‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 134 sur 358 · IL - L'ÉPICURISME · texte numérisé non relu

IL - L'ÉPICURISME

Selon Épicure (1), la sensation est la seule source de la connaissance. « L'idée universelle n'est que le souvenir de plusieurs sensations semblables (2).» Ce souvenir, une fois fixé dans l'intelligence, nous permet d'attendre l'avenir d'après le passé, et devient une anticipation [npoX'n^tç).

A cette logique sensualiste vient se joindre de nouveau le matérialisme de Démocrite. Toute la réalité se réduit à des corpuscules matériels, inertes et inaltérables, dont la combinaison mécanique produit les phénomènes. L'atomisme d'Épicure diffère pourtant du système de Démocrite par la substitution du hasard à la nécessité. Pour expliquer la combinaison des atomes, Épicure se vit forcé de leur attribuer, outre leurs propriétés matérielles, un pouvoir qui dépasse la sphère de la pure inertie et de la pure matière, un élément actif et dynamique qui échappe à la nécessité des lois mécaniques : c'est le pouvoir de changer d'une quantité imperceptible la direction naturelle du mouvement, et cela en un point du temps et de l'espace absolument indéterminables et incertains (3). Cette sorte de hasard détruit la nécessité et se résout lui-même dans la spontanéité des atomes.

L*âme, atome subtil, possède le même pouvoir sous le nom de liberté, et par là elle peut se mettre à l'écart du tumulte extérieur, dans les régions sereines de la sagesse et de l'ataraxie. C'est d'ailleurs unjspure liberté d'indifférence. Il n'en faut pas moins savoir gré aux Épicuriens d'avoir combattu la croyance stoïcienne au déterminisme universel, en même temps que les doctrines religieuses du paganisme sur le destin. A quoi servirait, disait Épi-

1. Epicure naquit probablement à Athènes. Son père était grammairien, sa mère, magicienne ; tous deux, pauvres. Epicure se vante d'avoir philosophé dès sa douzième ou quatorzième année. Il déclare n'avoir jamais eu de maîtres de philosophie ; tout au moins a-t-il puisé une partie de sa philosophie dans les ouvrages des philosophes antérieurs, surtout de Démocrite. Après une jeunesse assez agitée, il se fixa, vers Tâge de trente-six ans, à Athènes, et ouvrit l'école de philosophie qu'il présida jusqu'à sa mort. Il enseignait au milieu des jardins, où se réunissaient en grand nombre tous ses disciples, ou plutôt ses amis : l'amitié des Epicuriens entre eux et pour leur maître est restée célèbre. Ce « héros déguisé en temme», suivant les paroles de Sénèque, supporta courageusement et en se vantant d'un parfait bonheur une maladie cruelle qui entraîna sa mort. IDiogène Laërte, X, 2, 3, 4.)

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