‹ Histoire de la pharmacie à Lille de 1301 à l'an XIChapitre 53 sur 196 · II. — L'enseignement de la chimie · texte numérisé non relu

II. — L'enseignement de la chimie

(( De tous temps, la Chimie et la Pharmacie ont eu les rapports les plus intimes ^ » ; de fait, la chimie se créa sous l'influence des apothicaires ^.

1. Fragment d'un placard imprimé dont le verso a été employé pour notes concernant la fondation de Guillaume Dubois. Lestiboudois en était un des coUateurs et ses enfants furent prébendes de cette fondation. On trouve cette pièce parmi celles annexées au « Livre de la régie et administration de la fondation de feu Guillaume Dubois des années 1766-1793 ». (Manuscrit de la Bibliothèque des Archives cOiMMUNALES de Lille).

2. Botanographie Belgique, 2""° édition, 1" partie, préface. Lille, Vanackère, an VII.

3. Planchon (G.)- L'enseignement de la Chimie au Jardin des Apothicaires (Journal de Pharmacie et de Chimie, 6"° série, tome Y. Paris 1897, p. 202.)

4. Grande Encyclopédie, t. XXVI, p. 594, art. Pharmacie, par G. Planchon. — Paris, 1899.

Il n'y a donc rien d'étonnanl que dans les villes où la profession d'apothicaire comptait un certain nombre de membres, des cours publics ou privés de chimie fussent institués.

Lille ne fît point exception à cette règ-le presque g'énérale et eut de bonne heure son cours de chimie. Mais ce cours était-il org-anisé par le corps échevinal, ou par la corporation des apothicaires, ou bien encore était-il dû à l'initiative personnelle d'un professeur ? Les registres et les documents sont muets à cet égard.

Une autre question se pose : à quelle date remonte l'inaug-uration de ce cours ? Cette question sera peut être résolue plus tard. Pour le moment on doit se borner aux renseig-nements certains qui ont pu être recueillis.

En 1768, Louis-Joseph Decroix "^j maître apothicaire à Lille, faisait paraître un ouvrage intitulé :

1. Louis-Joseph Decroix est né à Seclin le 16 août 1725. Il épousa, on 1754, Marie-Elisabeth Zevort, en la paroisse de la Madeleine de Lille. Il mourut le 3 mai 1816, laissant un fils et un gendre pharmaciens : Pierre-Stanislas-Joseph Decroix et Aimé-Séraphin-Juste-Joseph Meurein.

Membre fondateur de la Société d'Amateurs des Sciences et des Arts de la Ville de Lille, il y fit quelques communications : en 1806, sur le méphytisme qui s'exhale des lieux où l'on renferme les malades ; sur Vabus du tabac ; sur la reproduction chez les animaux; en 1811, sur la fabrication de Vacide sulfurique.

Les arcliives de cette même Société conservent aussi deux manuscrits de Decroix : 1° Réflexions sur l'âme par amusement d'un homme de 82 ans (4 octobre 1806) ; 2° Mémoire relatif aux manufactures d'huile de vitriol et aux dangers de vivre dans leur voisinage (20 octobre 1809.) A la fin de ce dernier manuscrit on lit : « Étant parvenu à ma 86' année, ma décrépitude demande de l'indulgence pour mes fautes. » (Bulletin de la Société d'études de la Province de Cambrai, tome II, fascicule de juillet 1900.)

Outre sa Physico chimie théorique, comme livres imprimés, il parait qu'il fit éditer: Avis instructif d'un père à ses enfans et Analyse de de l'Eau minérale d'une fontaine située rue des Carmes à Saint Pùl en Artois (en collaboration avec Boudin).

Il existe encore à la bibliothèque des Archives communales de Roubaix quelques ouvrages écrits de sa main ou dictés par lui à ses élèves. Ce sont :

Physico Chymie Théorique, en Dialogue par L. J. De Croix, Apothicaire à Lille.

Ars mea totius rimatur visccra terrse,

Et liquat et mutât mille metalla modis.

