‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 177 sur 358 · DEUXIÈME PÉRIODE DE LA SCHOLASTIQUE. — DUNS SCOT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PÉRIODE DE LA SCHOLASTIQUE. — DUNS SCOT

ris à tâche de vulgariser la science des Arabes et de créer une aéthode universelle qu'il nommait le grand art, ars magna. lîest une classification et une notation de toutes les catégories le la pensée, de tous les genres et de toutes les espèces, avec leurs ombiiiaisons possibles. Au moyen de cercles qui tournent autour l'un même centre, les sujets et les attributs de toutes sortes vienaent se placer Tun devant l'autre pour former des propositions, et les propositions se combinent pour former des syllogismes : c'est ane machine à penser. Ses disciples enthousiastes, en cherchant la pierre philosophale et la transmutation des métaux, apprennent à étudier le livre de la nature autant et plus que les livres d'Aristote.

Le grand rival de saint Thomas, le dialecticien et le métaphysicien par excellence de Tordra franciscain, fut l'Anglais Duns Scot, doctor subtills^ professeur à Oxford et à Paris, qui mourut à trente-quatre ans après avoir écrit douze volumes in-folio (1274- 1308). Il s'occupa de physique, d'optique et d'astronomie ; mais il excella surtout dans la métaphysique. La philosophie de saint Thomas était une philosophie.de Tintelligence ; celle de Duns Scot est déjà une philosophie de la volonté.

Toutes les sympathies de Duns Scot sont pour l'individu ; aussi se préoccupe-t-il au plus haut degré du problème de l'individuation. Selon lui, ce qui distingue un individu d'un autre, ce n'est pas seulement, comme le croient les thomistes, un principe de négation et de limitation, qui ne serait que la matière et qui rabaisserait l'existence individuelle au rang d'existence inférieure; l'individualité est le principe positif de l'action. C'est donc la volonté qui est le fond de l'être, et non pas la raison, enchaînée à ses formes immuables, soumise à la détermination et à la nécessité.

S'il en est ainsi, comment concevoir Dieu? — Le concevoir avec les thomistes comme une puissance esclave de l'intelligence, c'est faire de Dieu lui-même un être relatif; car c'est le , soumettre à un destin intérieur. La nécessité est le caractère de l'intelligence, et la nécessité est une relation : seule la volonté est absolue. 11 ne faut donc pas dire que la volonté divine trouve une loi toute faite à laquelle elle se conforme : c'est elle qui fait la loi; c'est elle qui est la loi. La vérité n'est pas antérieure à la volonté divine, c'est la volonté divine qui pose et produit la vérité ; la loi morale elle-même, en tant que loi, n'est pas antérieure à la volonté de Dieu: Dieu ne veut pas le bien pai'ce qu'il le

2t2 LE MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE.

reconnaît tel; mais le bien est tel parce que Dieu le veut (1).

De même, quand Dieu crée, c'est avec une liberté absolue : il n'y a rien de nécessaire pour Dieu ; et ce qui est nécessaire, c'est ce que Dieu rend librement nécessaire par sa volonté.

Aussi ne pouvons-nous atteindre Dieu par un rayon direct, mais plutôt par un rayon réfléchi, non radio directo^ sed rcflexo. Dieu, en effet, dans sa volonté intime, n'est pas un objet soumis aux prises de Tintelligence, et la théologie rationnelle ne peut prétendre atteindre la vraie divinité.

Par ces doctrines, Duns Scot devance de beaucoup son époque, et il fait preuve d'une originalité métaphysique qui l'élève audessus de saint Thomas ; mais Scot se représente trop son Dieu comme une volonté indifférente, non comme une volonté morale ; l'arbitraire n'est pas la vraie liberté.

La lutte des scotistes et des thomistes dura pendant tout le moyen âge : les premiers se montrèrent plus novateurs et moins esclaves de Tautorité : ils avaient un sentiment plus profond, quoique bien imparfait encore, de la liberté individuelle.

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