‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 147 sur 358 · IJ. - LA PROCESSION EN DIEU : LA TRINITÉ · texte numérisé non relu

IJ. - LA PROCESSION EN DIEU : LA TRINITÉ

Plotin écarte avec soin tout mode de génération qui rabaisserait la majesté divine. Dieu n'engendre pas par besoin, car il se suffit à lui-même (2). Dieu n'engendre donc pas par désir, ni par

1. « Les anciens ont dit, mais en termes énigmatiques, que Dieu est «t supérieur à l'essence. Voici dans quel sens il faut interpréter cette f assertion. Dieu est au-dessus de Tessence, parce qu'il engendre l'essence. « Ainsi, même EN tant qu'il est, il ne comporte point ce qu'on exprime « par le verbe il EST (to c<TTt). »(VI,Vlil, 19.)«( Nous n'approuvons même pas « cette expression: Il est le Bien; nous ne croyons pas qu'on doive énoncer « quoi que ce soit avant ce terme de Bien; d'ailleurs, comme nous ne

• pouvons exprimer le Bien complètement, nous retranchons tout afin de « ne pas introduire en lui quelque diversité; et comme il n*y a plus même « besoin qu'on dise: 1/ es* (VI, VU, 38), nous l'appelons simplement leBien.i^ — Dieu n'en est pas moins la réalité suprême « Que le Premier existe, dans le

• sens où nous disons qu'il existe, nous le voyons par les êtres qui sont après tt lui. » « Si vous contemplez l'unité des choses qui existent véritablement, c c'est-à-dire leur principe, leur source, leur puissance (productrice), « pouvez-vous douter de sa réalité, et croire que ce principe ne soit rien ? « Sans doute ce principe n'est aucune des choses dont il est le principe : c il est tel qu'on n'en saurait affirmer rien, ni l'être, ni l'essence, ni la vie; c mais c'est qu'il est supérieur à tout cela. » (VI, Vlll, 11.)

De même Dieu estsupérieur tout àlafois à la puissance et à l'acte, d'Aristote, comme enveloppant la puissance dans l'acte même, et par conséquentla puissance active ou productrice. Là est l'originalité du Platonisme alexandrin. Cette conciliation de l'acte et de la puissance, séparés par Aristote, est le point culminant de la théodicée néoplatonicienne. Sous ce principe obscur et mystérieux de la puissance, que Platon et Aristote appelaient la matière et qui semblait s'opposer à Dieu, Plotin reconnaît Dieu même dans son actualité la plus parfaite. Dès lors le mot de puissance prend un sens nouveau, qu'il gardera toujours : il désigne la puissance active de l'être qui peut tout parce qu'il est lui-même la perfection de toutes choses. I Le Premier, dit expressément Plotin, est la puissance de toutes choses, « non dans le sens oîi l'on dit que la matière est en puissance, pour indi- « quer qu'elle reçoit, qu'elle pàtit; mais dans le sens opposé, pour dire que I VUn produit. » (V, 111, 15 )

2. « Dieu n'a pas besoin des choses qu'il a engendrées : car c'est lui qui « leur a donné tout ce qui se trouve en elles ; il n'avait pas besoin, d'ail- « leurs, d'engendrer; il est encore tel qu'il était auparavant; rien ne serait • changé pour lui s'il n'avait pas engendré. »

un amour qui envelopperait le désir, t L*Un n'a pu rien désirer ; « s'il eût désiré, il eût été imparfait, puisqu'il n'eût pas possédé € encore ce qu'il désirait. »

Puisque ce n'est pas par besoin, est-ce donc par hasard que Dieu engendre ? « Mais il est impossible d'attribuer au hasard la pro- « duction des êtres, ainsi engendrés d'une manière conforme à la « raison (I). »

Dirons-nous alors que Dieu engendre par nécessité ? <c Dieu c n'est pas soumis à la nécessité, mais il est lui-même pour les <c autres êtres la Nécessité et la Loi (2). »

Reste à dire que Dieu a engendré librement. — Oui, sans doute, il y a liberté en Dieu, si on entend par là l'indépendance absolue d*une nature au-dessus de laquelle il n'existe rien et qui est le principe de toutes choses, y compris la nécessité même. Mais, si on entend par liberté le pouvoir de choisir après délibération entre deux contraires, entre le bien et le mal, comment attribuer à Dieu cette prétendue puissance, qui n'est qu'une puissance défaillante ? « Vous dites que Dieu n*est pas libre de faire le bien et « n'est pas tout-puissant, parce qu'il ne saurait faire le mal I « Mais, en Dieu, la puissance ne consiste pas à pouvoir les con- « traires ; c'est une puissance constante et immuable, dont la « perfection consiste précisément à ne pas s'écarter de ce qui est « bon : car pouvoir les contraires est le caractère propre de l'être « incapable de se tenir toujours au meilleur. (3). » Cette volonté de Dieu n'est pas indifférente, mais éternellement déterminée au bien, qui est Dieu même, qui est la volonté même. De sorte que son acte est tout à la fois libre et nécessaire ; ou plutôt il n'est ni libre ni nécessaire au sens humain de ces expressions. Si la volonté de Dieu est déterminée ^ et déterminée d'une manière unique, « ce n'est pas par l'effet de la nécessité; car la nécessité n'existait « pas avant lui (4). »

Dieu a donc engendré par une volonté souverainement indépendante, qui est lui-même et qui se confond avec sa nature. Aussi est-ce dans la nature la plus intime de Dieu qu'est le secret de la génération. Secret ineffable, que nous devons cependant nous efîorcer de concevoir et d'exprimer par une voie indirecte.

1, Enn.,yi, vm, 10.

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