Réflexions
Le g-oût des Sciences se répand de plus en plus en France ; aussi
voit-on naître dans toutes les villes capitales des Académies, des Sociétés de Sçavans, etc.
On ne peut disconvenir que la Botanique ne fasse partie des Sciences, et que cette Science ne soit infiniment utile. Elle est recommandée par l'Ecriture Sainte ; elle faisoit autrefois les délices des peuples ; on apprenoit le nom et les vertus des simples ; les grands, les Princes et les Rois se faisoient honneur de cultiver cette partie.
On convient assez que la Providence fait naître dans chaque pays les plantes nécessaires pour g-uérir les maladies de ses habitans ; il faut donc connoître ces plantes : quel meilleur moyen que de les rassembler dans un jardin où on les démontre et où on enseigne leurs vertus ?
La matièi'e médicinale est si vaste et si prodigieusement multipliée qu'il ne peut qu'être très avantageux aux médecins de leur rappeler tous les ans les noms et les vertus des simples, dont par état ils doivent se servir journellement.
Lille est une capitale qui affranchit pour toute la province. Ceux qui se destinent à la pharmacie et à la chirurgie doivent absolument connoître les plantes : si on cesse de les démontrer à Lille, comme on ne les démontre pas dans les autres villes voisines, on ote le moyen à ces jeunes gens de se former ; tous ne sont pas en état d'aller à Paris.
La Botanique a été cultivée à Lille. En mil cinq cens soixante Delobel est annoncé, dans l'estampe qui est à la tête de son histoire des plantes, comme médecin et démonstrateur de botanique à Lille : les armes de Lille et celles du médecin sont à côté de son médaillon . Cet ouvrage est cité par tous les botanistes.
La Botanique est absolument nécessaire si on convient que la ville et la Chatellenie ne peuvent se passer de chirurgiens et d'apoticaires. Les apoticaires ne peuvent se dispenser de connoître les plantes, c'est la base de leur profession : et dans les examens, qu'on leur fait subir avant de les admettre à la maîtrise, on les examine fort sévèrement sur les plantes. Ainsi la Botanique est une connoissance qui est matière d'examen, et on ne peut douter qu'elle soit nécessaire.
Il en est de même aux Chirurgiens ; si on ne les examine pas sur la botanique, l'obligation où ils sont dans la campagne de traiter le mieux qu'ils peuvent les maladies internes et externes, les oblige de conseiller tisannes, cataplasmes etc., lesquels se font avec des plantes : si ces chirurgiens ne connaissent ni les simples ni leurs vertus, ils contractent une routine qui les empêche de rendre le bon service dont ils seroient capables s'ils étoient instruits de la botanique.
Le qui pro quo d'un apoticaire en fait de plantes peut avoir des suites très dangereuses, et le chirurg-ien qui ne connoit pas les plantes usuelles est responsable des cures qu'il ne fait pas, faute de connoissance.
Supprimer le Jardin Botanique c'est oter un ornement à la ville, c'est se repentir de favoriser les Sciences, c'est retrancher un établissement utile aux médecins, nécessaire aux apoticaires et aux chirurg-iens, par conséquent avantageux au public ; en un mot c'est déshonorer les Sçavans de Lille puisque cela donneroit à penser qu'il n'y en à aucun d'eux en état de remplir dignement cette leçon.
Archives coMMUiMALES de Lille. Carton 1284, 12""= dossier. — Pièces manuscrites.
Avis du procureur sur une requête du sieur Salmon, médecin,
demandant le rétablissement de l'École de Botanique.
17 mars 1766.
Vue la requête du sieur Salmon, médecin en cette ville, à fin de rétablissement de l'école de la botanic .
La susdite école a été établie, Messieurs, par résolution du 3i octobre 1748, mais ayant reconnu, par le rapport de vos Commissaires, le peu d'utilité que le public en retiroit, vous l'avez supprimé par autre résolution du 28 May 1761, après lecture faite des requêtes respectivement présentées par les sieurs de Cyssau et Lestiboudois, médecins, afin d'obtenir la place de Démonstrateur en ycelle.
Peu de tems après, sçavoir au mois de juin de la même année, les médecins et apoticair-es se sont réunis pour demander conjointement de M. de Caumartin le rétablissement du jardin botanique et que la dii'ection en fut confiée audit sieur Lestiboudois^ mais sur le rapport qui vous a été fait dans l'assemblée du 18 juillet suivant par vos députez ordinaires de la conférence qu'ils avoient eue à ce sujet avec cet intendant, il a été résolu le même jour de ne point songer quant au tems lors présent au rétablissement dudit jardin.
