CHAPITRE VI
La Pharmacopée de 1772.
Pétition du Collège de médecine demandant une nouvelle pliarmacopée, 1758. — Proposition de faire réimprimer l'ancienne pharmacopée sans changement. — Présentation d'une pharmacopée par Lestiboudois et Riquet, 1770. — Commission. — Tous les médecins et pharmaciens appelés à donner leur avis. — Les critiques de la Pharmacopée. — Les errata de Dehenne. — Leur justification. — Renvoi à la commission. — Doute de MM. du Magistrat qui veulent l'envoyer à Paris. — Protestations. — Impression aux frais de la ville. — Envoi à Paris. — Analyse de cette pharmacopée. — Les produits animaux. — Remerciments aux auteurs et examinateurs. — Ordonnance qui la rend obligatoire. — Critique des trois pharmacopées lilloises.
La seconde impression de la Pharmacopée avait élé accueillie par le public avec grande faveur ; en peu de temps, une nouvelle édition devint nécessaire, d'autant plus que la chimie, comme l'histoire naturelle, avaient fait de g-rands progrès ; ne fallait-il pas se tenir au courant de la science ?
Mais alors comme de nos jours, l'arg-ent était le « nerf de la g-uerre ». La question budgétaire arrêta nos échevins lillois.
En 1758, le Collège de médecine présenta au Magistrat la supplique suivante :
Remontre très humblement le Collège de Médecine de cette Vdle que les exemplaires du Dispensaire pharmaceutique con-
cernant la formule des drogues composées que nos apoticaires sont obligés d'avoir toujours prêtes dans leurs boutiques sont devenus si rares qu'on ne peut s'en procurer à prix d'argent de i'açon que plusieurs médecins et apoticaires n'en ont que des manuscrits, ce qui peut être sujet h conséquence pour les derniers parce que la moindre faute de copiste dans ce qui concerne la dispensation des drogues composées et dans la mesure ou le pois requis peut altérer la nature du remède. D'ailleurs il vient d'être édicté par le Conseil d'Estat que tout ce qui est du ressort de l'Artois doit se conformer au dispensaire de Lille; de plus il y a encore à l'égard de ce dispensaire un inconvénient consiste (sic) en ce qu'il s'y trouve beaucoup de compositions qui ne sont plus d'usage et que cependant les appoticaires sont obligés de tenir dans leur boutique, tant que le dispensaire subsiste, d'où il résulte que les compositions venant à se gâter au bout d'un certain temps il faut que l'appoticaire ou le public en soit intéressé. D'un autre côté depuis l'impression de ce dispensaire, la pluspart des médecins ont adopté d'autres compositions reconnues unanimement bonnes et utiles; il en est qui demandent du tems pour être préparées et qui se gardent lorsqu'elles sont faites en règle. Les médecins qui voudroient prescrire de ces dernières compositions ne peuvent les ordonner sçachant que les apoticaires ne sont tenus à les avoir.
Ces raisons prouvent évidemment la nécessité d'un nouveau dispensaire, à l'instar de la ville de Mons qui vient d'en publier un, de celle de Paris, de Douay et de plusieurs autres, nécessité qui est reconnue unanimement tant par le Collège remontrant que par le corps des apoticaires; ce renouvellement est d'autant plus en place que le dispensaire actuel est du siècle dernier et que les dispensaires sont bien plus souvent renouvelles dans la plupart des grandes villes où il y a des corps de médecine et de pharmacie ; à ces causes le Collège a recours à vous,
Messieurs,
afin que ce considéré, il vous plaise l'autoriser à travailler à l'arrangement d'un nouveau dispensaire, quoy faisant, etc.
Signé: Merlin, Greffier du Collège ^.
1. Archives communales de Lille. Registre aux apothicaires et épiciers, côté I, f« 5 V".
Nos écheviris autorisèrent bien volontiers l'élaboration d'une nouvelle pharmacopée, mais ils eurent soin de faire toutes réserves au sujet des frais d'impression. Soit négligence, soit difficulté dans le travail^ on n'aboutit à rien. C'est bien souvent le sort des « commissions » trop nombreuses.
