonnalurali uidelicet deexercitio consequenter est dicendum . Pro quo aduertendum quod cauendum est a mul to
prévenons d’abord qu’il faut éviter un trop grand exercice, de peur que l’accroissement de chaleur n’entraîne une trop forte attraction d’air.
« Qu’une agréable promenade vous procure un exercice facile et doux : elle doit précédervotre repas, alin que la chaleur que vous aurez ainsi acquise réveille la chaleur naturelle qui doit servir à la digestion, et que les aliments trouvent cette chaleur excitée et non endormie. La promenade résout en outre les superfluités du corps, et prépare leur expulsion : ces superfluités, en restant dans le corps, empêchent la nature de parfaire ses opérations, amortissent la chaleur naturelle et obstruent les ' conduits que les aliments doivent traverser. On doit éviter l’exercice après les repas, à moins qu’il ne se soit écoulé cinq heures, autrement ce serait s’y livrer pendant le temps du séjour des aliments dans
exercitio : ne calore augmentato magna fiat attractio aeris.
Eligatur facile et suaue cum suaue deambulatione : et debet regularem refectionem precedere cum calore ut excitet naturalem per quem est digestio celebranda ut cibus qui suinitur inueniat calorem aliqualiler excitatum et non sopitum : tum quum superfluitates corporis resoluit et préparât expulsioni : quibus in corpore remanentibus natura nequeat suas operationes perficere: etenim calorem naturalem obtundunt et meatus impediunt per quos debent nutrimenta transire : et debet euitari post cibum nisi elongetur post cibum quinque horis : lioc est in tempore remauentie cibi in stomacho et in aliis membris et cgressionis eius. Unde Auic. Quantitas quidem remanentie cibi in stomacbo et tu suppléas et in
l'estomac, dans les autres membres, et avant leur sortie ; ce qui fait dire à Avicenne que la durée du séjour des aliments dans l’estomac et dans les autres membres, y compris le temps de leur sortie, est égale au temps qui s’écoule entre la douzième heure et la vingt-deuxième ; il est facile de comprendre qu’ Avicenne a voulu parler de neuf heures. Averrhoës affirme la même chose. Avicenne a le même objet en vue en disant qu’à l’heure où l’on veut prendre un exercice préparatoire, le corps doit être nettoyé, afin qu il n existe ni dans l’intérieur ni dans les veines de chyles malfaisants que l’exercice pourrait répandre dans le corps, et afin que les aliments soient déjà digérés dans l’estomac, la rate et les veines, à l’heure d un nouveau repas. Il est évident que cet intervalle de temps est convenable, et qu’un exercice pris dans ces conditions est merveilleux pour la conservation de la santé. On ne se livrera à cet exercice pendant l’épidémie actuelle, qu’avec modération et dans un
aliis membris et egressionis eius est illucî quod est inter xii. horas usque ad xxii. horas : et patet intuenti quod ille sunt vini. hor. Idem ponit Aller, vi. colligit : idem intendit Auic. dum inquit hora qua inceptio exercitii preparatur oportet quod corpus sit mundum : et ne in partibus interiorum et uenarum chimi siluestres et mali existant quos excrcitium in corpore diffundat : et ut cibusexterius jam sit digestus in stomacho épate et uenis et ut alterius eibi hora iam aduenerit. Patet autem quod hoc tempus horarum est tempus eonueniens : et taie exercitium conseruande saluiis mirabilis causa existit : debet tamen hoc exercitium lieri tempore actualis epidemie
lieu clos ; on doit souvent en faire usage avant l’arrivée de la peste, car alors le mouvement vaut mieux que le repos. Tels sont nos conseils relatifs à l’exercice.
« Passons maintenant à la quatrième chose non naturelle, c’est-à-dire au jeûne, et à laréplétion. On doit croire que les corps chargés de superfluités, que les hommes oisifs, qui font un usage immodéré des aliments, des boissons et des poisons, sont prédisposés à se corrompre , car les corps impurs , à la première inspiration, donnent au germe de la putréfaction une plus grande malignité. En effet, il est plus facile de converger vers les analogues que vers les contraires, ainsi que le dit Haben-Hali. Lorsqu’un agent arrive seul, et que le patient n’est pas préparé à le recevoir, il ne peut agir*, d où Averrhoës dit : C’est pourquoi la peste attaque tous ceux
temperate in aere recluso hora dicta : ante aduentum pestilence debemus eo copiose uti et tune plus laudatur quam quies. Et hoc sit demura de exercitio.
De quarta re non naturali scilicet inanitione et repletione : credendum est quodeorpora superflui latum plena et homines uita desides et copiose comestionibus et ebrietatibus et uenenorum immoderatis usibus parata sunl putrefieri. Imputa cnim corpora a prima inspiratione principium putrefactionis ad plurimam procedunt malitiam. Est enim ingenere proportionali facilior conuersio quam ad contrariumutinquit Habeit Hali. Nam cum agens peruenit solumet patienti non est preparatio non accidit actio. Unde Auerr. ait quare propter hoc omnibus afïert pestilcntia quibuscumque praue preexistit na-
chez lesquels il existe de mauvaises dispositions. Ceux, au contraire, qui ont les humeurs bonnes, résisteront, par leur tempérament vigoureux, à la corruption de l’air
« D’après Galien, le plus grand danger delà génération de la peste consiste dans la prédisposition du corps. Que l’on cherche, par l’amoindrissement des superfluités, par la purgation, par un régime tendant à la dessiccation, et par l’emploi modéré d’aliments bien choisis, à se préserver de la maladie indiquée dans ce chapitre de Galien. La boisson doit être prise aussi en quantité modérée, et il faut qu’elle soit de bonne qualité. Ce régime sera fort utile pour le cas qui nous occupe. Procurons-nous ainsi une bonne digestion, car c’est la base de toutes les opérations de la nature; voyez le quatrième canon, de ceux dont les cheveux blanchissent tardivement, où il est dit : Lorsque la digestion s’altère, le sang s’altère pareil-
tura : qui autem habuerint humores bonos et resistentes eorum temperantie et uigores corruptioni résistent aeris
