‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 100 sur 358 · Gorg,, 507, e ; Bép., 1, 351, a · texte numérisé non relu

Gorg,, 507, e ; Bép., 1, 351, a

La justice enfin, qui est le bonheur de Tindividu, est celui de rÉtat. De la concorde universelle naît l'universelle félicité.

Par leur rapport à l'Idée universelle, tous les esprits, tous les cœurs, toutes les volontés se rapprochent et s^unissent sans se confondre. La participation à un même Idéal de vérité, de beauté^ de justice, fait de tous les hommes une même famille.

La morale est la science qui produit Tunilé dans l'âme ; la politique est la science qui produit Tunité dans TÉtat.

La morale trouve à son début la variété des facultés humaines, naturellement opposées jusqu'à ce que la raison les réconcilie. La politique trouve à son début la multiplicité des individus, cause d'imperfection et de discorde ; et son idéal, à en croire Platon, est de substituer à cette multiplicité une unité vivante, une personne collective, dont les individus soient les membres et les organes. « Tout devrait être commun à tous, même les yeux, les oreilles et les mains (1). » Pour Platon, Findividu n'est rien, l'État est tout. La politique n'est qu'une morale agrandie, qui a sa base dans une sorte de psychologie de l'État. Aux trois parties de l'âme correspondent les trois castes principales de la République. Les magistrats sont la tête et la raison de l'État ; les guerriers en sont le cœur et la force ; les artisans et les laboureurs veillent, comme l'appétit, à la satisfaction de ses besoins physiques.

Mais cette diversité des fonctions ne doit pas nuire à l'identité du but. Artisan, magistrat ou guerrier, tout citoyen se doit à l'État. Or ily a deux causes d'opposition entre l'État et l'individu : la propriété et la famille.

Là propriété, c'est le tien^ le mien^ et par conséquent le particulier, l'individuel ; elle doit donc s'effacer devant l'unité idéale de l'État. La famille, c'est encore le particulier, source d'égoîsme et de division; il faut donc supprimer, au moins chez les guerriers défenseurs de l'État, la propriété et la famille. Les femmes seront communes chez eux, non dans l'intérêt de la passion, mais dans un intérêt moral et patriotique. Il en sera de même des enfants, dont l'État fera l'éducation. Par la gymnastique et la danse, on fortifiera leurs corps ; par la musique, on adoucira et réglera leurs âmes. Pour atteindre ce but, on soumettra à la censure la plus sévère toutes les œuvres des poètes et des autres artistes. La

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