Planche VIII
Avant cette pièce de vers on trouve les noms des auteurs ; d'abord les médecins :
Alardus Hereng, senex 93 annorum i ;
Carolus Lespillet ;
Anthonius de Sailly ;
Michael de Lannoy ;
Petrus Le Conte, Pliarmaciœ a Senatoribus pro teinpore
prœfeclus ~ ; Franciscus Payelle ; Joannes Baptista Le Josne ; Robertus Farvacque, Pharmaciœ a Senatoribus pro tempore
prœfectus 3 ; Joannes Baptista Doulcet ; Joannes Preudhomme ; Franciscus Vranx ; Joannes Collart ; Franciscus Mollet ^ ; Petrus Waterloop ;
puis les apothicaires :
David Morel, Decanus ; Vincentius Du Bosquiel ; Oliverius de VIeeschauwere ; Michael Alliame ; Petrus Ricart ^ ; Andréas Guidyn.
Le nom du premier des membres de celle commission^ on a pu le remarquer, est suivi de cette mention « senex g3 annorum ». « Ils ont mis certainement une pointe de coquetterie, ces braves gens, à citer à leur tête AUard Herreng-, fait observer à ce propos un auteur moderne ^. Sans doute ce devait être un vieux débris que ce vénérable
1. Quelques auteurs qui ont cité ce nom ont vieilli le personnas"e de six années. C'est le même que celui qui est cité dans la revision de 1586.
2-3-4-5. Voir aux Pièces justificatives, n° 73, les " Scriptores Insulenses ".
6. Delillé. Médecins lillois du temps passé, 1" partie. Lille, 1895, p. 24.
vieillard, un chef branlant à mâchoires édentées, surmontant un squelette animé; mais quelle admirable réclame vivante pour les doctrines médicales d'alors, quelle magnifique réalisation de l'idéal de la thérapeutique, la prolong-ation de la vie jusqu'à ses plus extrêmes limites ! »
Après ces divers préambules, on trouve une long-ue préface et quelques conseils sur les devoirs du pharmacien ^, qui ressemblent assez bien aux conseils donnés
1. « Le pharmacien est le bras droit du médecin; par sa faute, la santé du malade peut être mise en péril, comme aussi la réputation et l'estime du médecin le plas renommé. Aussi ceux qui sont chargés de la direction des affaires ne doivent admettre à exercer les fonctions d'apothicaires que les sujets possédant les qualités requises.
Tout d'abord il faut que le pharmacien connaisse la langue latine, non à la façon vulgaire, mais jusque dans les détails et les propriétés des mots, afln qu'il puisse comprendre les termes des prescriptions des anciens et des ordonnances quotidiennes des médecins.
Qu'il ne se considère pas suffisamment préparé pour cet oflice, s'il n'en a appris que les éléments, s'il ne s'y est formé que comme à un métier manuel. Il faut au contraire qu'il se perfectionne chaque jour par la lecture et l'étude des livres et des enseignements des médecins, par la fréquentation assidue des savants anciens et nouveaux.
Il faut qu'il possède une connaissance approfondie de tous les simples et des médicaments usuels dont la description et les caractères spéciaux sont indiqués dans les auteurs les plus renommés ; qu'il soit exact dans son choix; qu'il connaisse parfaitement le mode de préparation et de composition ; qu'il sache dans quel genre de vase chaque médicament doit être élaboré, trituré et conservé.
Pour cet office, il faut une maison commode, située dans un endroit salubre, et des ressources au moins médiocres; mais avant tout il faut un esprit généreux et libéral, étranger à l'avarice et à la sordidité, qui sache rejeter de bonne foi les simples vieillis et les compositions qui auront perdu leur efficacité; qu'il se garde bien d'y chercher son gain au détriment, au péril même de la vie des malades.
Qu'il ne délivre jamais, sans l'avis d'un habile médecin, aucun médicament, même de ceux qui paraissent sans danger, car telle composition, qui d'ailleurs est inoffensive, peut, dans certains cas, lorsqu'elle est administrée mal à propos, devenir nuisible et entraver le traitement le mieux institué.
Ajoutons enfin que le pharmacien doit se bien garder de se livrer au jeu, aux excès de boisson et à la débauche, car le jeu gpgendre la négligegace, l'ébriété cause les erreurs et la débauche peut parfois entraîner jusqu'à la livraison coupable de médicaments dangereux et de poisons. Si au contraire l'apothicaire se laisse guider par la crainte de Dieu, par la charité envers le prochain, par l'espérance de la vie future, tout ce qu'il fera sera droit et juste et il procurera plus facilement le salut tant désiré des malades par les médicaments qu'il préparera. »
par Renou dans son chapitre : « Quel est le vray Pharmacien, quel son subject, son object et sa fin. » Enfin la long'ue liste des végétaux, des animaux et des minéraux que l'on doit trouver dans l'officine.
