De generatione et corruptione, I, VI
124 PHILOSOPHIE GRBGQUE.
Dieu n'est donc pas une chose qui pense, mais un acte simple de pensée, qui est à lui seul son propre objet : sa pensée est a la pepsée de la pensée» (1).
« Dans la pensée pure, l'objet et le sujet qui le touche sont éga- « lement indivisibles : ce sont comme deux points qui ne peuvent a se toucher sans se confondre (2) . » « L'intelligence se pense a elle-même en saisissant l'intelligible : car elle devient elle- « même intelligible à ce contact, à ce penser. Il y a donc iden- « tité entre Tintelligence et l'intelligible : car la puissance de a percevoir l'intelligible, voilà Tintelligence ; et Tactualité de « l'intelligence, c'est la possession de Tintelligible ; ce caractère (( divin de l'intelligence se trouve donc au plus haut degré dans « l'intelligence divine (3). Tel est le principe auquel sont susce pendus le ciel et toute la nature. -»
A l'activité et à l'intelligence. Dieu joint la félicité. « Ce n'est a que pendant quelques instants que nous pouvons jouir de la c( félicité parfaite. Il la possède éternellement^ lui. La jouissance, « pour lui, c'est son acte même. C'est parce qu'elles sont des actes « que la veille, la sensation, la pensée, sont nos plus grandes « jouissances ; Tespoir et le souvenir ne sont des jouissances que « par leurs rapports avec celles-là. Or, la pensée en soi est la « pensée de ce qu'il y a de meilleur, et la pensée par excellence « est la pensée de ce qui est le bien par excellence ; la contem- « plation de cet objet est donc la jouissance suprême et le sou- « verain bonheur (4). » « La vie est en Dieu, conclut Aristote ; « car l'action de l'intelligence est une vie, et Dieu est l'actualité a même de l'intelligence ; cette actualité, prise en soi, telle est sa « vie parfaite, éternelle. Nous appelons Dieu un Vivant éternel « et parfait. La vie continue et la durée éternelle appartiennent « donc à Dieu ; car cela même, c'est Dieu (5). »
Nous persuadera- t-on aisément, avait dit déjà Platon, que la pensée et la vie n'appartiennent pas à l'être suprême, qu'il ne participe pas à l'auguste ^et sainte intelligence, rôv ^yiov xai (rijuivoy vow î Néanmoins, pour Platon, Dieu était en lui-même supérieur à l'intelligence, qui n'est qu'un de ses attributs. Pour Aristote, Dieu est l'intelligence même ; car l'intelligence, dit-il, est la plus divine