‹ Histoire de la pharmacie à Lille de 1301 à l'an XIChapitre 118 sur 196 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Les apothicaires des pauvres et des hôpitaux \

Apothicaire de la Bourse coramune des pauvres et des Cliarités paroissiales. — L'apothicaire des maisons à la charge de la ville. — Quelques sommes payées.— Nomination de l'un d'eux en 1 791 . — L'apothicaire de la peste.— Livraison des médicaments par le chirurgien. — Paiement des médicaments par la Bourse commune sous le contrôle de la ville. — Quelques pharmaciens d'hôpitaux. — Leur nomination. — Adjudication et traiteraent à forfait.

Le ban de 1687 créant la Bourse commune des pauvres à Lille contient l'article suivant :

Tiendront la main lesdits cinq hommes et commis de subvenir aux povres et à toutes leurs nécessitez si avant que les aulmosnes poront porter tant de maladie es membres et au corps 2.

Avant cette époque, il ne faut pas croire que les pauvres étaient abandonnés. « Le Mag-istrat, dit M. l'abbé Leuridan, s'attachait en effet un ou plusieurs médecins ou chirurgiens auxquels il servait une pension annuelle à charg-e de visiter les pauvres malades de la paroisse et

1. M. le professeur Folet, dans son livre Hôpitaux lillois disparus (Lille, 1899, p. 60) a traité du service pharmaceutique, mais il n'a trouvé que peu de chose. Les minutieuses recherches faites ailleurs nous permettent d'ajouter quelques renseignements à ce docte travail.

2. Ban de création de la Bourse commune des pauvres (Compte moral du Bureau de bienfaisance de Lille, 1892. Lille, 1893, p. 4.)

de leur fournir gratuitement toutes drogues et touts médicaments ^. »

De 1627 à 1687 on trouve aussi dans les comptes de la Bourse commune de Lille des dons en argent pour permettre aux pauvres de se soig-ner chez eux. Quelquefois ces dons étaient faits aux chirurgiens qui semblent avoir pris en pension ces malades.

En 1637, en même temps que l'on voit apparaître un médecin ^, on connaît le nom d'un apothicaire, Jean Harbin. A partir de cette époque jusqu'en 17 13, on trouve sur les comptes une mention du genre de la suivante :

A Adam Petit, apoticaire desdits pauvres, a esté payez par ordonnance du xn de Juillet xvi^ lx la somme de trois cens livres parisis pour les droghes et médicamens qu'il a délivrez à tous les pauvres durant le terme et espace de demy année tiny le xxii de Juin xvi^ lx comme il appert par ordonnance et quittance '^.

D'après les comptes de 1700 et des années suivantes jusqu'en 171 3, où se trouve la dernière mention de ce g-enre, la livraison des médicaments aux pauvres était confiée à deux apothicaires.

Mais qui payait les mémoires de ces apothicaires des

1. Th. Leuridan (Tabbé). La Table des pauvres. Roubaix, 1884, p. 34.

2. A Roubaix, les médecins et chirurgiens recevaient un traitement annuel de 60 à 288 livres, moyennant quoi ils s'engageaient « à livrer ausdits pauvres : médecines, pùlules, potions cordialles, aposèmes, gargarismes, minoratifs, vomitifs, lavements, expo?itoires. tisanes de toutes sortes, j ulepes cordiales et autres et tout ce qui nécessaire sera à la guérison desdits pauvres et pour quelle maladie que ce puisse être ; ensemble faire les saignées, panser et médicamenter les plaies, ulseres, apostumes, fractures, dislocations, luxtentions et généralement les maux et accidens qui pourront arriver ausdits pauvres et pour ce livrer toutes drogues et onguents nécessaires tant que les ministres desdits pauvres seront entièrement déchargés de tous frais et qu'ils en demeureront apaisés. » (Th. Leuridan (l'abbé). [Loc. cil., p. 82.) Il n'y avait donc point d'apothicaire.