Maxima perieula generationis est, ut Gai. passuri corporis preparatio. Fiat ergo preservatio tulis quantum huic capitulo spectat per minorationem superfluitatum -, per purgationem ; per conuersionem regiminis ad exsiccationem : et moderata cibi laudabilis qualitas et quantitas. Similiter potus cum mensura moderata qualitate et quantitate erit utile regimen in proposito. Procurcmus itaque bonarn digestionem : ipsa enim est radix in omni aperitione nature ut in quarto canon, de tardantibus canitiem. Cum enim ut ibidem dicitur corrumpitur digestio, corrumpitur pariter et sanguis. Et in capitulo de
lement. Et, dans le chapitre de la débilité de l estomac, Avicenne avance que la débilité de 1 estomac est peut-être la cause de toutes les maladies, car 1 oidre est fort avantageux. D’où Hippocrate dit : Les aliments, partout où ils sont introduits outre mesure, engendrent une maladie qui devient évidente par la guérison dont nous ressentons les effets, et alois les matières subtiles se mêlent aux matières grossières. Ceci arrive si nous ne savons pas proportionner la quantité des aliments à la capacité de l’estomac, et si la capacité de l’estomac n’est pas assez étendue, car alors la partie supérieure faible et déliée se répand au dehors. Avicenne a reconnu implicitement la justesse de cette pensée, en disant : Nous sommes terrassés par des aliments qui se digèrent promptement, alors qu’ils ont été précédés par d’autres aliments dont la digestion est plus tardive. Il ajoute, en parlant de la porte de l’appétit : Nous devons aussi
debililate stomachi dicit Auicen. quod débilitas stomachi fortasse est causa omnium egritudinum corporis : îuuat enim ordo maxime. Unde Hippo. ubicumque cibus prêter naturam intrat illic egritudinem facit : manifestai uero sanatio : et >deo subtilia grossibus permiscentur ; et boc cum nescimus machinari proportionem ciborum ad fundum stomachi et cum fundus stomachi non est ualde potens : superior uero pars exilis et debilis exit. Hanc sententiam sensitAuic. implicite cum inquit: Et nos quidem teremur a nulriente quod cito digentur cum accidit quod nutriens quod tarde digerilur precedit. Et idem de destructione appetitus. Et debemus etiam in una mensa cauere multitudinem ciborum : cuius causa est
redouter, dans les repas, la multiplicité des aliments, parce qu’un seul mets éteint plus vite l’appétit; car la diversité des mets provoque à manger plus qu’il ne convient à la santé, et l’un d’eux peut être plus promptement digéré que l’autre : alors les parties digérées rencontrent celles qui ne le sont pas, et, forcées de rester ainsi jusqu’à ce que la digestion soit complète, elles se corrompent : comme si, par exemple, on faisait cuire ensemble de la chair de vache et de poulain. On ne peut bien préciser le temps qui doit s'écouler entre les repas, car cet intervalle dépend de la nature des aliments; mais l’appétit est excité par le vide de l’estomac, qui se manifeste d une façon particulière, notamment par l’expansion de la salive dans la bouche, et par la descente de 1 estomac dans le foie des aliments précédemment absorbés.
« Je dirai, pour conclure, que personne ne doit manger jusqu’à satiété; qu’il faut conserver après le
quia per unum ciburn citius déficit appetitus : et quia diuersa fercu la prouocant ad plus sumendum indigestum quam sit corpori necessarium : quia unum prius alio forte digeretur : et cum digestum labitur ad indigestum et usque ad perfectam digestionem alterius permanserit, corrumpetur, uelut si carnes uaccine et pulline simul coquantur. De lioris quoque comedendi tempus bene limitari non potest. Accidit enim diuersitas ex uarietate ciborum : scd munditia stomachi interduni etiam manifesta excitatur appetitus : et ex diffusione saliue per os ac descensum preassumpti cibi de stomacho epati.
Dicoergoconcludendo quodnemo comedat usque ad saturi-
repas quelque reste de faim , se contenter d un seul mets, et préférer ce qui est d’une digestion lacile, afin d’avoir sans cesse le ventre libre : dans le cas contraire, on doit faire en sorte d’en obtenir la liberté par des moyens artificiels, tels que les suppositoires et les lavements, ou à 1 aide des pilules cidessous décrites. On se servira de diurétiques pour tenir toujours ouvertes les voies urinaires, et de douces frictions pour conserver la souplesse des poies de la peau. On phlébotomisera ceux chez lesquels le sang abonde seul, ou mêlé à d’autres humeurs, ou vicié dans sa nature. L’usage de la phlébotomie est utile dans le temps actuel; mais les émissions sanguines seront faites selon les prescriptions d'Avicenne : il vaut mieux que les phlébotomies soient nombreuses plutôt qu’abondantes. Les corps contenant d’autres humeurs malignes qui ne procèdent pas du sang seront desséchés à l’aide de la pharmaceu-
tatem, sed reliquiis famis remanentibus : et sit contentus uno cibo / et preponatur quod est facilioris digestionis ; procure! habere beneficium uentris : et si non sit a natura fiat ab arte cum suppositoriisuel enematibus uel pillulis inferius describendis.Et uie urinales teneantur aperte cum diureticis ; et pori cutis cum fricationibus suauibus factis. Flobotometur corpora in quibus sanguis abundat solus aut cum aliis humoribus, aut si peccat in quali ; et utiliter usus fiobotomie ualet tempore isto : sed fiat secundum Auic. un. canon. : raelior tamen est inultiplicatio numeri quam quantitas : et exsiccentur corpora in quibus est malitia aliorum humorum a sanguine per tarmaciam. Retrahendum esta coitu si non in totum saltem secun-
tique. Il faut s’abstenir du coït, sinon complètement, au moins en grande partie : en conséquence, personne ne doit se marier maintenant, ou se livrer à de nouvelles amours.
« La cinquième chose non naturelle est le sommeil et la veille ; il faut non-seulement se garder d’un long sommeil, surtout pendant le jour, après le repas, mais encore ne dormir que lorsque la digestion sera complète, ou, au moins, à moitié terminée: on aura soin de ne pas se coucher sur le dos, de s’étendre d’abord sur le côté droit, et de se tourner ensuite sur le côté gauche. Si l’on commence par se coucher sur le ventre, cette position sera d’un grand secours pour la digestion, parce que la chaleur naturelle est retenue, et que les intestins sont comprimés, ce qui augmente la chaleur. Il est nuisible de dormir étendu sur le dos : cette position donne lieu
dum magnam partem : et ideo nullus debet uxores ducere pro tune nec procurare nouas uenationes rnulierum.