Je ne crois pas qu'il soit plus nécessaire à présent de rétablir cette école, qu'il l'étoit alors, puisque presque tous les apoticaires ont des jardins où ils prennent soin de cultiver des plantes que le climat
permet d'élever en ce pays, et Cfue d'ailleurs tous les médecins, chirurg-iens et apoticaires peuvent facilement s'instruire en la connoissance des plantes par l'étude de la pharmacopée.
Pourquoy, Messieurs, je requiers que, sans besoin de s'enquérir de la capacité du suppliant sur l'objet de sa demande, il soit résolu d'informer M. l'Intendant des motifs qui vous ont engag-éà supprimer ladite école par votre ditte Résolution du 28 May 1761 et de ceux qui vous déterminent à ne la point rétablir .
Fait ce 11 Mars 1766. Du Chasteau De Willermont.
Archives communales de Lille. Carton 1284, ]3<"' dossier. — Pièce manuscrite.
Mémoire tendant à prouver l'utilité du rétablissement de la Leçon de Botanique à Lille.
Rien de plus louable que l'établissement des académies et des écoles publiques dans les g-randes villes pour l'enseig-nement des arts utiles et disting-ués : c'est le moien le plus propre à former de bons artistes. Les citoïens charmés de trouver dans ces établissemens des secours aisés et non dispendieux pour former leurs enfans, dans la partie respective des arts pour les quels ils leur croient les meilleures dispositions, saisissent avidement ces occasions de leur procurer un état et une profession convenables ; et les jeunes g'ens entraînés par l'émulation que ne peut manquer d'inspirer le concours d'un certain nombre d'écoliers, se prêtent d'eux-mêmes aux instructions requises, surtout lorsque les travaux de ceux qui se distinguent dans leurs exercices sont couronnés par des prix et des récompenses.
Le mag-istrat de cette ville n'a qu'à se féliciter de s'être prêté à de pareils établissemens. Il peut en particulier se g-lorifier d'avoir donné à la capitale du roïaume l'exemple de celui d'une école publique et gratuite de dessin, à laquelle il a joint en même temps une leçon publique de mathématiques et une d'architectui^e. Il y a long-temps que convaincu de l'importance et de l'utilité d'une école d'anatomie, il en a fondé une sur le modèle des principales villes du roïaume, et il ne manque plus pour compléter en tous points en cette ville l'objet souhaité que de faire revivre la leçon botanique qui n'est pas moins
nécessaire pour l'instruction des élèves en pharmacie que celle de l'anatomie pour les aspirans à l'exercice de la chirurg-ie.
Il y a, dans la plupart des grandes villes de l'Europe, un jardin de botanique destiné spécialement à l'instruction de ceux qui se dévouent à la profession d'apoticaire ou à la pharmacie, et les mag-istrats de ces villes pensionnent ordinairement un médecin ou un ancien apoticaire et parfois l'un et l'autre pour enseig-ner cette science. Le magistrat de Lille s'étoit conformé cy devant à ce louable usag-e et avoit dénommé feu le sieur Cointrel pour remplir cette fonction ; le peu de fruit que le public a paru retirer des leçons et démonstrations de ce médecin a éloigné le magistrat de l'idée de le remplacer à sa mort. Mais s'il est vrai d'un coté, comme on n'en doit point douter, que le peu de succès de ces leçons provient du défaut de talens de celui qui en étoit chargé et de la mauvaise méthode qu'il avoit adopté ; et de l'autre, que l'on peut réellement trouver quelqu'un capable de remplir en tous points le but proposé, le magistrat ne devra plus balancer à faire revivre un établissement dont l'utilité doit rejaillir non-seulement sur la pharmacie, mais encore sur la médecine et la chirurgie.
Tout le monde conçoit que ceux qui se destinent à la profession d'apoticaire ont réellement besoin de la botanique ou de la connoissance méthodique des plantes, comme faisant une partie essentielle de cette profession. Les chirurg-iens ne doivent pas moins connoître les plantes qui servent aux maladies externes ; et les médecins doivent joindre à la connoissance de toutes les plantes médicinales celles de leurs vertus. Si ceux qui se destinent à exercer en cette ville l'une des trois professions, n'y trouvent point les secours propres à leur faire acquérir toutes les connoissances requises, il faudra qu'ils aillent les chercher ailleurs, ou bien ils n'auront pas toutes les qualités nécessaires à leur état respectif.