La plupart des plantes contenues dans cette nomenclature t'ont encore partie de notre codex de i884, ou tout au moins sont employées dans la médecine populaire.
Mais si l'Acore vrai commence la pharmacopée de i64o et la grande Absinthe le codex de i884, c'est que la première est écrite en latin et que le second est rédigé en français, que dans celui-ci plantes et parties de plantes sont mêlées tandis que dans celle-là on commençait par les racines, lesfeailies, les tiges, etc.
Les racines et les rhizomes, que l'on confondait alors, sont l'objet de la première suite des plantes. On remarque parmi celles qui ne font plus partie de la nomenclature actuellement usitée : la Carline, qui doit son nom à Gharlemagne, car c'est sous son règne que l'on reconnut ses propriétés contre la peste ; la grande Centaurée, dont Ghampier parle longuement, parce que Mesué a attribué les propriétés de la majeure à la mineure ^ ; les Costus au nombre de trois
[ candidi, arabici Radicis Gosti | syriaci
[ nigri, indici, amari,
qui, d'après Pomet, étaient : le premier, un arbrisseau fort semblable au sureau, dont la racine, d'un gris cendré au-dessus, et d'un gris rougeàtre en dedans, mal aisée à rompre, était à odeur forte, d'un goût aromatique puis amer ; le second, qu'il appelait doux, avait une racine
1. CHAMPiER(Sympborien). Le Myrouel des Appotliiquaires et Pharmacofjoles. Nouvelle édition revue et annotée par le D'' P. Dorveaux. Paris, 1895, p. 38.
fort approchante en couleur, grosseur et figure, du Terra mérita ou Curcuma ; quant au troisième, cette racine devait être « douce, unie et luisante ^ ». Malheureusement^ de ces trois sortes de Cosiiis une seulement a existé ; elle fut inscrite au codex jusqu'en 1887. « C'est une racine, disent Guibourt et Planchon -, qui, lorsqu'elle est entière, paraît napiforme, non articulée, ni fibreuse, assez pesante; son odeur est celle de l'iris, mais il s'y mêle une odeur de bouc, » Cette racine, usitée comme parfum, entra dans la composition de la Thériaque jusqu'en 1860.
Le Pain de pourceau qui était employé pour guérir la pierre ; le Poireau et V Asphodèle , (\\\ï étaient connus comme diurétiques; le Sisarum que l'on considérait comme un excellent apéritif ; le Tribulus aquaticas^ dont les fruits connus sous le nom de Châtaignes d'eau, étaient employés comme astringent, ont également disparu du codex.
Les Ecorces, seconde série des végétaux de cette pharmacopée, comprennent les écorces de citron, d'orange, de chêne, de gayac, le macis, la casse, la cannelle, etc.; de toute la liste, trois seulement ne sont plus employées : celle de Fèves qui était antidiarrhéique, celle du Câprier, dont les boutons floraux, récoltés avant leur épanouissement et confits, sont le condiment bien connu sous le nom de Câpres, celle d'Esule qui était un violent poison d'après Champier :
« De la cicute et de cucumeris sylvestris, et de esula et laureola, je m'en déporte^ car appothiquaires n'en doibvent aulcunement user sans conseil de sçavant, expert et fidèle médicin, ny baiilier à
1. PoMET (Pierre). Histoire générale des Drogues, V partie, p. 60. Paris, 1694.
2. Guibourt et Planchon. Histoire naturelle des drogues simi^les (T" édition), tome III, p. 29. Paris, 1876.
personne sans premièrement sçavoir comment il en veult user, car sont simples mortifères et dangereux i. »
Les bois qui ont disparu du codex de i884 sont : Le Bois néphrétique dont on se servait pour guérir l'irritation des reins ; UEbène dont Virgile a dit :
Sola India nigram Fert ebeniis, solis est turea virga Sabœis ^. Le Gui/ du poirier qui était employé contre l'épilepsie, et VAspalat que l'on confondait, d'après Mattliiole, avec le santal roug-e ^.
Le paragraphe « Feuilles et Herbes » comprend 289 noms; aussi beaucoup d'entre elles ont disparu du codex de 1884. On en jugera plutôt par leur énumération. Arrouces, dont voici les qualités :
Arrouces, attriplex nommées
A maladies sont ordonnées
De cueur, ttegme, opilation,
Et donnent consolation
Aux cueurs de délicates filles ''•■
Le Mouron {Anagallis) était un expectorant précieux ; \aiFre\e (Equisefum) un astringent; la Linaire (Linnria) un remède contre la jaunisse; la Gonyze (Conysa) un diurétique faible; la Soude {Kali geniculatum) était
1. Champier (S.)- Le Myrouel des Appolhiquaires et Pharmacopoles . Nouvelle édition revue et annotée par M. Dorveaux. Paris, 1895, p. 52. La cicute est la ciguë; cucumeris est le concombre sauvage ; l'ésule est une euphorbe indigène; la lauréole est le daphné laureola. (Notes de M. le D'- P. Dorveaux.)