PHILOSOPHIE ITALIENNE. — GIORDANO BRUNO
limites dans l'espace. Les découvertes scientifiques de la Renaissance renversèrent les bornes de ce monde et reculèrent à rinflni l'horizon. Montrer l'infinité en toutes choses, dans le nombre des êtres et des mondes, dans la durée de ces êtres et de ces mondes, dans l'étendue qu'ils remplissent et dans les progrès qu'ils accomplissent, faire tomber ainsi de toutes parts les barrières de la Nature, telle est l'ambition de G. Bruno. Pour lui, le seul monde digne de Dieu est un monde infini. Gomment croire en effet que la puissance infinie, la sagesse infinie, la bonté infinie, se manifestent par des œuvres finies en nombre, en durée et en étendue ? Que chacune de ces œuvres, considérée isolément, soit limitée, cela est nécessaire ; mais que le tout soit lui-même limité, cela est impossible. Les étoiles sans nombre sont donc autant de soleils, ayant leurs planètes, et la terre, qui tourne autour du soleil, n'est point le centre du monde; car le monde est une sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence nulle part.
L'infinité du monde suppose une puissance infinie de tout devenir et de se transformer en Tintinité des possibles. Gette puissance passive, comme les anciens l'avaient compris, est la matière. Mais la matière passive présuppose une puissance active qui la fait devenir toutes choses ; et cette puissance active est celle de Dieu. Les anciens ont donc eu tort d'imaginer je ne sais quelle matière du monde différente de Dieu : la substance du monde est en Dieu même. En Dieu nous avons le mouvement, l'être et la vie. A ce sommet des choses, Dieu et l'universelle substance ne font qu'un. « Cause, principe et unité éternelle, d'où l'être, la vie, le mouvement dépendent et s'étendent au loin, en large ainsi qu'en profondeur (1). »
Dieu n'est donc pas un être séparé du monde, un être à côté d'autres êtres, qui serait fini. 11 est l'unité infinie, et par conséquent l'unité enveloppant une multiplicité sans bornes dans sa puissance féconde. Par là, on arrive à concevoir le suprême principe comme conciliant en lui tout les contraires, ainsi queFavait déjà montré Nicolas de Guss (2). Il engendre toutes les quantités,