3. Archives du Bureau de bienfaisance de Lille. Compte de la Bourse commune des pauvres, 1660.

pauvres ? Etait-ce la ville ou les Charités paroissiales ? Sans aucun doute, ces dernières se charg-eaient en premier lieu de la dépense dans la mesure de leur budget. On lit, par exemple, celte mention dans un registre de la Charité paroissiale de Saint-Etienne :

Nous avons fait accord avec le sieur Malbrancq apothicaire qu'il fournira tous les médicamens pour les pauvres de la paroisse à commencer du 1«'' janvier 1762 jusqu'au 31 décembre pour 96 florins, à condition que s'il lui en coûte moins il en fera la déduction sur le prix convenu i.

Quand le budg-et ordinaire ne suffisait pas, les charités paroissiales avaient recours à la Bourse commune. Ainsi, cette somme de 96 florins que nous venons de mentionner se trouvait déjà dépassée en novembre 1762; lespauvriseurs de Saint-Etienne demandaient aussitôt une subvention à la Bourse commune des pauvres :

MM. Durant et Drion ont rendu compte de leur députation à Messieurs les Ministres généraux pour subvenir aux frais des médicamens dont nous avons fait accord avec le sieur Malbrancq le 28 décembre 1761 . Lesdits ont promis de nous remettre au bout de l'année la moitié de la somme que portera le mémoire qui pourra aller à 240 florins 2.

De 1764 à 1773, les pauvriseurs reçurent tous les ans 120 florins ^; après cette époque, les indications manquent de nouveau.

Outre les médicaments fournis aux pauvres par la Bourse commune, il y avait aussi les médicaments payés

1. Archives du Bureau de bienfaisance de Lille. Registre de la Charité paroissiale de Saint-Étienne, f° 527.

2. Archives du Bureau de bienfaisance de Lille. Registre de la Charité paroissiale de Saint-Étienne, f° 528.

3. Payé à MM. les pauvrieurs à compte des médicamens pour les pauvres de ladite pnroisse de Saint-Etienne pour l'année mil sept cens soixante quatre, 120 fl. (Archives du Bureau de bienfaisance de Lille. Comptes de la Bourse commune des pauvras, 1764.)

par les finances municipales pour les prisonniers, les insensés, les enfants abandonnés.

En 1718, dans les comptes de la ville de Lille, on trouve un mémoire de médicaments qui n'avait point été rég'lé depuis 1707.

A la veuve Lambert apoticaire 304 florins 19 patars pour drogues et médecines tant aux prisonniers qu'insensés depuis le 11 janvier 1707 jusqu'au 30 octobre 1713 1.

Avant cette date il y a une lacune. On soig-nait les prisonniers et les insensés, mais qui livrait les médicaments ? On ne précise pas. Il est probable que le concierge des prisons se charg-eait de ce service et qu'on lui remboursait les sommes qu'il avançait de ce chef.

A Jean Ginaire, concierge des prisons de ceste ville la somme de septante une livres six sols parisis pour nourriture et entretians d'aucuns prisonniers malades et autrement, comme appert par estât et ordonnance en datte du xn d'avril 1670.

Signé : A. Bruneau ^.

A partir de 1788 on trouve dans les comptes de la Ville un chapitre spécial conçu en ces termes :

A Jacques de Sobry, apothicaire de ceste ville, la somme trois cent soixante deux florins huit patars qui lui a été payée à base de deux états pour livraison des médicaments qu'il a faites pour les maisons à la charge de cette ville pendant une année jusqu'au 1«'' Mai '^.

Sauf de très rares exceptions, ce chapitre paraît tous les ans jusqu'en 1791.

Ordinairement, ces sommes étaient payées sans observations ; cependant en 1792, la Municipalité trouva, non sans raison, que la ville ne devait payer que les médicaments livrés aux Lillois, puisque les pensions des autres

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