Quinta res non naturalis est somnus et uigilia : de quibus dico quod est cauendum a multo somno specialiter diurno post cibum : neque dormiendum nisi compléta uel saltem facta médiate prime digestionis : neque supine sed supra dextrum incipiat : deinde ad sinistrum reuoluatur : et si supra ventrem inceptio fiat auxilium feret satis magnum in digerendo propterea quia calorem retinet naturalem et comprimait; quare augebitur. Supine autem dormire est malum et ad malas ac prauas perducit egritudines : ut Heben Hali inquit. et tota causa est : nam si incipimus supra dextrum latus tune epar quidem abundans naturali calore superiacet stomacho
à de graves maladies, ainsi que le dit Heben-Hali, et en voici la cause : si l’on commence à se coucher sur le côté droit, alors le foie, qui est doué d’une grande chaleur naturelle, est placé au-dessous de l’estomac comme le feu est placé sous la marmite. Il convient donc de se retourner sur le côté gauche, de peur que le foie n’échauffe trop l’estomac, car à des aliments presque digérés il faut une chaleur bien moindre qu’à des aliments crus. Le sommeil, lorsqu’on est étendu sur le dos, est très- nuisible, parce que, dans cette position, les superfluités se dirigent vers la bouche et les narines, refluent au cerveau et submergent la mémoire : ce qui occasionne fréquemment le cauchemar, les apostèmes, la frénésie, car, dit Heben-Hali, les superfluités descendent vers les parties postérieures.
« La sixième et dernière chose non naturelle consiste dans les accidents de i’àme. On doit éviter la
tanquam ignis supponitur lebeti : postea uero conuenit reuolutio super sinistro ne epar supercalefiat : nam cibo fere digesto multo minor calor sufficit ad perficiendum digestionem quam ipsocrudo : etdormitio supina multa facit nocumenta quoniam propter situm currunt superfluilates ad palatum et nares : refluuntque ad cerebrum et memoriam submergunt : et inde fréquenter causantur incubus : aposlema : frenesis : quoniam ut Ileben Hali inquit supertluitates ad posteriora déclinant.
De sexta re non naturali et ultima uidelicct de accidentibus anime : uitanda est ira : tristitia. Ira enim supercalefacit omnia membra : et propter feruorem cordis omnes actus rationis confundit. Tristitia uero corpus nimis infrigidat et exsiccat : propterea magnam extenuationem inducit et con-
colère et la tristesse : la colère échauffe outre mesure tous les membres, et le bouillonnement du cœur bouleverse la raison. La tristesse refroidit et dessèche trop le corps; elle le resserre et l’exténue; elle entrave l’intelligence, émousse l’esprit, obscurcit le jugement et détruit ^mémoire ; aussi Galien dit-il que le médecin, qui est le gardien de la santé, doit s’appliquer à ce que les mœurs ne se corrompent pas, non au point de vue des philosophes, dans le but de conserver la santé de 1 àme et de rendre les hommes vertueux, mais afin que le corps ne soit pas facilement atteint par les maladies. Le médecin de Pergame ajoute ces paroles remarquables : « La fureur et les larmes, la colère et la tristesse, l’inquiétude poussée à l’extrême et les veilles trop prolongées sont Jes principes de la fièvre et des autres maladies. » Avicenne adopte complètement cette opinion, lorsqu’il
stringit : et spiritus obtenebrat et ingrossat : ingenium hebetat : apprehensionem impedit : iudieium obscurat et obtundit memoriam. UndeGal. de regiminc sanitatis libro 1°, cap. 1° : Oportet medieum qui debet custodire sanitatem studere ne mores corrumpantur non ut philosophus ut custodiat anime sanitatem nec ut faciat hominem uirtuosum : sed ut non facile in egritudinem ueniat corpus. Et subdit uerbum notandum : quodcum furor et fletus : ira : tristitia : sollicitudo amplius quam oportet : et uigilie quæ superfluunt febrium et aliarum egritudinum llunt principia. Hanc sententiam plane sensit Av. secundo ethicorum damans. Et tristitia quclibet stupcfacit et corrompit naturam hoininis. Delectabile autem nü taie facit : ideo ego maxime laudo ut omnes uestri uiuant
dit : « La tristesse stupéfie et corrompt la nature de l’homme.. Lajoie n’a jamais produit rien de tel . c est pourquoi je ne saurais trop Vous recommander de vivre tous gaiement. Remplacez la crainte par une espérance salutaire. En effet, qued émotions diverses l’imagination fait subir au corps!.... » Évitons donc les accidents de l’âme, tels que la colère, la tristesse, la crainte, l’inquiétude, les méditations j réjouissons-nous, et charmons nos esprits par la musique, le chant, la conversation, et par d’autres plaisirs de même nature.
c( Je passe maintenant à la seconde partie de ce chapitre, dans laquelle j’établirai d abord certains médicaments préservatifs , afin que nous puissions éviter l’invasion de la peste.
« Je commencerai par donner la recette d une
in alacritate : spe bona suppeditando timorem : nam multotiens sol a ymaginatione mouetur diuersimode corpus : facit enim ymaginatio casum..:.. Caueamus ergo a predictis accidentibus anime scilicet ab ira : tristitia : timoré : sollicitudine : cogitalione : gaudeamus et delectcmur in melodiis : cantilenis : historiis et similibus delectationibus.
Nunc ad secundam partein huius capituli descendo : inqua ponenda sunt : \° qucdam medicinalia facientiaad actum preuisissimum ut ualeamus nos a peste defcndere.
