MORALE ET POLITIQUE D^AISTOTE
une, tout est uu dans cette pensée qui fait seule la réalité des ohoses.
Mais ce rapport de la puissance à Pacte, tel (^a'Aristôtereutend, demeure toujours incompréhensible. Si la matière n'est qu'un pur néant^ elle n'est pas même a puissance »; et si elle n'est pas un néant| elle a un degré d'être qu'Aristote n'eiplique pas.
Ni Platon ni Aristote ne àe sont élevés à l'idée d'uïie volonté libre et aimante, supérieure à Tintelligence pure et au désir. Aussi laissent-ils l'un et l'autre sans solution suffisante le grand problème de la coexistence de Dieu et du monde, que leurs suc* cesseurs dans l'antiquité païenne s'efiforceront de résoudre.
ni. -- MORALE ET POLITIQUE D'ARISTOTE.
h Morale individuelle. — De fin eq fin, de bien en bien, on arrive à un bien suprême qui peut seul satisfaire notre activité et produire la béatitude. Aristote admet (avec Socrate^ Platon et toute Tantiquité) que le souverain bien est identique au souverain bonheur; mais le souverain bonheur lui-même, en quoi consistei4i pour l'homme ? — C'est l'acte le plus élevé que nous puissions accomplir ; c'est l'acte vraiment propre à l'homme : aixiïov Hpyw. Par cette théorie, Aristote se rapproche de la morale moderne, où la moralité est conçue comme étant au fond l'acte propre et personnel de l'agent.
L'acte propre à l'homme n'est pas la vie, qui nous est commune avec les végétaux et les animaux. Ce n'est pas la sensibilité, qui nou6 est commune avec les animaux. La pensée, tel est, selon Aristote, Tacte vraiment propre à l'homme, et qui en métiai temps déipasse l'homme ; telle est la fin, tel est le souverain bien. Il y a des vea^us inférieures et une vertu supérieure, Celte-IS est la contemplation ou pensée désintéressée, qui se veut eUeaême pour elle-inêtne, sans autre utifeé qi*e sa propre action. Aristotfe l'appelle vertu contemplative. Dans les ^sublimes pages qui tèrminen't VÉihiqwe à Nicomaqiie, il reproche aux vertus inflSirïeuïeis et pratiques leur caractère utilitaire, intéressé, en quelque sorte laborieux et mei'cenaire. « Elles poursuivent utfefln supô- « rifeure, dit il, et ne sont point par elies-mêm^es vertus. L'action « de la pensée, au contraire..., é1;ant spéculative, ne poursuit « aucune fin au delà d'elle-même, et elle a en elle un plaisir « propre ; plaisir qui, à son tour, augmente l'action de la'pen^e. ( Le caractère absolu, désintéressé, infatigable^ dans la mesure
« que rhomme comporte, et tous les autres caractères attribués « à la béatitude^ Toilà ce qui se montre dans cette action de la « pensée. Ce serait là le bonheur parfait de l'homme, en y ajoutant « toutefois une durée parfaite de la vie, car rien de ce qui est ce imparfait ne peut être attribué au bonheur. Mais une telle vie « serait supérieure à la condition de l'homme ; car ce n'est pas en « tant qu'homme qu'il vivra ainsi, mais en tant que quelque « chose de divin se trouve en lui. Si donc c'est chose divine que « la pensée, relativement à l'homme, de même la vie selon la < pensée est divine, relativement à la vie humaine. Mais il ne « faut pas, comme le proverbe le répète, n'avoir, étant homme, « que des pensées humaines, et mortel, que des pensées mor- « telles ; il faut, autant qu'il est en nous, atteindre l'immortalité. »
Maintenant, comment arrive-t-on à cette vie supérieure où la pensée humaine et la pensée divine s'identifient dans la contemplation ? — Par les vertus pratiques, morales et sociales, qui s'exercent dans Ja sphère du mouvement et de l'effort.
Les vertus pratiques ont pour but de soumettre nos facultés à une sorte de discipline afin de les mettre au service de la sagesse contemplative. Cette discipline consiste dans un juste milieu entre les extrêmes. L'expérience même nous apprend que l'excès et le défaut sont généralement nuisibles: par exemple dans les aliments, dans les exercices corporels, dans les plaisirs. La sagesse pratique est donc une moyenne : oùSiv ayov, rien de trop^ voilà la règle du sage.
Rien de plus ingénieux que cette théorie péripatéticienne qui prouve qu'aucune de nos facultés ne doit ni dominer exclusivement ni être sacrifiée. Quant aux spéculations mathématiques qui l'accompagnent, si Aristote les eût trouvées dans Platon, peutêtre en eût-il saisi facilement le côté faible; peut-être eût-il vu là une règle tout empirique, inapplicable à une foule de vertus, et inexacte dans les cas mêmes où elle s'applique. Les vices et les vertus ne diffèrent point seulement de degré, mais de nature : la témérité, par exemple, est moins un excès de courage qu'un emploi déplacé du courage ; la force d'âme poussée à ses extrêmes limites peut être une vertu si elle se propose un digne objet ; au contraire un médiocre effort de volonté, pour une cause futile ou mauvaise, pourra être blâmable et téméraire.
II. Morale sociale. — C'est principalement dans Fétude des vertus sociales qu'éclate le génie d'Aristote. Ces vertus, sur les-