Il s'en faut bien que la botanique soit aussi facile à acquérir qu'on pourroit le présumer d'un prime-abord. Elle embrasse un objet d'une très grande étendue, et l'on ne peut parvenir au but, si l'on n'y est conduit par une bonne méthode qui ne sçauroit être inculquée que par un maître éclairé. Nous avons bien à Lille des médecins et des apoticaires instruits dans cette science, mais il faut pour l'enseigner un homme qui en fasse son capital et qui s'y adonne pour ainsi dire tout entier.
Le sieur Lestiboudois, médecin en cette ville, a sans contredit les qualités propres à cette fonction; c'est de quoi conviendront unanimement tous les gens instruits ; il a de tout temps suivi par goût
l'étude de la botanique ; il possède à fonds les meilleures méthodes de l'enseig-ner ; il a, en un mot, par devers lui tout ce qu'il faut pour transmettre aux élèves les connoissances les plus complètes sur cet objet.
Deux choses sont nécessaires pour tirer tout le parti possible de ses talens et de ses lumières : ter) c'ggt ^q rétablir un jardin, où Ton puisse rassembler et arrang-er méthodiquement, selon le sistème le plus convenable, les plantes qui ne croissent pas communément en pleine campagne. Il n'est point nécessaire que ce jardin soit d'une étendue bien considérable, il n'est pas question d'y rassembler les diverses plantes qui croissent dans les quatre parties du monde, il suffît qu'il puisse contenir une quantité requise de plantes correspondantes aux différentes classes que présente la méthode convenable, et formant un tableau de ces diverses classes, qui puisse être aisément inculqué aux élèves.
En second lieu pour l'instruction détaillée des plantes , parmi lesquelles celles qui croissent dans le pays ou dans les environs doivent nous intéresser principalement à tous ég-ards, il faudra que le professeur soit assujéti d'aller à plusieurs reprises dans les temps opportuns, faire avec les élèves des tournées à la campag-ne, dans les divers cantons où l'on sçait que croissent le mieux les plantes qui méritent d'être observées, ayant ég'ard aux saisons où certaines plantes parviennent de préférence à leur maturité.
Les avantages de l'établissement proposé ne seront point bornés à l'instruction des élèves en pharmacie et en chirurg'ie qui se proposeront de s'établir en ville, il y attirera infailliblement un certain nombre d'étrang-ers qui se destinant à ces professions seront charmés de trouver un moien aisé d'acquérir la connoissance d'une partie essentielle de leur art respectif, ce qui produira un avantag-e pour la ville, puisque les consommations et le produit des octrois en seront aug'mentés. Cette dernière considération mérite d'autant plus l'attention du mag'istrat qu'à l'exception de la ville de Douai, il n'y a point dans l'étendue de ving-t-cinq lieues à la ronde, de ville où un pareil établissement ait lieu ; d'ailleurs notre ville profitera de l'état très néglig-é ou pour mieux dire de l'espèce d'anéantissement où se trouve depuis plusieurs années le Jardin botanique de Douai et son état florissant j attirera toujours de préférence les étrang'ers.
Quelques médecins et apothicaires de cette ville, que des vues patriotiques animent, se sont déterminés à former d'avance à leurs frais un jardin botanique qu'ils se proposent bien de maintenir.
quelque parti que prenne le Mag-istrat, mais dont les avantag-es ne sortiront point du cercle de leur société, s'il ne seconde pas leurs vues louables. De pareils établissemens qui ne sont point animés et encourag-és par le g-ouvernement ou par un corps de magistrature, ne peuvent se soutenir longtemps : comme ils sont le produit du goust de quelques amateurs, ce goust, qui n'est point secondé, doit absolument dégénérer et s'anéantir avec le temps. Mais il ne seroit pas de la bonne politique de laisser perdre le fruit des talens et des lumières de quelques-uns de ceux qui composent la société en question ; quelque ville circonvoisine ne manqueroit pas de px^ofiter tôt ou tard de cette néglig-ence.
