‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 120 sur 358 · Physique, VIII, VI, VII · texte numérisé non relu

Physique, VIII, VI, VII

DIEU, PRE&aER MOTEUR ET FIN DERNIÉEIS DU MONDE. 123

est donc infinie dans le sens de la longueur pour ainsi dire. Mais elle ne peut Tétre dans le sens de la hauteur, et une série même infinie de causes secondes a toujours besoin d'être soutenue par une cause première placée au-dessus d'elle. Le premier moteur, dont Téternelle action produit une éternelle série d'efTets, est luimême immobile : xevoûv àxnnrrov. Ce moteur immuable, c'est Dieu.

Maintenant, de quelle manière le premier moteur sait-il mouvoir toutes choses du sein de son éternelle immobilité, et qu'est-il en lui-même?

Le mouvement par impulsion, comme celui de la main poussant un objet, supposerait l'action du moteur et la réaction dii mobile, par conséquent, la passivité réciproque ; or, la passivité est un changement venu du dehors. Le premier moteur étant absolument immuable, il ne peut mouvoir par impulsion.

Où donc trouver quelque analogie qui nous fasse comprendre comment l'éternel moteur met en mouvement le monde? — En nous-mêmes ; c'est en nous que nous en apercevons le mieux l'image. Qu'est-ce en effet que le désir, sinon un mouvement de l'âme vers le beau ou le bien ? Et l'objet de ce désir, comment meut-il l'âme ? Sans être mu lui-même : il la touche sans en être touché. Tel est le premier moteur : immobile, il meut le monde par l'irrésistible attrait de sa beauté (1).

n. Nature de Dieu. — Le principe suprême du désir n'est point une possibilité, mais une réalité; rien en lui qui existe seulement à i'état de puissance : tout en lui est actuel, rien n'est enveloppé, tout est épanoui. C'est ce qu'Aristote exprime en disant que Dieu est tout en acte, qu'il est l'activité pure.

Mais enfin, cette activité à laquelle toute la nature aspire, qu'est-elle en elle-même ? — Elle est ce que nous sommes quand nous parvenons à notre perfection propre et que nous sommes nous-mêmes en acte, dans la pleine possession de nous-mêmes, dans l'épanouissement et le réveil de notre être. Or, s'il çn faut croire Aristote, nous sommes alors raison pure, intelligence unie à l'intelligible, pensée consciente d'elle-même. Au-dessus de la pensée Aristote ne voit rien. Pour lui la perfection de Dieu, c'est donc la pensée.

Dieu est une intelligence qui se contemple éternellement ellemême, et qui ne diffère en rien de Tacte de sa contemplation :

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