Primo procedo cum exhibitione cuiusdam artificialis decoctionis et est solemnis diuina et experta in pluribus et de eaest ha' ita experientia pluries : reddit enim corpus mundum et siccum a snperfluitatibus cor cerebrum et epar confortando : sirnilitcret alia membra : et si quis non credat experiatur : est
décoction artificielle importante, dont la vertu divine a été éprouvée dans plusieurs cas; elle rend le corps propre et sec de toute superfluité, en confortant nonseulement le cœur, le cerveau et le foie, mais encore les autres membres : que celui qui n’y ajoute pas foi en fasse l’expérience. Cette décoction agit avec tant d’efficacité qu’elle chasse subitement au dehors, par les voies naturelles, toutes les humeurs malignes et vénéneuses, ainsi que la mauvaise humidité du corps. Elle rectifie les humeurs en les rendant bénignes. La dose, pour ceux qui ne sont pas infectés, est de un gros et demi, et pour les pestiférés, de un gros et demi à deux gros. Les non infectés doivent en user une fois par semaine. En voici la description : R écorces de citron, racines de câprier, berberis, sandal rouge, spodium, de chaque deux gros; girofle, huglosse, mélisse, bourrache, chicorée, de chaque une poignée; acetose, epatice, prasii, de chaque une demi-poignée; escarole sauvage, deux gros; semence de conium frigi
enim tante efficacie quam omnem nociuum uenenosum humorem expellit subito ad exteriora per uiamreleuationis nature : et omnem prauam corporis humiditatem rectificat humoresad benignum reducendo : et dosis in non infectis est 5 1. s. In infeclis uero ab 5 1. s. ad 11. Sumi debeta non infectis sernel in septimana : cuius descriptio talis est. nJ. Corticum citri : radicum capparorum : berberis : sandalorum ru. spodii an. 3 11. gariofilatie : buglosse : melisse : boraginis : cicoree an. m. 1. acetose : epatice : pracii an. m. s. : scariole agrestis. 3 11 : seminum conium frigi. maiorum. s. cucurbi. melonis citrulli : cucumeris : uiolarum an. m. 1. thimi : epithini :
maiorum, s.; courge, melon, citrouille, concombre, violettes, de chaque une poignée; thym, fleurs de thym, séné, polypode, de chaque deux gros; suc d’absinthe, de fumeterre, d’hièble et de plantain, de chaque six gros; mirabolanorum chebulorum, un gros; mirabolanorum dtrinonnn , un demi-gros; diagrède, deux gros; sucre blanc, deux livres : on en composera un sirop qui sera acidulé avec du vinaigre de coings; on fera cuire le thym, les fleurs de thym et le séné d’après les règles de l’art, et l’on y ajoutera du diagrède aussi selon l’art. On en prendra une dose le matin, et l’on pourra ensuite dormir une ou deux heures
« D’après Averrhoës, il est fort utile de prendre, chaque matin, le poids de six carats de deux parties d’aloës et d’une partie de safran et de myrrhe avec deux gros de vin mêlé d’eau. 11 affirme que tous ceux
sene : polipodii an. 3 11 : succi absinlhii : succi fumi terre : sucei ebuli : succi plantaginis an. 3 vi : mirabolanorum chebulorum/3 i ; mirabolanorum citrinorum 3 s. dyagridii. 3 H. zucari al. libr. 11 fiat syrupus. Àcetosetur aceto cidoniorum • thimus epithinus et sene decoquantur secundum artem et addatur diagridii secundum artem. Sumatur in mane : et potest dormire per horam unam uel duas
Dicitur quodex aloe partibus duabus croci et myrre partem unam de quo sumatur omni mane pondus caratorum sex cum s \\ uini aqua mixti multum iuuat. Et subdit et non est inuentus adhuc aliquis qui medicina hacutatur qui apestilentia non curetur. Et possunt formari pillule cum aqua mente ad quantitatem ciceris. Soluunt enim bec pillule etexsiccant pro-
qui ont fait usage de cette médecine ont été guéris de la peste. On peut aussi confectionner ces pilules avec de l’eau de menthe, à la quantité d’un pois chiche. Ces pilules relâchent et dessèchent en empêchant la putréfaction de la chair, et elles doivent être prises deux ou trois heures avant le repas. Si celui qui en fait usage était échauffé et prédisposé à l’inflammation, et si l’on était dans la saison des chaleurs, il conviendrait d’y ajouter un gros de terre sigillée imprégnée d’eau de roses. Dans les autres saisons, et si le corps est autrement disposé, on agira comme il a été dit ci-dessus.
« La 3e médecine est la terre sigillée et le bol d’Arménie. Qu’on le mange ou qu’on le boive , il est trèssalutaire en temps de peste. La propriété de la terre sigillée, comme le dit Conciliator, est de débarrasser, par le vomissement, l’estomac des poisons qu’il peut contenir. Si, après avoir fait usage de cette terre, on
hibendo putrefactionem carnis et debent sumi ante cibum per duas uel treshoras. Si autem sumens esset calidus et aptus inflammation! in calido tempore, non esset malum addere terre sigillate 3 1. infîciendo cum aqua ro. Aliis uero temporibus et complexionibus fiat ut dictum est.
Tercia medicina est terra sigillata et bolus armenus. Hec enim in aere pestilentiato præstat iuuamentum si comedatur uel bibatur : terre enim sigillate proprietas est ut inquit Conciliator quod si innenit aliquod uenenum in stomacho ipsum expellit per uomitum. Si uero post ipsain sumatur uenenum nunquam permittit ipsum per corpus ambulare : ita denique ut corpora defendat et eius humiditates custodiat. Quare reges et principes departibus orientis et meridiei ubi sunt exhibenda
avale du poison, il ne peut se répandre dans le corps; enfin elle agit de telle sorte qu’elle protège les corps et garantit leur humidité. C est pourquoi les rois et les princes de l’Orient et du Midi, contrées qui produisent des poisons secrets dont on se sert pour faire périr les hommes, ont l’habitude , depuis ces criminelles tentatives qui ont eu lieu jusqu’à nos jours, de manger de la terre sigillée à chacun de leurs îepas ; et cette espèce de terre était revêtue du sceau des 1 ois, d’où elle reçut le nom de terre sigillée ( sigillum , sceau, cache f). Mais la garantie des sceaux n’existe plus aujourd’hui ; car la terre sigillée qui nous est envoyée ne porte plus l’empreinte du sceau des rois. L’odeur de l’urine de bouc est aussi fort salutaire,
ainsi que le rapporte Averrhoës.
« La 4e médecine consiste dans des pilules éprouvées dans les cas de peste ; elles ne sont pas appuyées l’autorité des auteurs, mais leur efficacité est constatée par l’expérience, et leur action est sur-
uenena clandestina ut homines moriantur. Hec peiuicies 11efanda accepit originem et inualuit cotidie usque nunc semper in suis cenis et prandiis terram comedunt sigillatam : et ideo sigillo regum talis terra signabatur inde terra sigillata uocata est : sed nunc periit (ides sigillorum quoniam ea non regali sigillo sigillata ad nos portatur. Item odor urine hircorum confert multum : ut Auer. yi colligit ultim. cap0.
Quarta medicina sunt pillule experte ualde in hoc casu habite ex experientia et non auctoritate auctorum, et miiaberis eiïectum earum : et statim a principio sumi debent et plures per eas liberaui. Conflcio eas ex euforbii 3 s. masticis 3 1. dosis est 3 il.
prenante; elles doivent être prises dès l’invasion de la maladie. J’ai sauvé beaucoup de personnes à l’aide de ces pilules. Je les compose ainsi qu’il suit : euphorbe, un demi-gros, mastic un gros; la dose est de deux scrupules.