A Lille, chez P. S. Lalau, Lmprimear libraire, près de r Hôtel de Ville. M.DCC.LXVIIL

La préface de ce livre nous permet de constater l'existence à Lille d'un enseig-nement de la chimie, déjà organisé depuis quelque temps et fonctionnant régulièrement. Voici les propres paroles de l'auteur :

« Quand j'entrepris cet ouvrage, mon dessein n'étoit pas de le faire imprimer. Gomme je désire peu la gloriole littéraire, et que d'ailleurs les écrits didactiques peuvent donner lieu à des querelles que je veux fuir^ je destinois celui-ci à la seule instruction de mes Elèves ; elle étoit mon seul but, et mon projet n'alloit pas plus loin ; mais quelques personnes de l'art m'ont assuré que ces éléments d'une science si nécessaire pouvoient être utiles au Public ; ce motif m'a persuadé et leurs sollicitations ont achevé de me déterminer. »

Ce livre nous paraît pouvoir être considéré comme l'authentique écho de ce qu'était alors, à Lille, l'enseignement de la chimie. Hâtons-nous de dire qu'il reçut de

Leçons de nouvelle chimie par L. Decroix, maître en pharmacie de la ville de Lille- — 1 vol. (n- 13 du Catalogue.)

Principes de botanique selon le sixième de Tournefort, écrit sous la dictée de M. Decroix, par Carlos Lejiay. — 1 vol. (n» 14.)

Commentaire du dispensaire de Lille imprimé en l'an 1772 ou piiarmacopée raisonnée par M. L. Decroix apothicaire chymiste à Lille. Ecrit sous la dictée de M. Decroix. Carlos Lfmay. — 4 vol. (n»» 15-18.)

Examen pharmaco galeno chymique par L. J. Decroix apoticaira. — 3 vol. (n°^ 19-21.)

11 fit aussi quelques travaux sur les Asphyxies. 11 était dépositaire d'une boite de secours que la Ville avait fait déposer chez certains médeons et apothicaires comme le prouve le procès-verbal inscrit dans le Renouvellement de la loi de la Ville de Lille du 1" novembre 1785 pour l'année 1785 à 1786 (p. 126).

nombreuses approbations, parmi lesquelles celle des gardes en charg-e du corps des apothicaires de Paris.

Vu le livre intitulé Physico Chymie, etc., par M. Decroix, apothicaire à Lille ; estimons que l'ordre qui y règne et la forme de Dialogue, le rendront également commode et utile aux Elèves, et leur facihteront l'étude et la pratique de notre art.

Il nous paroit que l'Auteur n'a pas jugé à propos d'y insérer toutes les exceptions et explications volumineuses qu'il eût été capable de donner, et dont la Chymie est susceptible par sa vaste étendue ; voulant se borner aux généralités précises et méthodiques, qui suffisent aux Commençants et ti beaucoup d'Amateurs, il ne pouvoit mieux remplir son objet ; c'est pourquoi nous joignons avec plaish^ nos suffrages h celui de M. Malouin, Censeur Royal .

Fait à Paris, au Jardin des Apothicaires, le 20 septembre 1768.

Bellier, Balthazar Julliot, Bataille.

L'ouvrag"e de Decroix comprend trois parties suivant la division des corps naturels : le règ-ne minéral, le règ-ne végétal et le règne animal.

A la première partie il a ajouté quelques chapitres sur les généralités et sur les principes dont tous les corps sont composés. En tout, 291 pag-es.

