‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 117 sur 358 · NATURE, PRINCIPES ET FORMES DE L'ÊTRE. IH · texte numérisé non relu

NATURE, PRINCIPES ET FORMES DE L'ÊTRE. IH

c'est Tacte vraiment propre à l'homme. — Cet acte n'est ni le inouTement, ni la vie, ni le plaisir, qui nous sont communs avec les êtres inférieurs ; c'est rexercice de la raison, ou la pensée rationnelle. L'activité raisonnable jouissant d'elle-même, voilà le souverain bien de l'homme. — l® Vertu œntemplative. — La vertu suprême, qui est la possession habituelle du souverain bien, est la contemplation de la vérité ou sagesse contemplative, dont l'idéal le plus parfait est réalisé en Dieu. — 2° Vertus pratiques. — Au-dessous de la vertu contemplative sont les vertus pratiques qui ont pour but de soumettre nos facultés à une sorte de discipline pour les mettre au service de la sagesse contemplative. — Les vertus inférieures consistent dans un juste milieu entre les extrêmes ; par exemple, le courage est un milieu entre la témérité et la lâcheté, la tempérance e^ un milieu entre la volupté et l'austérité excessive, etc. — Les vertus pratiques sont un combat et exigent l'effort : elles ont leur but et leur prix dans la jouissance et la paix de la vertu contemplative.

1 1 . Morale sociale. — Les deux grandes vertus sociales sont l'amitié ou philanthropie et la justice. — 1" Théorie de l'amitié, — Il est meilleur et plus doux encore d'aimer que d'être aimé> de faire le bien que de le recevoir. L'amitié suppose l'égalité : notre ami est un autre nous-même. — 2^ Théorie de la justice. — La justice est le respect de l'égalité entre les hommes. — Elle se divise en justice de distribution et justice d'échange. La première consiste à distribuer les choses entre les personnes proportionnellement au mérite des personnes. La seconde consiste à maintenir l'équivalence entre les objets échangés, ^soit dans les contrats de vente et d'achat, soit dans la réparation des torts. ÏIL Poliuque D'AïusTOXe. — L'Etat est une réunion d'hommes libres et égauj^. Réfutation des théories communistes de Platon sur la famille et la propiriété. L'amour de la patrie ne gagne rien à la suppression de l'amour de la famille, et la propriété commune est moins bien gérée que la propriété particulière. — Erreurs d'Aristote sur l'esclavage : il partage la société en hommes libres et en esclaves ; ses sophismes pour fonder l'esclavage sur la nature même. — Théorie de la souveraineté. Que la souveraineté appartient à tous. Politique démocratique d'Aristote. — Théorie des révolutions : qu'elles ont pour cause le mépris de la vraie égalité.

l. - NATURE; PRINCIPES ET FORMES DE L'ÊTRE.

T. Nature de V existence. — L'objet de la philosophie, c'est l'être, disait Platon; Aristote appelle aussila philosophie première (ou métaphysique), la science de l'être. Mais que faut-il entendre par l'être véritable? Ne doit-on pas distinguer d'abord l'être qui subsiste en lui-même, moi par exemple, des manières d'être qui n'existent qu'en autre chose, comme mes plaisirs ou mes douleurs ? Ce qui subsiste en soi et non en autre chose, c'est la substance ou l'être véritable ; ce qui n'existe que dans autre chose, ce sont leg modes ou manières d'être (1).

1 . Us se ramènent à trois groupes principaux : gUiàlités (comme la beauté ou la laideur), guan^tïés (comme l'étendue ou la durée), et relations

Où se trouve la pluralité, il y a plusieurs êtres et une relation entre eux ; toute substance véritable est donc une et indivisible, ft Tout ce qui est, dit Âristote, est un, et tout ce qui est un est. i Sur ce premier point, Aristote est d'accord avec Platon. — Mais que faut-il entendre par c^îtte unité qui constitue Tétre ou la substance î — Ici va commencer le désaccord.

D'après Platon, c'est l'universel qui constitue l'être ; ainsi l'Idée universelle de l'humanité est l'essence des différents hommes. — Mais, objecte Âristote, le véritable être n'est point quelque chose d'universel. Socrate par exemple est Socrate, non par ce qu'il a de commun av^c tous les hommes, mais par ce qu'il a de particulier. Il y a en lui quelque chose de simple et d'indivisible par où il s'oppose à tout le reste et s'en distingue. Seuls les individus sont véritablement et proprement des êtres, des substances, des unités, puisque seuls ils existent en soi.

Dans l'individu même, ce qui constitue l'existence- réelle, c'est l'activité. Être, c'est agir, et agir, c'est être. De quel droit, en effet, dirions-nous qu'un être existe, s'il ne se révélait à nous par quelque action qui lui est propre î Gomment aussi se révélerait-il à lui-même, sinon par la conscience de son action ? C'est donc bien l'activité qui est la nature de l'existence. Aristote rétablit cette notion au premier rang dans la philosophie.

II. Principes de l'existence : matière, forme, cause efficiente et cause finale. — L'activité en nous et autour de nous n'est point parfaite, et ce qui le prouve, c'est le changement, ou, au sens antique de ce mot : le mouvement. L'être qui change et se meut réalise en lui-même des qualités qui n'y étaient d'abord que possibles : par exemple, lorsque je passe de l'ignorance à la science, je rends réelles ou actuelles par ce changement des connaissances qui n'étaient d'abord en moi que possibles ou virtuelles. Ainsi fait tout changement, tout mouvement : c'est le passage de la possibilité à la réalité.

Dès lors, il faut reconnaître, dans toute existence sujette au changement, deux principes internes : les possibilités qu'elle enveloppe en elle-même ou ses puissances, et la réalisation de ces

(comme l'égalité ou rinégalité, rinfériorité ou la supériorité). Substance, qualité, quantité, relation^ voilà les quatre groupes principaux dans lesquels rentrent toutes nos notions : ce sont les quatre principales catégories de la pensée. Aristote porte parfois jusqu'à dix le nombre des catégories, mais tout finit par se réduire aux quatre premières.

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