« La 5e médecine est dirigée contre les vers, qui, par suite de la grande corruption , se joignent à la maladie qui nous occupe ; cette médecine consiste en un onguent héroïque pour la destruction des vers; il faut en oindre l’estomac et le nombril antérieurement et postérieurement, ainsi que les endroits opposés en ligne droite et les creux des omoplates. En voici la description : Prenez huile d’amandes amères , huile d’absinthe , huile de mastic ou de Michel Scott, qui est décrite par Gulielmus dans sa Gulielmia, de chaque un demi-gros; centaurée, cumin infusé dans l’absinthe, corne de cerf, pain de seigle rôti, dictame blanc, gentiane, aurone ,
Quinta medicina est contra uermes propter magnam corruptionem uidetur huic egritudini annecti quedam uermium generatio : et sit hec medicina unguentum contra uermes expertissimum :jet ex eo debet inungi stomachus et umbilicusa parte anteriori et posteriori recte in locis per lineam rectam oppositis et foueis superioribus spatularum : cuius descriptio est. R\ Olei amigdalarum amararum : olei absinthii : olei mastici uel Michaelis Scoti : cuius descriptionem ponit Gulielmus in sua Gulielmia an. S s.centauree : cymini infusi absinthii : cornu cerui : panis siliginis usti : ditami. al. : gentiane : abrotani ans 11 : aloes loti in succo absinthii 3 11 : fellis thauri : succi centauree an. 5 1. Cere modicum et fiat unguentum.
de chaque deux gros ; aloës lavé dans le suc d’absinthe, deux gros; fiel de bœuf, suc de centaurée, de chaque un gros ; un peu de cire, el faites un onguent.
« 11 est aussi fort utile de prendre, une fois, un gros de dictame pulvérisé, avec du vin ou de l’eau, peu importe. Il convient également de boire un demi-verre de vin bouilli avec un gros d’absinthe; le vin doit avoir bouilli assez longtemps pour être réduit de moitié : cette boisson sera encore plus efficace, si l’on y ajoute un gros de dictame, ou de poudre de corne de cerf.
« Le 6° médicament consiste dans la coriandre préparée, dont une cuillerée sera prise le matin avec un peu de vin généreux et du sucre rosat.
« La 7e médecine et la 8e sont de la composition des maîtres de l’art : le mithridate et la thériaque. Ce sont deux choses qui préservent de la peste; par leur forme spécifique, elles résistent aux poisons, et
Confert autem hoc multum si semel sumatur : 3 1 ditami puluerizati cum uino uel aqua non euro. Ualet autem hoc si sumatur médius ciatus uini bulliti cum 3 1 absinthii : et débet uinum tain diu bullitum esse quod consumpta sit medietas : et si addatur ditami uel pulueris cornu ceruian. 3 1. erit efficacior potus.
Sexta medicina erunt coriandra preparata : de quibus sumatur coclear unum cum modico uini boni cordialis et zucharum rosaceum infra diem tempore calidoin tanta quantitate quanta potest uno cocleari capi.
Septima medicina et octaua simul erunt duc medicinc compositionum magistrum. s. mitridatum et tyriaca. Sunt au-
luttent avec avantage contre la corruption pestilentielle. Cet effet provient de leur substance et de leur forme spécifique qui s’opposent à la corruption, attendu que ces médicaments représentent l’admirable concentration du mélange de tous les autres médicaments qui domptent le poison. De cette composition résulte une chose divine qui est plutôt extérieure qu intérieure, c’est-à-dire que sa forme artificielle, par sa sécheresse, dessèche fortement les corps de toutes les humidités malignes. C’est ce qu exprime Galien, dans son livre des Avantages de la théiiaque, lorsqu il assimile la peste au venin des animaux, et qu il tait 1 éloge de la thériaque en ces termes : Nous avons découvert un antidote contre la peste : c est la thériaque, qui seule peut être utile aux pestiférés ; il ajoute : Car telle qu’une bête féroce,
tem due res que preseruant a pestilentia et sua specifica forma uenenis resistunt et per omnes mullum putredini répugnant pestilentie que est putredo multum uenenosa : hoc faciunt a sua proprietate et forma specifica qua opponuntur ueneno ex nobili complexione et permixtione omnium singularum medicinarum simul confectarum résultante que uenenum frangunt : ex hac enim compositione res diuina résultat : quod potius est ab extra quam ab intus scilicet forma artifîcialis sua exsiccatione fortiter exsiccans corpora ab humiditatibus prauis. Unde Gai. in libello de comoditatibus tvriace assimilans pestilentiam uenenis animalium uenenosorum laudauit tyriacam dicens : Inuentum est a nobis antidotum istud id est tyriacam in pestilentialibus constitutionibus sola kiis qui occupantur exkibita auxiliari, et subdit : uelut enim fera
la peste n’attaque pas seulement quelques hommes; mais elle infeste et dépeuple les villes entières; puis, il appelle la thériaque le purgatif de la peste. Je conseille donc , tant à cause des révolutions soudaines qui peuvent altérer l’air, que des autres germes d’infection, de faire prendre fréquemment des doses de cet antidote aux personnes saines et non encore infectées. C’est aussi l’avis d’Averrhoës, dans le premier traité qu’il a écrit sur la thériaque, et d Avicenne, dans son livre des forces du cœur Rabi
Moyses, dans la seconde partie de ses Aphorismes, 5e aphorisme , rapporte qu’un savant médecin se trouvant à Antioche pendant la peste’, et tous les médicaments ayant échoué contre cette maladie , conseilla aux habitants de faire usage de la thériaque. Les pestiférés qui suivirent ses conseils recou-
pestilentia ipsa non paucos homines sed totam ciuitatem depascens corrumpit nequiter uersatione quadani maligna : et paulo post uocat ipsam purgatorium pestis. Ideo consulo propter has que fîunt circa aerem eonstitutiones repente : et propter alias nocentium causas accipere de hoc antidoto fréquenter homini sano existenti. Idem Auer. in primo tractatu de tyriaca quem fecit. Idem Auic. de viribus cordis Raby Moy-
ses particula secunda suorum amforismorum quinto amforismo ostendit : quod quidam medicus sapiens retulit quod in terris Antiocliie morbo pestilentiali quodam lempore accidenti : cui morbo medicine omnes debiles inueniebantur : et consuluit hominibus regionis sue ut sumerent tyriacam . et occupati a morbo ipso qui tyriacam sumpserunt benelicium acceperunt ab ea et a morbo sunt liberati : et mortui sunt qui eam
xrèrent la santé, les autres moururent, et, enfin, ceux qui n’étaient point encore infectés, et qui voulurent se soumettre à l’usage de la thériaque, furent préservés du fléau; et cela n’est pas extraordinaire, puisque ce remède est l’antidote de tous les poisons, et qu’il réussit dans les maladies qui résistent à tous les autres médicaments. On doit en faire usage de trois jours en trois jours, le matin, avec du vin de grenade, ou acresta , ou avec un autre vin rendu astringent par la décoction de sumac ou par l’acide citrique, ou, enfin, avec l’eau de rose. Elle produira un meilleur effet si on la prend sept heures avant le repas. Quelques-uns cependant en défendent l’usage pendant les chaleurs. Nous devons aussi suivre un régime alimentaire froid, afin de résister à sa chaleur. Il vaut mieux, dans les autres cas, employer le mithridate que la thériaque.