Au reste s'il étoit question d'une dépense considérable de la part de la ville, pour l'établissement proposé, on en auroit renvoie le projet à des temps plus favorables ; on sçait que les finances de la ville ne permettent point au mag-istrat de se prêter à des établissemens fraieux. Aussi ne demande-t-on rien pour la formation et l'entretien du jardin proposé; moiennant une pension qui n'excédera pas celle que l'on a accordé cy devant au sieur Cointrel, celui qui s'offre à le remplacer consent à se charger du loier et de l'entretien de ce jardin ; et ceux d'entre les médecins et les apoticaires de cette ville qui ont concouru à former celui de leur société (lequel peut suffire par intérim) consentent volontiers à ce qu'il serve à l'objet proposé sans exig-er aucun dédommag-ement pour le passé, ni aucun salaire pour l'avenir, au cas que leur société persiste.
Le sieur Cointrel, médecin, a obtenu de IN'P^ du Mag-istrat, le 28 septembre 1753, une pension de 3oo florins pour démontrer la botanique en cette ville, et le magistrat s^étoit en outre charg-é du loier d'un jardin destiné ad hoc lequel étoit de vingt-six livres de gros.
Outre ce , M''*^ du Magistrat faisoient rembourser audit sieur Cointrel les frais extraordinaires, soit pour faire venir des plantes et des graines étrangères, soit pour le travail dudit jardin. En 1769, il fut dépêché une ordonnance du magistrat en datte du 26 aoust pour payer 5o florins aux ouvriers qui y avoient travaillé.
On ne demande ni loïer, ni entretien de jardin, ni aucune autre dépense pour le rétablissement de la leçon de Botanique. Celui que le mag-istrat chargera de cette fonction, ne sera en droit de rien pi-étendre au delà de la pension proposée de /|00 florins et au moïen de cette pension, il sera tenu d'entretenir à ses frais un jardin suffisant pour renfermer le nombre de plantes requises. On conçoit qu'il conviendroit de nommer dans le corps du magistrat quelques
commissaires pour veiller à l'exécution exacte et suivie de tout ce qui peut concerner cet objet ; et, comme le sieur Boucher doit être censé avoir les connoissances propres à remplir spécialement cette fonction, il demande à être un de ces commissaires sans salaires et à être continué tant qu'il restera dans le corps, à l'instar de M''^ les commissaires établis à l'Ecole de dessin.
Archives communales de Lille. Carton 64, 2"» dossier. — Pièce manuscrite.
Rétablissement du Jardin Botanique.
8 mars 1770.
Dans l'assemblée de loy du 7 mars 1770, il a été fait lecture d'un mémoire tendant à prouver l'utilité du rétablissement de la Leçon de botanique en cette ville et contenant les moiens de la faire subsister à moindre frais et avec plus de succès que celle que nous avons supprimé par notre résolution du 28 may 1761; la matière mise en délibération, il a été résolu par forme d'essai et jusqu'au rappel sous le bon plaisir de Monseig-neur l'Intendant de rétablir cette leçon et sur le bon rapport qui a été fait de la capacité du sieur Lestiboudois, médecin en cette ville, et de son application particulière à la connoissance des plantes de toute espèce, de la confier au sieur Lestiboudois, à la rétribution annuelle de quatre cent florins qui ne luy seront cependant payés que sur ordonnance dépêchée au bas du certificat de nos Commissaires, à charg'e et condition qu'il se charg-era à ses frais de l'établissement, du loyer et de l'entretien d'un jardin assez spacieux pour remplir cet objet, ainsi que des plantes, ustensils, ajustement et tous accessoires, de sorte que dans aucun cas, il n'en puisse jamais couster à cette ville plus des quatre cent florins cydessus par an, qu'il donnera exactement trois leçons à une heure fixe chaque semaine depuis le i5 avril jusqu'au 10 octobre à commencer cette année, qu'il conduira ses élèves tous les quinze jours au moins à la campagne, pour leur faire connoître les plantes et la vertu des plantes du pays, le tout suivant le prospectus qu'il nous présentera pour être approuvé en dedans le i^"" avril prochain et en se conformant pour le surplus aux règlemens que nous
trouverons bon de porter, auquel effet et pour veiller à ce que nos intentions soient exactement remplies, nous avons nommé les sieurs Gilleman Delabarre et Boucher, nos collègues, Commissaires en cette partie, les charg'eant spécialement de tenir et de nous représenter chaque année un inventaire des plantes qui se trouveront dans ledit jardin et de nous rendre compte de ce qu'ils trouveront le plus convenable pour la perfection des dites leçons et le plus grand avantage du public.
