LA PROCESSION DANS LB KONDB
lieu, la procession fait que tout être imparfait sort d'un parfait, qui a réalisé déjà l'idéal du genre ; en second lieu, tobk^^J, imparfait, par la conversion, tend à devenir et deviendra aussi parfait que l'être dont il est le produit ; il deviendra même plus parfait encore, sans autres limites à son progrès que la perfection absolue. Ainsi, dans les deux sens, derrière lui et devant lui, l'idéal de cet être est réalisé ; regretter Timperfeclion de cet être, ce serait regretter son existence présente, et de plus empêcher sa perfection à venir. L'optimisme de Plotin s'étend par là dans deux directions : il remplit de tout le bien possible la ligne descendante de la procession qui fait sortir les uns des autres tous les degrés de perfection, et la ligne ascendante du retour qui fait remonter l'imparfait au parfait. L'univers, à le voir en son ensemble, dans son passé, son présent et son avenir, redevient l'image aussi parfaite que possible du monde idéal. Si le mal y subsiste actuellement, il diminue sans cesse par la loi universelle du progrès ou de l'amour.
Gomment a lieu ce progrès, cette conversion universelle, ce retour vers l'Un ? « Le Bien se porte, pour ainsi dire, vers les « profondeurs les plus intimes de lui-même, s'aimant lui-même, t aimant la pure clarté qui le constitue, étant lui-même ce qu'il K aime, et se donnant par là l'existence à lui-même (1). • C'est :et amour du Bien pour lui-même qui est le principe de l'amour ians les autres êtres et qui produit Tuniversel retour à Dieu.
« Par une des parties de nous-mêmes, nous touchons à Dieu, « nous nous y unissons, nous y sommes en quelque sorte suspente dus ; nous sommes édifiés en lui (2), quand nous nous tournons « vers lui (3). »
La loi du retour se manifeste par le progrès de la connaissance et de l'amour, et par le terme commun où ils viennent se résumer, Vextase. A la vie pratique succède la vie contemplative, et à celleci la vie divine.
Quel est d'abord l'objet propre de la vie contemplative ? — Platon et Aristote l'ont dit : c'est la vérité, c'est la beauté, deux choses identiques. La vie contemplative est celle de la science et de l'art.
l. VI, vni, 16.
^L Cette métaphore jouera un très-grand rôle daiu la théologie chrétienne.
i68 PHILOSOPHIE GRECQUE.
La théorie du beau, dans Plotin, est des plus profondes. Le beau est la forme dominant la matière et Tassujettissant à sa propre unité : c'est le reflet de Tâme dans le corps, de l'intelligence dans l'âme (1). Pourquoi la lumière est-elle belle ? Parce qu'elle est ce qu'il y a de plus incorporel dans les corps, et comme Tâme de la matière (2). Dans toute beauté sensible, Tdme reconnaît quelque chose d'intime et de sympathique à sa propre essence ; elle l'accueille et se l'assimile (3). Étant d'une nature supérieure aux êtres sensibles, sitôt qu'elle aperçoit au dehors un être identique ou du moins analogue à son essence, elle se réjouit et s'exalte ; elle se replie sur elle-même et sur son essence intime; il semble qu'telle se reconnaît et se retrouve dans les objets extérieurs, et qu'elle prend par là conscience de tout ce qu'elle contient. Les harmonies que font les voix donnent à l'âme le sentiment des harmonies qui sont en elle; en entendant ces harmonies au dehors, la beauté lui en devient plus sensible (4). « Quand les (c sens aperçoivent dans un objet la forme qui enchaîne, unit et « maîtrise une substance sans forme et par conséquent d'une « nature contraire à la sienne, alors l'âme, réunissant ces élé- « ments multiples, les rapproche, les compare à la forme indivi- « sible qu'elle porte en elle-même, et prononce leur accord, leur (( affinité, leur sympathie avec ce type intérieur (5). » La forme étant le principe de la beauté, le corps est beau par la forme de l'âme, et l'âme par la forme de l'intelligence, et l'intelligence, qui est la forme même (6), est la beauté même. Au-dessus, ce n'est plus le beau, mais le principe du beau, c'est-à-dire le bien.
Le beau ne s'adresse à Tintelligence que pour l'entraîner audessus d'elle-même. « On éprouve à sa vue un sentiment d'admi- « ration, un doux saisissement, un transport de désir et d'amour, ce Tels sont les sentiments que doivent éprouver et qu'éprouvent ce en effet pour les beautés invisibles presque toutes les âmes, mais « celles surtout qui sont naturellement les plus aimantes (7). » Est-ce par elle-même, est-ce par elle seule que la beauté a le pouvoir d'exciter ainsi l'amour ? Ou plutôt, par delà la lumière de la beauté, n'apercevons-nous pas le foyer dont elle émane et qui lui