Le livre de Decroix reflète dans toutes ses parties les idées régnantes à l'époque où il fut écrit. Son titre seul Physico Chymie montre bien que les théories qui y sont développées par des raisonnements qui font sourire actuellement s'appuyaient uniquement sur les apparences extérieures. Les éléments, au nombre de quatre, l'eau, la terre, le feu et l'air, qui entrent dans les combinaisons de tous les corps, sont mis en conflit de toutes manières pour expliquer la plupart des phénomènes physiques et la formation des différents composés. Ainsi la dissolution des sels est due au mouvement des parties de l'eau et la cessation de ce mouvement fait précipiter le sel : « Plus le mouvement de ses parties est violent, plus

aussi elle peut suspendre de particules salines ; l'eau bouillante, par exemple, a ses parties plus agitées que l'eau froide, et c'est pour cette raison qu'elle dissout plus promptement et une plus grande quantité de sel. ))

Le phlogistique (théorie personnelle de l'auteur) sert à son tour à l'explication d'une foule de phénomènes physiques et chimiques. Ce fea Jixé est la cause de la fluidité des corps : sans lui tout est solide dans la nature. Les substances, même les plus difficiles à fondre, deviennent fluides lorsqu'une assez grande quantité de feu les pénètre. Cette fluidification est elle-même produite par le mouvement très rapide des particules de ce corps hypothétique ^ .

« La fermentation est un mouvement intestin qui s'excite naturellement dans certains corps liquides^ ou du moins humides et mois, par lequel les principes de ce corps

1. La théorie du phlogistique de Stalil peut se résumer ainsi :

Le phlogistique est la matière du feu.

Lorsque le phlogistique est en combinaison, il est à Vêtait latent : il n'est sensible ni à nos organes ni au thermomètre.

Quand l'air vient communiquer une sorte d'ébranlement aux substances dans lesquelles le phlogistique est à l'état latent, alors le phlogistique se dégage en produisant du feu.

Plus un corps est combustible, plus il contient de phlogistique; tels sont le charbon, le phosphore, le soufre, les corps gras, etc.

Ces principes étant une fois admis, Stahl expliquait de la manière suivante les phénomènes d'oxydation des métaux et de réduction des oxydes :

Un métal comme le plomb est, dans la théorie du phlogistique, un composé d'oxyde de plomb et de phlogistique.

Pourquoi le plomb se transforme-t-il en oxyde de plomb lorsqu'on le chauffe à l'air? Parce que l'air détermine une vibration qui fait dégager le phlogistique et qui met l'oxyde de plomb en liberté.

Comment peut-on faire revenir l'oxyde de plomb à l'état de plomb métallique ? En chauffant l'oxyde de plomb avec des corps riches en phlogistique, tels que le charbon et l'hydrogène.

On voit que cette théorie ne tenait aucun compte des faits bien constatés cependant du temps de Stahl , c'est-à-dire l'augmentation de poids qu'éprouvent les métaux lors de leur calcination au contact de l'air. (Frémy. Encyclopédie chinnique, tome 1. Introduction, 1er fascicule : Discours préliminaire sur le développement et les progrès récents de la Chimie, p. 23. Paris, 1881).

ag-issent tellement les uns sur les autres, et se combinent tellement, qu'il en résuUe des odeurs et des saveurs singulières, aussi bien que des produits tout différents de la matière dont ils tirent leur origine et qui n'existoient point auparavant dans la nature. »

L'urine non récente évaporée donne un sel fusible, qui (( poussé au feu avec des matières abondantes en phlogistique se décompose ; car son acide se combinant avec le principe inflammable, il forme une matière qui produit un des phénomènes les plus curieux qu'ont produit la Ghymie : cette matière est ce qu'on appelle Phosphore brûlant de Kûnckel. »

Ce travail, qui avait été dédié au Magistrat ^ et dont un exemplaire fut envoyé à la ville ^ valut à son auteur une importante récompense :

Le 3 août 1768 il a été résolu d'accorder au sieur Decroix, qui a dédié un livre touchant la Chymie, une pièce d'argenterie aux armes de la ville de la valeur de cinquante écus .

Du Château de Willermont 3.

Decroix enseig-na encore durant de long-ues années ; après la loi de g-erminal, il était encore professeur de chimie. On trouve en effet aux Archives communales de Roubaix un manuscrit portant le titre suivant :

Leçons de nouvelle Chimie par L. DECROIX, maître en pharmacie de la ville de Lille, membre honoraire de la Société des Sciences et Arts de ladite ville, de la Société de Médecine de la ville de Douai, membre du Jury médical du département du Nord *.

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