Il est ainsi Du Chasteau de Willermont.
Vu par nous, Intendant de Flandre et d'Artois, et approuvé pour être exécuté suivant sa forme et teneur.
Lille, le 8 mars 1770. Caumartin.
Archives communales de Lille. Carton 64, 1" dossier. — Pièce manuscrite.
Projet de Règlement pour le Cours de Botanique rétabli par le Magistrat de Lille.
7 mars 1770.
Article premier.
Chaque cours s'ouvrira le i5 avril et se terminera le i5 octobre. Il sera annoncé, quelques jours avant, par des avis imprimés qui seront en partie affichés publiquement et en partie envoies chez tous les médecins, les maîtres apoticaires et les maîtres chirurgiens de cette ville.
Article 2.
Le Professeur sera tenu de donner au moins deux leçons ou démonstrations chaque semaine, à sçavoir : une les lundis et l'autre les vendredis : tous les esléves en pharmacie seront obligés d'y assister. Dans le temps de la foule des plantes il y en ajoutera une troisième les mercredis depuis le i5 avril jusqu'au i^'' juin ; la leçon commencera à trois heures de l'aprés-dîner, et elle sera remise à quatre heures depuis le 1" juin jusqu'au 3i aoust.
Article 3.
Les premières leçons rouleront sur les g-énéralités de la botanique, elles se donneront dans une salle de l'Ecole de dessin jusqu'à ce que l'on ait pu trouver un jardin avec une salle assez spacieuse pour y mettre à l'aise le nombre d'auditeurs que l'on présume qui s'y présenteront ; à l'issue de chacune de ces leçons préliminaires, on fera la démonstration de quelques plantes de la saison.
Article 4- La démonstration des plantes distinguées par classes relativement au sistème qui paroîtra le plus convenable, se fera dans le jardin de botanique, aux jours et heures indiqués cy-dessus. De plus, on ira souvent à la campag-ne reconnoître les plantes qui croissent autour de cette ville. Ces tournées seront de quinzaine en quinzaine, autant que faire se pourra, à commencer au i^i' de mai.
Article 5.
L'institution dudit jardin n'ayant pour but que l'instruction de ceux qui se dévouent à la botanique, il ne sera permis à personne, sous quelque prétexte que ce soit, de cueillir, arracher, mutiler, emporter rien des plantes, fleurs et fruits dudit jardin, sans une permission expresse du professeur. Pour tenir exactement la main à l'exécution de cet article, il se trouvera à chaque démonstration dès l'ouverture du jardin, un sergeant de ville, qui y restera jusqu'à ce que la leçon soit finie et que tous les assistans soient retirés.
Article 6.
Les eslèves en pharmacie se muniront de papier et de plumes à écrire, pour coucher par écrit les dictées du professeur.
Article 7.
Le rendez-vous général pour aller herboriser à la campagne sera audit jardin, à l'heure qui sera indiquée par le professeur avec l'agrément de nos commissaires. L'on se persuade que les maîtres apoticaires de cette ville, les maîtres chirurgiens se prêteront d'euxmêmes à ce que les eslèves suivent exactement ces herborisations ainsi que les autres leçons et démonstrations.
Article 8.
Le professeur désignera pour chaque herborisation les endroits où il conviendra d'aller de préférence, eu égard aux cantons où il sçaura
que croissent particulièrement certaines plantes de la saison, et où elles sont parvenues pour lors au point de maturité nécessaire pour la démonstration, il aura soin d'en prévenir, autant que faire se pourra, deux ou trois jours auparavant, ses auditeurs ainsi que nos
commissaires .
Article 9.
Les eslèves qui se destinent à la profession d'apoticaire seront tenus d'assister exactement pendant deux ans au moins auxdites leçons, démonstrations et herborisations. En conséquence, ils se feront inscrire au commencement de chaque cours dans un catalogue que tiendra le professeur qui les appellera publiquement à l'issue de la démonstration, toutes et quantes fois il le trouvera convenir.
Article 10.
