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demi-spiritualisme timide, moitié écossais et moitié allemand. Enfin, au lieu d'insister surtout, dans ce choix, sur la part de vérité qu'un système peut contenir, il insista de préférence sur les erreurs ou sur ce qu'il croyait des erreurs : il arrivait ainsi, sous prétexte de choix, à rejeter presque tout. Ce fut un abus de réfutations prétendues, la plupart superficielles et trop oratoires, faites au nom du sens commun, c'est-à-dire, bien souvent, au Dom de l'arbitraire. Quant à ce qui pouvait rester des systèmes ainsi mutilés et émiettés, Téclectisme lé juxtaposait un peu au hasard dans une doctrine sans forte unité : il empruntait telle et telle chose à un système, sans expliquer pourquoi il ne prenait pas aussi bien telle autre partie de la doctrine ; puis, passant à un autre système, il y prenait aussi çà et là quelques afiârmations, et après avoir ainsi cueilli à droite et à gauche sur le terrain d'autrui, il faisait une sorte de faisceau si mal lié, qu'il suffisait d'entr'ouvrir la main pour voir s'échapper ce qu'on croyait | tenir. On avait voulu contenter tout le monde, et on arrivait à ne contenter personne ; c'était, dans la philosophie, l'équivalent d'une pohtique d'équilibre, procédant par concessions arbitraires et par refus non moins arbitraires aux divers partis. Telle n'est point, semble- t-il, la vraie méthode. Il ne s'agit pas de choisir, mais de réunir tout ce que chaque système contient de positif dans ses principes et de logique dans ses conséquences; il ne faut rejeter que les négations et les exclusions. Platon disait : « Quand on me propose de choisir entre deux choses, je fais comme les enfants, qui prennent les deux à la fois. »
En outre,*loin de se persuader que tout a été dit avant nous, il faut se persuader que les philosophes, dans leurs propres systèmes, ont oublié une foule de conséquences et de déductions nécessaires; qu'ils ontébauché plutôt qu'achevé leur œuvre; que, par exemple, la morale de l'utilité n'a pas été entièrement construite ni menée jusqu'au bout de ses conséquences, pas plus que la morale du devoir ; en un mot, que toutes les doctrines ont à la fois besoin d'être complétées par elles-mêmes et d'être complétées par les autres.
Outre la méthode éclectique, on a proposé encore, dans la philosophie et dans son histoire, une méthode qu'on pourrait appeler panthéistique, parce qu'elle fait de Terreur même une partie intégrante de la vérité, comme du mal une partie du bien : c'est la 1 méthode hégélienne. Hegel transporte dans l'histoire de la philosophie le fatalisme logique qu'il a déjà introduit dans l'histoire
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à^ l générale : « Tout ce qui est réel est rationnel ». Faisant rentrer les systèmes comme les événements, de gré ou de force, dans une loi de triplicité monotone qu'il leur impose à priori, il semble absoudre l'erreur dans la philosophie aumême titre que. le mal dans l'histoire, parce que les contradictoires, selon lui, s'identifient au fond des choses.
Mais, tout en retenant encore ce que cette méthode peut avoir de légitime, il faut se souvenir que la seule conciliation réelle est celle des vérités avec les vérités, non des erreurs avec la vérité : il ne s'agit pas d'accepter à la fois les affirmations et les négations, mais de rejeter toutes les négations pour ne conserver que les affirmations. Ne croyons pas, parce procédé, être à la fin moins riches que celui qui prendrait à la fois les erreurs et les vérités, car, en ayant l'air de prendre davantage, il prendrait moins. Comme disent les algébristes, tout le négatif ajouté au positif est une diminution, et non une addition. Loin de concilier les contradictoires, il faut considérer la contradiction logique d'une doctrine avec elle-même comme le signe d'une erreur de déduction, et rectifier cette erreur en restituant au système la cohésion et la conséquence logique. De même, de deux principes qui seraient absolument contradictoires sous le même point de vue, il faudrait bien rejeter l'un pour admettre l'autre. Mais ce qu'on peut concilier, ce sont les points de vue différents, les degrés différents de la pensée, les relations différentes des choses. En un mot, la vraie méthode est une série de corrections, de constructions, de déductions et de vérifications scientifiques, non dans le but de confondre le vrai et le faux en une doctrine préconçue, mais d'écarter le faux sans rien abandonner du vrai, et de ramener ainsi la plus grande multiplicité possible à la plus grande unité possible. Ainsi procède la nature dans le développement de la vie ; ainsi doit procéder la pensée par une méthode vraiment naturelle. C'est là, dira-t-on, un idéal irréalisable. — Mais toute méthode n'est autre chose qu'un idéal dont on se rapproche de plus en plus par des moyens déterminés. Un système particulier et exclusif est quelque chose de fixe, d'immobile, de pétrifié ; la méthode est un mouvement, une évolution et un progrès. La conciliation des idées est la légitime direction du mouvement philosophique comme du mouvement historique lui-même : elle n'est pas et elle ne sera jamais une œuvre entièrement achevée. Du reste, la métaphysique est ici analogue aux autres connaissances : l'impossibilité d'achever la physique ou les mathématiques prouve-t-