non receperunt : et qui non erat occupatus ab illo morbo et tyriacam sumpsit est preseruatus. Et non est mirum : quia medicina hec contraria est omnibus uenenis : et competit in iliis egritudinibus in quibus alie medicine inueniuntur débiles et quia inest a virtute rniraculosa quam habet. Debet autem sumi de tercio in tercium diem in aurora cum uino de granatis uel acresta uel alio uino stiptico de coctionis sumach aut acetositatis citri : uel sumatur cum aqua ros. Et si sumi. tur per horas vu ante cibum est melius. Quidam autem denegant ipsam tempore calido. Nos autem debemus reliquum regimen ciborum et aliorum conuertere ad frigidum ut resistamus sue caliditali, etc. Ualet etiam in ceteris casibus plus mitridatum quam tyriaca.
« Le 9e médicament est regardé comme très-bon dans le livre des rois de Perse : d’après Conciliator, il consiste à faire graver sur une améthiste un homme à genoux, entouré d un serpent dont il tient la tête de la main droite, et la queue de la main gauche. Vous incrusterez cette pierre dans un anneau d’or, et sous la pierre vous placerez de la racine de serpentaire : en portant sur vous cet anneau, vous serez préservé de toute espèce de maladie pestilentielle.
« Le 10e médicament est la poudre d’émeraude ; car si un crapaud regarde une émeraude „ il est prouvé que ses yeux éclatent sur-le-champ} si 'sous la posez près de vous pendant votre repas, elle affaiblira la force du poison; et si vous la tenez dans la bouche, elle diminuera les dangers de l’infection. On doit s’en servir, dans les boissons, en temps de peste, à la dose de deux scrupules; Averrhoës a découvert que si on ajoute à la poudre d’éméraude deux
Nona medicina optima habita in libro persarum regum : et auctoritate Coneiliatoris est quod si insculpiri feceris in lapide emathitis uirum genuflexnm cinctum serpente cuius caput teneat dextera manus et caudam sinistra : et posueris lapidem hune in anulo aureo : et sub lapide posueris radicem serpentarie tecumque portaueris hune annulum, ab omni ueneno te preseruat tam acris pestilentialis quam alterius minere uel generis uel mancriei.
Deeima medicina est puluis smaragdi : si enim bufo ilium lapidem intueatur expertum est quod eius oculi crepantur ad presentiam ipsius : et si teneatur in mensa uirtutem ueneni débilitât : et si in ore uirtutem inficiendi diminuit. Debet autem accipi in potu tempore pestis : cuius dosis est 3 \ 1 . Et hoc
scrupules de terre sigillée et deux scrupules de bol d’Arménie, le remède deviendra plus efficace.
« Le 11 e médicament consiste à prendre, avant le repas , une châtaigne avec des figues, ou de la rue avec des noisettes, ou des noix vertes avec de la rue, ou des noix sèches avec des figues sèches, ou de la racine de dictame broyée. 11 n’est pas moins utile de manger Yénula ; c'est l’une des sept plantes qui ne sont point douées d’une complexion élémentaire; car elles sont en même temps chaudes, froides, humides et sèches, mais d’une vertu spécifique; c’est-à-dire que, par 1 influence de la nature, ou d'une planète, elles possèdent la propriété de détruire les poisons. Je ne crois pas inutile de décrire ces plantes. La première est le mille-pertuis, ipericon, aussi nommée perforata ; la deuxième est le vincetosicon ; la troisième, Yénula; la quatrième, le raifort; la cinquième,
inuenit Auer. et si cum eo addantur terre sigillate : boli arment an. 3 11. valet magis.
Undecima medicina est ut semper ante cibum sumatur castanea cum ficis aut ruta cum auellanis : aut nuces uirides cum ruta : aut nuces siccas cum ficis siccis : autradicem ditami tritam. Valet etiam comestio enule : est enim unade septem herbis quæ dotate sunt non a complexione elementari quia calide frigide humide et sicce : sed specifica uirlute. s. quia talem a natura uel mediante Stella sic dotate habentuirtutem liberandi a uenenis : ut extendamus sermonem non tamen inutilem narrabo eas. Prima enim dicitur Ipericon que alio nomine perforata dicitur. Secunda est Uincctosicon. Tercia Enula. Quarta Rafanus. Quinta Ditamus. Sexta Aristologia longa et rotunda. Septima Lactucella. Harum unaqueque dicitur equipollere ly-
le dictame ; la sixième, l’aristoloche longue et ronde ; la septième , la lactucella. On dit que chacune de ces plantes peut remplacer la thériaque, de telle sorte que le suc de l’une d’elles, donné en boisson, guérit les plaies empoisonnées : c’est pourquoi les anciens en faisaient usage dans ce cas, avant qu ils ne connussent la thériaque. On peut, de meme, se servir de ces plantes, réduites en poudre, avec du vin ou de l’eau miellée. Cette boisson guérit la morsure des animaux vénéneux. Elle convient aussi dans les cas de peste; mais on aura soin de choisir la plante
la moins chaude.