Il ne sera point permis au collège des apoticaires de cette ville d'admettre aucun candidat au premier examen ou tentative pour le chef-d'œuvre qu'il n'ait représenté par devant ce collège un certificat d'assiduité à la fréquentation desdites leçons et démonstrations pendant l'espace de deux années. L'on se flate que les magistrats des villes ciixonvoisines, instruits du i^établissement de l'école de botanique en cette ville, n'admettront point non plus dorénavant les eslèves en pharmacie qui auront fait icy leur apprentissage dans l'intention d'exercer dans lesdites villes la profession d'apoticaire, sans être munis d'un pareil certificat.
Archives communales de Lille. Carton 64, l"' dossier — Pièce manuscrite.
Règlement pour l'École de Botanique.
15 avril 1772.
Nous, etc. Les avantages qui peuvent résulter des leçons de botanique que Nous avons établies en cette ville Nous ayant déterminé à ne rien négliger pour la perfection de cet établissement, il Nous a paru indispensable de commencer par établir des règles certaines, d'après lesquelles les élèves sachent ce qu'ils doivent faire et le public ce qu'il doit attendre de ceux qui les fréquenteront.
A ces causes, ouï sur ce les Commissaii^es en cette partie et le Professeur par Nous établi à la dite leçon, Nous avons ordonné et ordonnons les points et articles suivants :
I. — Le Professeur de Botanique ouvrira chaque année son cours le premier Lundi de Mai, et il le fermera le i5 Octobre.
IL — On donnera deux leçons et démonstrations chaque semaine, l'une le Lundi et l'autre le Vendredi ; dans le temps de la foule des Plantes on en ajoutera une troisième les Mercredis.
III. — La leçon se donnera au Jardin Botanique rue Sainte- Catherine, cour du Jardin de Cologne, quartier E no 7, à quatre heures et demie de l'après dîner .
IV. — Les premières leçons rouleront sur les g'énéralités de la Botanique, et à l'issue de chacune on fera la démonstration de quelques plantes de la saison .
V. — Enjoignons à tous de ne pas toucher aux Plantes dudit Jardin Botanique sans l'agrément du Professeur, à péril de n'y être plus admis.
VI. — Tous les quinze jours, à commencer au i5 Mai, le Professeur conduira ses élèves à la campagne pour leur faire connoître les plantes qui croissent autour de cette ville et leurs propriétés.
VIL — Le Professeur désignera, avec l'agrément de nos Commissaires, le jour, l'heure et Tendroit où on ira pour chaque herborisation et il en préviendra les élèves deux ou trois jours auparavant.
VIII. — Un chacun sera reçu aux dites leçons, à charge de s'y bien comporter, et en se munissant de papier, plumes et encre pour écrire les dictées du Professeur. Exhortons spécialement ceux à qui les connoissances delà Botanique peuvent être utiles, de les fréquenter assidûment.
IX. — Ordonnons aux apprentifs et garçons apothicaires de se rendre avec assiduité aux dites leçons au moins pendant un cours entier à péril de n'être point admis à la maîtrise.
X. — Les Maîtres du corps des Apothicaires ne pourront recevoir à l'avenir aucun candidat à l'examen pour le Chef d'oeuvre à moins qu'il ne soit muni d'un certificat du Professeur, visé de nos Commissaires, contenant qu'il a fréquenté la leçon de Botanique pendant le temps prescrit par l'article IX, à peine de nullité tant de la réception à faire chef d'œuvre que de l'admission à la maîtrise qui aura été faite en conséquence.
XL — Le professeur tiendra à cet effet un registre dans lequel il
inscrira les noms de tous ses élèves, en désignant particulièrement les apprentifs et g'arçons apothicaires ; il s'appaisera de leur assiduité à fréquenter les leçons et il en tiendra note sur son registre, afin de pouvoir donner à ces derniers, le cas échéant, le certificat prescrit par l'article précédent et aux autres les attestations qu'ils pourroient lui demander au cas qu'ils en aient besoin, ou qu'ils trouvent à propos de se les procurer en quittant les leçons de Botanique .
XII. — Ledit registre sera coté et paraphé par nos commissaires dans toutes ses pages ; à la fin de chaque cours, il sera signé et arrêté par l'un d'eux et il leur sera représenté chaque fois qu'ils le demanderont, et nommément quand ils seront dans le cas de viser les certificats et attestations des élèves.
XIII. — Nos Commissaires tiendront la main à l'exécution du présent règlement, et ils veilleront à la police des leçons de Botanique.
Et pour que personne ne l'ignore, il sera lu, publié et affiché
partout où besoin sera, en la manière accoutumée.
