Diog., X
3. Diog., X, 59. Lucrèce, II, 221. Nec regione lodcertd nec tempore certo.
cure, d'avoir détruit la peur des dieux, si c'est pour substituer à la volonté redoutable des divinités un destin plus redoutable et plus inéluctable encore? « La volonté, dit Lucrèce, s'arraclie à la fatalité: fatis avulsa voluntas. « Les Épicuriens combattent ainsi pour la liberté, à laquelle ils aspirent ; mais ils ne parviennent point à s'en faire une idée véritable, et ils finissent par l'identifier avec le hasard.
Une fois délivré par la logique et la physique de la croyance à l'immatériel et au divin, de la religion qui nous menace comme un monstre terrible des hauteurs du ciel et enfin du destin ou enchaînement fatal des causes^ imaginé par les philosophes l'homme doit chercher le bien dans la nature même, et vivre conformément à la nature. Or la sensation, interrogée sur le bien répond que le bien est le plaisir.
L'Épicurisme n'ose cependant placer le bien dans le « plaisir mobile » dont Platon a fait ressortir Tin suffisance, mais dans le « plaisir stable »>, dans la tranquillité absolue, Vataraxie. Imitant la déclinaison spontanée de l'atome, la volonté dévie, se soustrait au destin et se met à Técart : c'est là sa liberté ; mais Tasile où la volonté se réfugie ainsi n*est pour Épicure qu'un repos indifférent et stérile, « plaisir de nwrt », dit Plutarque, semblable au vide où les atomes se meuvent au hasard.
Les disciples d'Epicure vouèrent un véritable culte à leur maître, comme à un rédempteur qui avait délivré le monde des terreurs de la superstition religieuse. On célébrait le jour de sa naissance dans des réunions solennelles ; on portait son image vénérée sur des anneaux et des médailles, et Lucrèce adora presque comme un dieu celui qui avait brisé les idoles des dieux.
m. - LE stoïcisme.
I. D'après les Stoïciens (1), toute substance est une force, dont
1, Le stoïcisme, ou philosophie du Portique, fut ainsi appelé du lieu où Zenon enseignait. Zenon naquit à Cittium, petite ville de l'île de Chypre. Son père, qui était marchand, lui rapporta un jour, en revenant d'Athènes, les ouvrages des socratiques, ce qui éveilla l'amour de Zenon pour la philosophie Un naufrage lui ayant enlevé sa fortune, il vint à Athènes, et fréquenta l'école des cyniques"; mais sa pudeur morale se révolta contre la grossièreté de leur vie. Alors il erra pendant vingt ans d'école en école (Diog., XII, 4), jusqu'au moment où il eu tint une lui-même dans la galerie qui, après avoir été autrefois le lieu de réunion des poètes, était alors déserte : ^es disciples empruntèrent leur nom à cette galerie ou portique, 2T«à. On
LE stoïcisme. 147
l'activité s'exprime par la tension ou l'effort. L'acte pur et immobile d'Aristote est aussi abstrait que l'Idée de Platon : ce qui est réel, c'est l'action dans le mouvement et le travail, l'action dans la nature et dans l'humanité (1).
Point de matière sans force, point de force sans matière; point d'âme sans corps, point de corps sans âme ; au fond, corps et âme sont une même chose, la force agissant. L'abstraction seule sépare les éléments indivisibles de l'être (2).
Platon et Aristote ont donc eu tort, selon les Stoïciens, de considérer la raison des choses comme extérieure à la nature, et de poser dans une sphère à part soit les Intelligibles soit l'Intelligence. Sans doute il y a une raison des choses, une loi suivant laquelle le mouvement se développe, et il est vrai d'ajouter que cette raison des choses est la pensée, la Raison même. Mais il ne faut pas la séparer des choses qu'elle produit ; car, comme Heraclite l'avait compris, elle agit à l'intérieur de l'être et projette sa forme au dehors ; elle est cet être même. La Raison, tendue dans la matière, est l'élément actif qui en développe les puissances par une expansion graduelle, semblable à une semence qui contient à l'avance en son unité une succession indéfinie de formes.
Le Dieu des Stoïciens n'est que l'âme du monde (3) : mêlée au i^^^yr vaste corps qu'elle anime, elle se meut en lui, et en relie tous les >vîv-^^ membres par le lien indissoluble de la nécessité. Causa pendet '^'/^ ex causa; privata ac publica longus ordo rerum trahit (4). Tout ^^T^ découle de l'enchaînement infini des causes au sein de la cause ^^^ '' universelle. Au reste, le destin est en même temps une provi- | ^t/
prétend que Zenon, parvenu à un âge très-avancé, se donna lui-même la | , mort, d'après les principes de sa doctrine. L'austérité des mœurs de Zenon \ était passée en proverbe ; on raconte qu'après sa mort les Athéniens lui élevèrent des monuments portant cet éloge, que sa vie n'avait pas cessé de ressembler à sa philosophie. (Diog. Laerte, VU, 10.)
1. I On ne peut pas appeler le mouvement imparfait^ sous prétexte qu'il « n'est pas acte ; car, au contraire, il est tout acte ; s'il offre succession et « progrès, ce n'est pas pour venir à l'acte, car il est déjà actuel, mais pour « produire celte œuvre extérieure qu'il laisse après lui. » (Siraplicius, in Categor, Aristotelis, f. 3, b.) L'œuvre seule du mouvement passe donc de l'imperfection à la perfection, de la possibilité à la réalité ; mais le mouvement est dès l'abord parfait et tout acte : il est le principe suprême
au delà duquel on ne peut remonter, et qui* produit toutes choses dans ^j j la succession du temps. A l'origine de la nature est un acte éternel de \H\^ mouvement, une éternelle génération, dans laquelle s'unissent d'une ma- • {/ J^, nicre inséparable l'activité et la passivité. ^^^
2. Diog., VII, d\. Sext., IX, 11. Sén., epist. 65. Cic, Acad,, I, 6.