‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 152 sur 358 · LA PROCESSION DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

LA PROCESSION DANS LE MONDE

donne le charme de sa grâce ? La beauté est dans la forme, elle est la forme même ; mais, tandis que le regard de Tintelligence embrasse cette forme de la beauté, l'âme en franchit les limites et aspire à un principe supérieur ; car partout où l'âme voit encore une forme, elle sent qu'il y a quelque chose au delà à désirer (1) : sous le fini elle devine et entrevoit l'infini. Si l'objet propre de l'intelligence est le beau, l'objet propre de l'amour est le bien. Le beau, nous voulons seulement le contempler ; le bien, nous voulons nous unir à lui. « L'objet suprême du « désir est le plus désiré et le plus aimé, précisément parce qu'il « n'a aucune figure ni aucune forme ; l'amour qu'il inspire est « sans mesure et sans bornes, parce que son objet lui-même n'en « a pas; il est infini, parce que la beauté de son objet dépasse « toute beauté... Puissance génératrice de tout ce qui est beau, « c'est le bien qui donne à la beauté sa fleur (2). » Déjà Platon avait compris que la beauté véritable est pure et sans mélange, non revêtue de chairs et de couleurs humaines. Mais ce n'est pas assez de lui retirer toute forme sensible : il faut selon Plotin l'élever au-dessus des formes intelligibles elles-mêmes, des essences et des Idées. Seul, l'infini peut suffire à cet amour infini qui inquiète nos âmes; or, l'infini est sans forme, « non « qu'il en manque, mais parce qu'il est le principe d'où les « formes intelligibles dérivent (3). » « L'intelligible ne devient (c désirable que quand le Bien l'illumine et le colore pour « ainsi dire, donnant à ce qui est désiré les grâces et à ce « qui désire les amours. Avant de ressentir l'influence du Bien, « l'âme n'éprouve aucun transport devant la beauté de l'inc telligence : car cette beauté est morte tant qu'elle n'est pas « illuminée par le Bien, Mais, dès qu'elle ressent la douce cha- « leur du Bien, elle prend des forces, elle s'éveille et elle ouvre (c ses ailes ; et, au lieu de s'arrêter à admirer l'Intelligence, qui a est devant elle, elle s'élève à un principe plus haut encore. Car, « tant qu'il y a quelque chose de supérieur à ce qu'elle possède, « elle monte, entraînée par l'attrait naturel qu'elle a pour Celui « qui inspire l'amour ; elle franchit la région de l'Intelligence, et tt elle s'arrête enfin au Bien, parce qu'il n'y a plus rien au delà (4).

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