Fait en Conclave la Loi assemblée, le i5 avril 1772.
Signé : Demadre des Oursins.
Publié le 22 avril i'j'j2.
Archives communales de Lille. Carton 64, 4°" dossier. — Pièce imprimée.
Requête de Lestiboudois, demandant une augmentation de pension pour sa leçon de Botanique.
A Messieurs
Messieurs les Rew^art, Majeur, Echevins, Conseil et Huit Hommes de la Ville de Lille.
Représente très humblement Jean-Baptiste Lestiboudois, médecin et professeur de la Leçon de Botanique établie en cette Ville par l'arrêté du Conclave en date du 3 mars 1770, qu'ayant employé depuis six ans tout son zèle pour remplir exactement un projet si digne de vos Seigneuries et si utile à la société, il a gémi en secret jusqu'à présent sur le peu de ressource que luy procure la pension
que vous avez eu la bonté de luy accorder ; pension que vous trouverez sans doute insuffisante, si vous daig-nez, Messieurs, jetter un coup d'œil attentif sur le détail des frais qu'engendre essentiellement la leçon dont vous l'avez honoré Le loyer et la culture d'un jardin, l'emplette des plantes utiles aux démonstrations, les voyages nécessaires aux herborisations, les moyens pour exciter l'émulation, l'acquisition des livres qui concernent cet art que vous protégez à si juste titre, les opérations différentes pour en faciliter la connoissance aux jeunes élèves, les décorations pour l'ouverture et la clôture du Cours et plusieurs autres objets absolument indispensables, absorbent presque entièrement les quatre cens florins qu'accorde votre générosité et ne laissent rien au Professeur pour ses honoraires et pour la récompense de ses travaux.
C'est pourquoy, Messieurs, le suppliant se retire vers vous afin qu'il vous plaise augmenter la pension susdite ou au moins lui procurer un terrain suffisant pour y résider en bon cultivateur et pour étaler à vos yeux un ordre riche et brillant des productions de la Nature^ pour former un jardin qu'il se flatte de rendre utile aux artistes, nécessaire aux Pharmaciens, digne des sçavans regards des phisiciens et des curieux.
Il ose vous présenter un plan pour l'exécution duquel il se repose sur votre bonté paternelle et sur votre générosité.
Daignez, Messieurs, ne point être sourds à un cri qu'arrache le seul désir de seconder vos vues bienfaisantes, et de soutenir avec honneur un établissement que vous avez formé vous-même pour le bien de la société. Lestiboudois .
Archives Communales de Lille. Carton 1284, 16'"» dossier. — Pièce manuscrite.
Projet pour l'emplacement d'un Jardin de Botanique. Octobre 1776.
Le petit jardin du Collège de la ville qui est du coté de la brasserie pourroit être employé à cet usage sans toucher à la boulangerie pour l'essai des pains et à la brasserie qui l'esteroit afTecté au pensionnat . On séparej'oit par une muraille le jardin et le reste des batimens, on
trouveroit une belle serre dans l'écurie inutile audit Collèg-e. On placerait la salle aux Démonstrations dans les places voûtées qui sont dessus. On feroit dans la rue des Jésuites une belle entrée. On pourroit même loger le Professeur dans une des trois Maisons adjacentes qui appartiennent audit Collège, dont il offre de payer le loyer.
Si l'on trouvoit plus convenable d'accorder une portion du grand jardin, la belle g-alerie serviroit à former des serres et une salle aux Démonstrations; on pourroit pratiquer une entrée par la rue du Vert bois ou par le Rempart.
Il est constant qu'un de ces deux terreins est absolument inutile au pensionnat, fut-il même beaucoup plus nombreux. Et pourroit-on mieux employer un bien dévoué par de pieux fondateurs à l'utilité publique et principalement à l'instruction de la jeunesse qu'en le rendant instructif par le tableau qu'il nous offrira des productions de la belle natui^e ; ne semble-t-il pas qu'on devroit faire de ce Lycée le centre des beaux arts? Quel bien n'en résulteroit-t-il pas pour les jeunes gens qui sont dans le pensionnat? On donneroit la Leçon les mardis et les jeudis, les pensionnaires s'y rendroient avec plaisir et saisiroient avidemment ces objets pleins de variété ; on rempliroit utilement par ce moyen les vides que laissent les congés ; les promenades que Ton feroit, seroient autant d'herborisations amusantes; en délassant le corps, on occuperoit utilement l'esprit.
