‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 190 sur 358 · II. — PHILOSOPHIE ANSLAISE · texte numérisé non relu

II. — PHILOSOPHIE ANSLAISE

I. Bacon. — La philosophie anglaise se montre, dès l'origine, plus amie de l'expérience que de la spéculation métaphysique. — Bacon n'invente rien ni dans les sciences ni dans la philosophie. Il se borne à analyser les procédés de l'observation et de l'induction. — !<> Les causes d'ev" reurs les plus importantes sont celles qui tiennent à la constitution même de l'esprit. 2*^ La méthode pour éviter l'erreur et trouver la vérité : Méthode empirique. Observations multipliées et variées. Tables de présence, d'absence, de degrés. — Généralisation et établissement de la loi par l'induction. — Rejet des causes efficientes et des causes finales au profit de la cause formelle, — Empirisme de Bacon. Insuffisance de sa méthode, même dans les sciences expérimentales.

II. HOBBES. — Il difi^re de Bacon par l'importance qu'il attache à la déduction logique et à la rigueur systématique. — Son système est un matérialisme absolu. — Tout est corps. — La sensation est un mouvement. — Le plaisir et la douleur sont les ressorts de la machine humaine. — Morale de l'intérêt personnel. — Droit fondé sur l'intérêt et sur la force. — Etat de nature et de guerre où l'homme est un

loup pour rhomme, et où le plus fort remporte. — > Passage de l'état de nature à Tétat de société par un contrat. — Il est logique d'obsenrer ce contrat, fondé sur l'intérêt; mais, comme la logique ne suffirait pas pour obtenir toujours la soumission de Tindividu au contrat, une puissance publique, la plus forte possible, est nécessaire. — Erreur de Hobbes qui croit que cette puissance la plus forte se trouve dans l'abdication de tous au profit d'un despote. Absolutisme de Hobbes.

1. GiORDANO Bruno (1). — L'idée dominante de la philosophie de Bruno est celle de l'infinité. Chez les Anciens, l'infinité semblait plutôt une imperfection qu'une perfection: dans leur amour de la beauté précise et plastique, ils préféraient Vachevéj le déterminé^ dont la pensée mesure les limites et dont l'imagination embrasse les contours. Déjà cependant les Alexandrins avaient compris que l'infinité est dans l'ordre de l'être un des caractères du divin, et aussi, dans l'ordre de la quantité, un des caractères de la Nature. Le christianisme conserve l'infinité en Dieu, mais la retranche à la Nature. Pour mieux opposer l'existence dans le temps à l'existence éternelle, on représentait le monde comme ayant un commencement dans la durée et des

1. Giordano Bruno, né à Noies, vers le milieu du xvi® siècle, entre, jeune encore, dans l'ordre des dominicains. Des doutes religieux et philosophiques envahissent son esprit. Il s'éprend de Pythagore, de Platon, des Alexandrins et surtout des idées de Nicolas de Cuss. Il quitte son ordre, et par cela même est obligé de quitter l'Italie. Il va à Genève, et ne peut s'entendre avec Théodore de Bèze et Calvin. Puis il vient s'asseoir, tantôt comme écolier, tantôt comme maître, aux écoles de Paris, de Londres et de Wittemberg, promenant par toute l'Europe son esprit ardent et inquiei. Le désir de revoir l'Italie l'ayant ramené à Venise, il est livré à l'inquisition. Transféré à Rome, on lui fait son procès ; on lui demande de renoncer à ses doctrines ; il refuse. Il est alors condamné, excommunié et livré au magistrat séculier avec la formule consacrée : « Qu'il soit puni avec le plus de douceur possible et sans effusion de sang, sine ulla sanguinis effusione, » ce qui désignait la mort par le feu. Un témoin oculaire, dévoué au Saint-Siège, raconte ainsi sa mort. « Bruno ne répondit que ces paroles de menace : La sentence que vous portez vous trouble peut- être en ce moment plus que moi. Les gardes du gouverneur le menèrent alors en prison, où on s'efforça encore de lui faire abjurer ses erreurs. Ce fui en vain. Aujourd'hui donc on l'a conduit au bûcher... Le malheureux est mort au milieu des flammes, et je pense qu'il sera allé raconter dans ces autres mondes qu'il avait imaginés (allusion aux mondes innombrables et à l'univers infini de Bruno) comment les Romains ont coutume de traiter les impies et les blasphémateurs. Voilà, mon cher ami, de quelle manière on procède chez nous contre les hommes ou plutôt contre les monstres de cette espèce. » (Lettre de Gaspard Schoppe, Acta litteraria de Struve, V, p. 64.) C'était en l'an 1600.

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