« Ces divers médicaments peuvent être employés dans l’ordre suivant: le premier jour de la semaine, on prendra un gros et demi de sirop avec de 1 eau de buglosse, ou de l’eau acidulée, ou du vin, peu importe ; le deuxième jour, on prendra de la thériaque; le troisième jour, de la coriandre non préparée contre
riace ita ut uulneribus uenenosis succus alicuius predictarum tlaUis in potu uulnera infecta purget et saluet : et per ipsum modum omnes antiqui lalia curabant uulnera antequam tyriace lmberent noticiam : similiter potest dari puluisearum in potu cum uino uel aqua mellita cui equiualet : ymo talis peins curât animalium uenenosorum raorsus : ualetque pestilentiali
morbo sed eligatur minus calida.
Circa lias medicinas posset talis ordo seruari ut prima die septimane sumatur syrupi 5 1 • s. cum aqua buglosse uel aqua acctosc seu uino de lioc non est uis. Secunda die sumatur tyriaca. Tercia die de coriandris in non dispositis ad uermes : in aptis uero ad uermes de decoctione dicta. Quartadie sumatur
les vers, puis de la coriandre préparée; le quatrième jour, des pilules d’aloës, de safran et de myrrhe ; le cinquième jour, de la thériaque; le sixième jour, de la terre sigillée ou du bol d’Arménie avec de la poudre d’émeraude; le septième jour sera pour le repos, et vous pouvez continuer ainsi. Celui qu’un régime de cette nature fatiguerait, pourra se reposer pendant trois semaines, et n’y recourir qu’une fois par mois. One l’on prenne cependant, de trois en trois jours, de la thériaque, en buvant de l’eau de roses en été et du vin blanc en hiver, et qu’on y ajoute une fois ou deux par semaine des pilules dont j’ai parlé plus haut. Et cet ordre sera le meilleur; et il ne cessera d’entretenir une bonne odeur : car, ainsi que le dit Avicenne, lien n’est plus contraire à la chaleur du cœur que les mauvaises odeurs qui privent subitement celui-ci des esprits vitaux
«Louanges à Dieu, qu’il nous préserve de la peste ! »
de pillulis aloe et croco et mvrradictis. Quintadie sumatur de tyriaca. Sexta die de terra sigillata uel bolo armeno cum lapide smaragdi. Septima uerodie quiescere : et sic procedere potes. Qui autem de isto ordine grauaretur faciat isto modo saltem semel in mense : postea in residuo quiescat. Sumat tamen de tercio in tercium diem lyriacam bibendo : post tempore estatis aquam ros. tempore uero frigoris uinum album : et aliquando saltem bis in ebdomada de pillulis dictis : et iste erit optimus ordo : semper procuret bonum odorem habere : nam ut ait Auic. nu lia res est magis inimica calori innato et cordi quam
fetor per quem subito spiritus uitalis a corde recedit
Laus Deo qui nos protegat a peste.
Quel que soit mon désir d’être bref, cependant , pour laisser le moins de lacunes possible , je suis obligé de continuer l’énumération de tous les moyens proposés à cette époque dans le but de sauver la vie
des hommes.
Symon tic Covino, dont le nom revient souvent sous ma plume, a tracé un système de préservation qu’il compare poétiquement à une armure protectrice. En voici la bizarre description :
Vinum subtile maturum cum speciebus Subtilesque cibi, quorum digestio levis,
Componunt galeam, capitisque lempora servant.
Terra sigillata, bolus, allia, lac et acetum,
Et theriaca simul clypeum componere debent.
Lancea fraxinis est vitis, cum rore marino,
Et quercus juvenis quibus omnibus additur ignis,
Ut ferrum ligno conjungi debet acutum.
Rbompliæa fit muséum, aloës, storax, calaminthum, Jungitur ambra simul, mastix et camphora, costus,
Hæc sunt arma Deæ, manibus fabricata virorum Quos medicinalis famat doctrina perilos ;
Affirmantque viri munitum talibus armis Securum posse Martis vitare ruinam,
Dum tamen in caméra maneat, clausisque fenestris,
Absque paludosis stagnis, putredinisque lutosis.
« Le vin vieux et délicat, relevé par des épices; les aliments légers et de facile digestion composent le casque et préservent la tête. La terre sigillée ou bolaire, l’ail, le lait, le vinaigre et la thériaque forment le bouclier. La lance est faite avec du frêne, de la vi-
gne, du romarin, dont la réunion doit avoir la vigueur et la force du fer joint au bois. Le musc, Laloës, le storax, le calament, l’ambre, le mastic, le camphre et le coste constituent X espadon. Telles sont les armes qui peuvent être opposées à la déesse (Junon), et que l’on doit aux mains habiles d’hommes que leurs connaissances en médecine ont rendus célèbres. Ils affirment qu’avec cette armure, on n’a pas à redouter les coups du dieu Mars. Cependant on aura soin de rester dans sa chambre, d’en garder les fenêtres fermées, et de se tenir éloigné des eaux stagnantes, bourbeuses et corrompues. »
On voit que l’auteur, comme s’il se méfiait de la vertu problématique de son armure , conseille de ne pas sortir, et d’éviter les miasmes paludiques. Cette dernière recommandation émane d’une saine doctrine. Ce n’est pas tout, car il ordonne de fuir les lieux frappés du contage pestilentiel :
Et quia causa latet, locus est in crimine morbi Conscius, et tutus poterit vitare procellam Qui fugit ante diem venturæ cladis ab urbe;
Nam loca sepe nocent ; fugito loca conscia cladis,
Nulla potest medicina dari securior ista.
Sed propera, nec te venturas difîer in auras,
Ne tarde venias Castro succurrere capto.
Si tamen incautum morbus te ceperit acer,
Noli propterea medicorum spernere vires ;
\'irtus forte tua medicinæ viribus aucta Pestiferum poterit cladis superare dolorem.
« Comme on ignore la cause du fléau, c’est le lieu
qu’on en accuse, et celui-là est sûr d éviter la contagion qui fuira de la ville avant que ne survienne la maladie. Souvent les lieux sont nuisibles. Fuyez le théâtre du mal, c’est le remède le plus certain qu’on puisse vous donner ; mais hatez-vous , et n attendez pas le vent qui doit souffler, dans la crainte que vous n’arriviez trop tard au secours du camp déjà au pouvoir de l’ennemi. Cependant, si cette cruelle maladie vous surprend à l’improviste, ne méprisez pas pour cela les secours des médecins; peut-être vos forces, accrues par les ressources de la médecine, poui — ront-elles dompter les douleursdu fléau pestilentiel. » On lit dans un ouvrage intitulé : Souverain remède contre V epidimye, bosse ou maulvais acr, composé de plusieurs docteurs et grans elerez en medicine dedans Avignon, au temps que la grant pestilence ij estoit. « Au temps de l’epidimye, est graut péril de converser ne habiter avec les malades, especialement boyre ou menger avec eulx. Vous devez boyre au matin une foys de bon vin blanc ou claret pour résister au maulvais aër, et doit-on poitei dans sa main ung petit d’esponge marine, et qu’elle soit trempée en fort vin aigre, et la mettre souvent à son nez, car le vin aigre garde le maulvais aer d’entrer au cervel , et aussi de entrer dedans le corps. » Maître Jacques, Juif de Montpellier, conseille les pilules suivantes : «Prenez, dit-il, aloës epactici ou cicottini, 4 drames; mirre electe, 3 drames; du safran, 1 drame, et faictes de tout cela pouldrc bien
DE LA DESTE NOIRE
subtille, et puis formes vos pilules du gros d’ung pois avec vin blanc.