Le gouvernement s'efforçant tous les jours autant qu'il est possible d'inspirer à ses sujets le goût de l'agriculture ne seroit-ce pas seconder ses vues bienfaisantes que de former de bonne heure les jeunes gens à l'étude de la botanique? C'est la .source des premiers pi-incipes de la cultivation. En apprenant à connoître toutes les parties des plantes on découvre les défauts qui les empêchent de fructifier, on imagine de nouveaux moyens de les multiplier ; tout enfin dans cette science conduit à perfectionner cet art autant agréable que nécessaire.
Quel avantage pour Lille et pour toute la province, si l'on formoit un Jardin Botanique à l'instar de celui de Paris, de Montpellier, de Lyon, de Dijon, Rouen, Amiens, Valenciennes et des autres villes considérables du Royaume. On y verroit bientôt éclore sous vos yeux par les soins d'un professeur curieux et habile une multitude innombrable de plantes i-ares et utiles et même nécessaires à la pharmacie, à la teinture et à tous les arts. On les verroit s'y multiplier, s'y naturaliser môme et se répandre dans toute la Flandre. L'Isle de France et le Lanquedoc ne doivent toutes leurs richesses en ce genre qu'à de
semblables établissemens. Et quoi, Messieurs, souffrirez-vous que Lille, capitale de cette Province, émule de Paris, si supérieure en tout à toutes les autres villes du Royaume, doive le céder à bien des endroits pour un établissement de cette nature?
Annexe
Le projet d'un emplacement à accorder au sieur Lestiboudois, médecin en cette Ville et professeur publique de Botanique, pour former un jardin où cette science soit enseig-née conformément aux vœux de ceux qui exercent des professions qui y sont relatives et des amateurs, présentant une utilité marquée non seulement pour les jeunes g"ens qui se destinent à ces professions, mais encore pour ceux qui étudient les belles lettres et à divers ordres de citoiens, doit selon nous être accueilli sans balancer. Cet établissement seroit d'ailleurs d'une très g-rande utilité à la ville, sans qu'elle en fût surcharg^ée, par le concours des étrang-ers qu'il y attireroit ; et par là le Mag-istrat feroit audit sieur professeur, en lui continuant sa pension ordinaire, un sort satisfaisant, sans quoi l'équité naturelle exig'eroit qu'elle fut aug-mentée, sans qu'il en résultât plus d'avantag-es pour l'institution même.
Fait à Lille, ce 9 octobre 1776.
Boucher, eschevin, ancien Commissaire à la leçon de botanique.
Archives Communales de Lille. Carton 1284, lô® dossier. — Pièce manuscrite.
Thèse de Botanique de F.-J. Lestiboudois. 2 octobre 1777.
EXERCICE PUBLIC DE BOTANIQUE
qui sera soutenu par
F,-J. Lestiboudois, fils, Elève de l'Ecole de Botanique, dans le salon de l'Académie des Arts, Jeudi 2 Octobre 1777, à deux heures et demie de l'aprés-midi .
On invite MM. les Médecins, Pharmaciens, Chirurg-iens et
Amateurs , d'honorer cet Exercice de leur présence , et de leurs interrog-ations .
A Lille, de l'Imprimerie de J.-B. Henry, Imprimeur de MM. les Magistrats. M DCG LXXVII.
Nisi utile est quod facimus, stulta est gloria. Ph^d , lib. 3,fab. ij .
A Messieurs les Rewart , Majeur , Echevins , Conseil et Huit Hommes de la Ville de Lille.
Messieurs,
La grâce que vous me faites en daig"nant ag-réer ces foibles prémices de mon application à l'étude de la Botanique, est au-dessus de tous les remercimens que pourroit me suggérer l'éloquence la plus recherchée : comme le pinceau ne rend jamais bien la beauté de la Nature, la parole de même n'exprimeroit que foiblement les sentimens de mon cœur. Daig-nez, Messieurs, me continuer votre protection et mettre à l'épreuve mon zèle patriotique, les effets vous prouveront bien mieux que les termes les plus énergiques, la reconnoissance, l'amour et le respect, Messieurs, de votre très humble et très obéissant serviteur. F.-J. Lestiboudois, fils.
EXERCICE PUBLIC DE BOTANIQUE