‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 128 sur 358 · MORALE ET POLITIQUE D'ARISTOTE · texte numérisé non relu

MORALE ET POLITIQUE D'ARISTOTE

quelles la société repose, sont au nombre de deux : l'amitié et la justice.

Nulle part, comme on Ta dit, Âristote ne se montre plus digne d'être aimé que dans sa théorie de l'amitié. Sur ce point, il ajoute des éléments d'une grande importance à la théorie platonicienne de l'amour. C'est d'abord cette idée que le fond de l'amour est l'activité, l'énergie d'une volonté qui veut le bien d'autrui. La joie et la félicité, c'est l'activité; pourquoi donc. sommes-nous heureux d'aimer, sinon parce qu'aimer c'est agir î Aussi est-il meilleur et plus doux d'aimer que d'être aimé, de faire le bien que de le subir, de donner que de recevoir. On aime de plus en plus et on est de plus en plus heureux à mesure qu'on procure le bien de ce qu'on aime. De là il résulte que la véritable amitié n'est pas seulement une inclination presque passive, mais une bienveillance active, une volonté constante du bien et de la félicité d'autrui. Cette bienveillance même doit se traduire par la bienfaisance, et se montrer dans les actes : plus on aime, plus on agit. Tel doit être, selon Aristote, le sujet aimant ; ainsi se trouve rétabli dans l'amour, comme en tout le reste, l'élément actif trop méconnu par Platon.

Maintenant, que doit être l'objet aimé, l'objet de l'amitié ? — Puisque aimer c'est vouloir le bien d'un autre, il faut que cet autre soit susceptible des mêmes biens que nous ; il faut, par conséquent, qu'il nous soit ou qu'il nous devienne semblable et égal. L'amitié suppose la ressemblance ou mieux encore l'égalité de l'aimant et de l'aimé. Celui que j'aime, je l'aime comme moi-même ; il faut donc que ce soit un autre moi-même : krtpoç yàp aOroç, ô tfùoç

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L'amitié suppose, par cela même, la réciprocité d'affection et de services; car, sans cela, l'avantage resterait au plus aimant, et l'égalité nécessaire disparaîtrait. Aussi quoiqu'il faille tenir compte des qualités de l'objet aimé, il faut surtout tenir compte de la quantité d'affection qu'il nous témoigne, et il faut payer l'affectign par l'affection.

Ainsi, en aimant son ami, on aime un autre soi-même ; bien plus, on s'aime soi-même, non d'un amour vulgaire et égoïste, mais d'un amour désintéressé ; car on s'aime dans la plus noble

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