‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 108 sur 358 · IV. — Providence et optimisme · texte numérisé non relu

IV. — Providence et optimisme

I. a 0 mon fils, tu crois que les dieux existent, parce qu'il y a « peut-être entre leur nature et la tienne une parenté divine, qui « te porte à les honorer et à les reconnaître. Mais tu te jettes dans « l'impiété à la vue de la prospérité qui couronne les entreprises « publiques et particulières des hommes injustes et méchants. « Alors, je le vois bien, ne voulant pas, à cause de cette affinité « qui t'unit aux dieux, les accuser d'être les auteurs de ces dé- « sordres, mais poussé par des raisonnements insensés, comme « tu ne pouvais exhaler ton indignation contre les dieux, tu « en es venu à dire qu'à la vérité ils existent, mais qu'ils mé- « prisent les affaires humaines et ne daignent pas s'en oc- « cuper (1). »

Il est déraisonnable d'accuser ainsi les dieux d'insouciance. Mais alors, d'où vient le mal?

Le mal, selon Platon, ressemble au faux, que l'âme n'aperçoit point d'une vue directe, mais par son rapport d'opposition au vrai. De même, si le mal peut être connu, c'est dans sa relation au bien, dont il est le contraire. Or, le contraire du bien, et par conséquent le principe du mal, c'est la matière indéterminée, le pos^ sible^ le contingent^ ce qui n'est rien, mais peut tout devenir. C'est Dieu, c'est le Bien qui fonde cette éternelle possibilité du possible.

Le mal absolu serait le néant absolu, il n'existe donc pas.

Ce qui existe, c'est le moindre bien, la borne du bien.

La question du mal, au point de vue métaphysique, se trans-

Ï.Rép., VI, 57.

forme alors en celle-ci : Pourquoi, outre le Bien absolu, y a-t-il un moindre bien ?

Faire cette question, c'est demander pourquoi Dieu a produit le monde, au lieu de rester en lui-môme. Platon répondra de nouveau : — Parce que Dieu est le Bien, et qu'un être bon doit vouloir réaliser tout le bien possible. Le monde n'est pas bon comme Dieu, sans doute; mais enân il est bon: s'il y avait une seule chose bonne que Dieu n'eût pas réalisée, une seule forme de perfection qu'il n'eût pas communiquée, on pourrait dire qu'il n'a fait qu'une œuvre imparfaitement semblable à son modèle, et qu'il est impuissant ou envieux. « Il faut, dit Platon dans le Timée, que le Tout soit vraiment un Tout. )» De cette doctrine du Timée résultent deux conséquences: !• L'univers est le meilleur possible ;

2° 11 n'est pas le meilleur absolument^ il n'est pas le Bien même, et par conséquent l'imperfection est nécessaire dans l'œuvre divine. « Le mal ne peut être détruit (1), » mais il peut diminuer de plus en plus; et si vous embrassez la durée infinie de l'univers, l'œuvre divine vous offre la plus parfaite image de Dieu même. « Celui qui prend soin de toutes choses les a disposées pour la conservation et le bien de l'ensemble ; ( chaque partie n'éprouve ou ne fait que ce qu'il lui convient de faire ou d'éprouver ; il a commis des êtres pour veiller sans cesse sur chaque individu jusqu'à la moindre de ses actions, et porter la perfection jusque dans les derniers détails. Toi-même, chétif mortel, tout petit que tu es, tu entres pour quelque, chose dans l'ordre général, et tu t'y rapportes sans cesse. Mais tu ne vois pas que toute génération se fait en vue du Tout, afin ( qu'il vive d'une vie heureuse ; que l'univers n'existe pas pour ( toi, mais que tu existes toi-même pour l'univers. Tout médecin, tout artiste habile, dirige ses opérations vers un tout et tend à la plus grande perfection du tout ; il fait la partie à cause du tout, et non le tout à cause de la partie ; et si tu murmures, c'est faute de savoir comment ton bien propre se rap- ( porte à la fois et à toi-même et au tout^ selon les lois de l'existence universelle (2). »

« Mon cher fils, qui te crois négligé des dieux, si Ton se per- « vertit on est transporté au séjour des âmes criminelles ; si l'on

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