« Lesdictes pilules préservent la personne et gardent de pestilence et maulvais aër, en telle façon et maniéré que se aulcun en use avant que régné la pestilence, il ne sera point frappé d’icelle maladie ; et se ainsi estoit que aulcun en fust frappé, s’il en prent jusqu’à dix, il sera parfaitement délivré et sain d’icelle maladie, et plus valent que toutes aultres choses contre l’aër corrompu , car souvent on les a approuvées.
« Les pilules dessus dictes donnent aucueur joye et lyesse; elles aguisent l’entendement et donnent bonne memoyre, confortent la vue et le cueur; elles mondifient l’estomac, la forcelle et les boyaulx des superfluités corrompues , ostent douleur et ventositez engendrées de froide matière en chascune partie du corps ; elles prolongent la vie abreviée par trop mangier ou boyre , dont plusieurs meurent devant leurs temps.
«Vous prendrez trois des susdictes pilules au soir, à l'heure du coq, ou bien, matin, par deux fois la scpmaine, ou vous en prendrez une toute seulle, selon qu’il font aller à chambre le recepvant.
« Prenez apres les trois pilules à collation demidrame de bon triade (thériaque) destrempé de bon vin blanc ung peu tiede en yver; il vault à la conservation de vie humaine. »
Quelle thérapeutique ingénue !
Enfin , Gui de Chauliac a écrit que le meilleur moyen, pour se préserver de la peste, était de fuir les lieux infectés, de sc purger avec des pilules d a— loës, de diminuer la masse du sang par des saignées, de fortifier le cœur avec de la thériaque, des pommes de senteur et d’autres parfums, d’arrêter la fougue des humeurs à 1 aide du bol d Arménie, et de îésistei à la corruption de l’air en faisant usage d’acides.
« In præservatione non erat melius quod, ante in- « fectionem, fugere regionem, et purgare se cum « pilulis aloëticis, et minuere sanguinem cum phle- « botomia, rectificare aërem cum igné, et con for tare « cor cum theriaca, et pomis et rebus odoriferis,
« consolare humores cum bolo Armenico, et résiste tere putrefactioni cum acetosis*. »
Raymond Chalin de Yinario, célèbre médecin, contemporain du fléau, louait l’usage du poisson, et recommandait surtout les écrevisses, parce que, comme elles changent d’ écailles chaque année, elles possèdent, dit cet auteur, la propriété particulière de conserver la santé et la vie } il appuie ce qu il avance à cet égard du sentiment d'Arnauld de Villeneuve, savant médecin de Montpellier, mort en 1 3 1 3 : « Eadem in sententia fuit Arnaldus, libro de mo- « randa senectute, quuni ad hune modum scriberet . « Animal, ait, quod de natura sua se innovât, inno- « vat etiam nos, quod se instaurât, instaurât ctiam
1 Guidonis de Cauliaco chirurgia, loc. cit.
« nos. Sic enim visum Parenti omnium rerum et uni- « versæ naturæ fuit, ut iis ipsis signis, quæ in illo- « rum natura conspiciuntur, ostendant multa quid « possint in nostris corporibus efficere. Id enim vitam « nostram prorogat, quod diu suam producit; id vice tam breviorem affert quod parum vi vit. »
C’est encore d’après l’autorité d’Arnauld qu’il parle de l’utilité de l’or pour prévenir la peste; soit qu’on le fasse bouillir en masse avec les bouillons ; soit qu’on l’éteigne dans l’eau dont on boit, après l’avoir fait rougir au feu ; soit qu’on en fasse des vases ou des plats; soit, principalement, si on le prépare d’une manière particulière qui n’est connue que des adeptes, mais qui le rend propre à produire les plus grandes merveilles. « Unum quidem superest et noce tum paucis, et quod cæteris omnibus anteponi
« queat Arnaldo miris laudibus et evectum et
« celebratum, sed quod nonnisi divilibus usurpetur, « id est, usus auri, quod nunc jusculis incoquitur, « seu rude, seu percussum, in monetamque forma- « tum ; nunc candens in eo quod bibimus extinctum ; « nunc ad pateram vel lancem fabricandam elabora- « tum ; nunc minime evulganda ratione et ingeniosis ce solum percepta sic paratum, ut stupendis miraculis <c extirpet morbos ac profliget, incurabiles alioquin, « vitam incolumem sustineat, exitum vitæ in pluri- « mos annos différât, ut obiter postea demonstratu- <( rus sum. »
On voit, par ce qui précède, que le traitement
préservatif de la peste noire, proposé par les maîtres de l’art, consistait : 1° dans la purification et la désinfection de l’air -, 2Ü dans la saignée et les purgatifs, en vue d’éliminer le poison qu’on supposait avoir déjà envahi le sang et les organes ; 3 dans la tempérance, et un régime de vie d une austère sévérité, 4° dans le calme des passions physiques et morales; 5° dans l’administration de remèdes considérés , à tort ou à raison, comme aptes à neutraliser le poison pestilentiel; G0 et enfin, dans la fuite.
La science médicale n’a pas fait un pas en avant depuis cette époque, et les efforts tentés de nos jours par les médecins pour repousser le choléra, qui vient de désoler deux, fois l’Europe a vingt ans à peine d’intervalle, n’ont été ni plus heureux ni plus puissants que ceux qui ont été tentés par les médecins du XIVe siècle.
On a pu s’apercevoir que, dans l’examen auquel je viens de me livrer, j’ai principalement fait mention des médecins français; cela tient à ce qu’un trèspetit nombre seulement des historiens étrangers que j’ai consultés se sont occupés de la prophylaxie de la peste noire.