‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 124 sur 358 · DIEU, PREMIER MOTEUR ET FIN DERNIÈRE DU MONDE · texte numérisé non relu

DIEU, PREMIER MOTEUR ET FIN DERNIÈRE DU MONDE

de tout ordre et de tout bien ; car, s'il ne connaît pas le monde, s'il n'en est pas touché, le inonde le connaît et subit son contact bienfaisant ; le inonde tressaille éternellement à la présence de l'objet aimé (1).

Puisque le progrès est la loi universelle, d'où vient donc le mal ?

Le mal n'existe pas par lui-même, et il n'existe pas non plus par Dieu. Dieu est la raison unique de tout ce qu'il.y a de bien en tout être ; chaque être reçoit de Dieu selon son pouvoir Fêtre avec la vie (2), et par conséquent le bien. Mais cette participation au bien est inégale, plus faible chez les uns, plus complète chez les autres {3); et la raison en est dans la nécessité invincible ou fatalité de la matière, c'est-à-dire de la puissance qui enveloppe l'imperfection et l'impuissance. Pouvoir, c'est aussi en un sens ne pouvoir pas ; nous ne disons pas de Dieu qu'il peut le bien, mais qu'il est le bien même. Le possible demeure en dehors de lui, et, en développant le bien, manifeste aussi le mal.

Malgré cette f^alité de la matière, le monde, tel qu'il est, est le meilleur des mondes possibles (4), non qu'il soit actuellement parfait, mais parce que tout aspire à la perfection et y marche sans cesse, et que sans cesse le mal est vaincu par le bien. Cependant ce n'est pas Dieu qui ordonne toutes choses en vue de luimême : Dieu ne descend point à gouverner les choses. L'action providentielle appartient à la spontanéité des êtres, à la nature même, à la vie : « c'est elle qui, en toutes choses, aspire au « mieux (5). » « En toutes choses nous la voyons faire ce qui est «le meilleur parmi les possibles (6). » Ce qu'elle perd d'un côté, elle le reprend d'un autre ; « ce qu'elle enlève ici, elle l'ajoute ff là (7). Ce qui surabonde, elle l'emploie à suppléer ce qui a manque. Elle rétablit l'équilibre, répare le désordre, guérit la « maladie. Toujours elle travaille la masse inerte du corps, la « façonne et la transforme. Enfin, elle ne fait rien en vain (8) : « elle est la cause de tout ordre ; partout elle met et conserve la « proportion et la beauté (9). »

Page 1