Cependant les échevins reconnaissaient la nécessité d'une pharmacopée ; en désespoir de cause, ils décidèrent la réimpression pure et simple de celle de i6g4. C'était retourner en arrière ^.
La proposition faite de faire réimprimer la pharmacopée de cette Ville ou le dispensaire des drogues ne tend point à y faire de changement quant au fond ni à la forme. Cette idée seroit en quelque façon contradictoire à l'énoncé de l'arrêt tout récent du conseil d'Etat, qui enjoint aux villes de l'Artois de se conformer à ce dispensaire.
Tout le changement qu'on se propose se borne à substituer à des compositions qui ne sont plus d'usage, d'autres médicamens, que les découvertes faites en chymie et en pharmacie depuis que l'ancien dispensaire a été imprimé ont mis en vogue. On en agit ainsi partout où la réimpression des dispensaires a lieu. On trouve de pareils changements dans les pharmacopées de Paris qui se renouvellent tous les 20 k 30 ans.
Si dans les nouvelles éditions des pharmacopées on ne faisoit qu'ajouter simplement de nouvelles compositions de remèdes aux anciennes, ces pharmacopées se trouveroient à la fin surchargées de remèdes onéreux aux apoticaires, puisque dans ce cas ils seroient obligés d'avoir quantité de garde boutique dont le déchet
1. Un exemplaire manuscrit de la première partie d'une pharmacopée datée de 1765-1766, existe aux Archives départementales du Nord (n° 157. Pharmacopœiai Lillensis galeno-chymicce classis prima. Papier, 195 pages, 301 sur 190 mill. Couvert, en parchemin.) L'auteur a ajouté à la fin : « Les nouveaux composés de la nouvelle édition de ]\I. Beaulmé qui ne sont point dans son vieux. » Au dernier feuillet on lit ces vers : J'aime sans mistère un berger de mon goût Je le crois sincère, il me paroit bien doux. 11 a l'air si tendre, mais trop entreprenant Je ne puis me deffendre, il trouble tous mes sens. Souffrez, ma bergèie, souffrez qu'à vos genoux Je découvre un mistère qui me parait bien doux.
retomberoit sur eux et sur le public ; d'uu autre côté si on u'ajoutoit point aux nouvelles éditions les compositions usitées depuis la publication des anciennes, les apoticaires seroient dans l'embarras lorsque les médecins prescriroient de ces compositions qui demandent un temps considérable pour leur préparation ; inconvénient qui arrive tous les jours et qui fait murmurer nos apoticaires. Au reste on se propose d'être très sobre dans ces cbangemens.
Messieurs du Magistrat sont suppliez de dénommer à cette fin un certain nombre de médecins et d'apoticaires, qui s'assembleroient deux fois la semaine dans une salle de l'bôtel de ville en présence de deux eschevins, lesquels pourroient être ceux qui sont préposés au Collège de Médecine. Boucher, méd. *
Cette commission fut elle nommée, travail! a-t-elle à la revision de la pharmacopée? Cela paraît peu probable, car le i^r août 1770, J. B. Lestiboudois ^ le botaniste, et Riquet ^ à la fois médecin et chimiste, présentèrent au Mag'istrat un projet de pharmacopée.
Suplient très humblemsnt Jean Baptiste Lestiboudois et Pierre Joseph Riquet, tous deux médecins en cette ville, disant qu'il est du bien public d'avoir une nouvelle édition du dispensaire ou pharmacopée à l'usage de cette ville ; que depuis que la dernière édition est épuisée on a diiférentes fois représenté à vos Signeuries la nécessité d'en avoir une nouvelle. Celte nécessité est d'autant plus grande que l'intervalle d'une édition à l'autre n'a encore été si long qu'à présent. Celle faite en exécution de vos ordres en 1640 fut renouvellée en 1694, c'est à dire cinquante quatre ans ensuivans, au lieu que soixante seize se sont déjà écoulés depuis cette dernière jusqu'aujourd'hui. Les nouvelles découvertes qu'on a fait depuis ont déjà engagés toutes
1. Archives commun.a.les de Lille. Carton 1281, 6'"^' dossier.