‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 227 sur 358 · SPINOZA. LÀ SUBSTANCE DIVINS · texte numérisé non relu

SPINOZA. LÀ SUBSTANCE DIVINS

n'existe pas ? et si une telle démonstration lui est impossible comme à tout autre philosophe, son système n'est-il pas une simple hypothèse?

Une fois la volonté exclue des définitions fondamentales, Spinoza devait aboutir, comme il le fait, à n'admettre qu'une seule substance pour tous les êtres. En efiet, supprimez les différences de modes et les différences d'attributs entre deux substances, par exemple entré vous et moi, et vous ne pourrez plus distinguer ces substances Tune de l'autre : elles seroat indiscernables pour la pensée. Pourquoi donc diriez-vous qu'il y en a deux ? L'activité libre pourrait seule fonder une individualité distincte ; si rien n'est libre et indépendant, excepté la cause première d'où tout sort, cette cause est aussi la seule substance, le 3eul être proprement dit.

C'est ainsi que Spinoza arrive à poser une substance unique dont tout le reste sera attribut ou mode. Cette substance est Dieu.

Le Dieu de Spinoza ne saurait rien créer qui se distingue de lui substantiellement, puisqu'il ne peut exister deux substances : il est donc cause immanente du monde, et non came transitive; c'est-à-dire que son action est renfermée en soi, sans pouvoir passer dans un autre être. Condamné à travailler éternellement sur lui-même, il se dévore lui-même éternellement, et sa fécondité apparente est une stérilité. Pourquoi tout ce travail, pourquoi tout ce mouvement qu'il se donne, et que lui manque-t-il donc î pourrait-on demander à Spinoza. Oui ou non. Dieu est-il parfait? — Spinoza répond qu'il est la perfection même; mais alors, il n'a pas besoin de se développer en une infinité de modes par une évolution infinie, comme s'il se cherchait sans pouvoir se trouver. Si cette évolution n'est pas vaine, si cette puissance est vraiment féconde, si cette cause est vraiment active, pourquoi ne serait-elle pas tout ensemble immanente et transitive ? Pourquoi Dieu, sans se perdre lui-même, ne pourrait-il donner l'être au monde? Pourquoi ne serait-il pas à la fois intérieur et supérieur aux êtres qu'il produit? Refuser à Dieu la puissance créatrice d'autres puissances, la volonté productrice d'autres volontés, la liberté posant en face d'elle d'autres libertés pour les appeler à soi, c'est imposer des conditions, des relations et des limites à un Dieu qu'on déclare pourtant absolu, inconditionnel et infini. Descartes eût rejeté ce Fatum élevé au dessus de Dieu, et il eût nié avec raison que la nécessité soit l'expression de la divinité.

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III, Tel Dieu, tel univers : le Dieu de Spinoza est une puissance nécessaire ; Tunivers ne contiendra que nécessité.

Pour rimagination qui se représente tout sous une forme finie et incomplète, le monde est sans doute contingent : mais ce n'est là, selon Spinoza, qu'une apparence. Pour la raison tout est nécessaire. Notre ignorance seule nous fait croire que ce qui est pourrait ne pas être : ne voyant pas les causes, nou'fe croyons que les effets pourraient ne pas exister, et nous les appelons alors contingents ; mais plus la science fait de progrès dans la connaissance des causes, plus elle découvre de nécessités. Nous pouvons bien, par l'imagination, supposer que ce graiu de sable aurait pu ne pas être à cette place ; mais, s'il eût été ailleurs, il eût existé aussi un changement dans une autre chose, puis dans une autre à rinfini : l'univers entie;r eût été changé, ou plutôt détruit ; car il est tout entier ce qu'il est, ou il n'est pas. Telle est l'absolue nécessité que Spinoza impose à la nature, et qu'il prétend imposer aussi à notre volonté même.

L'universelle nécessité se développe pour nous en deux séries parallèles de phénomènes ou modes : les modes de l'étendue et les modes de la pensée, entre lesquels il y a une exacte correspondance, une réciprocité absolue. Chaque pensée correspond à un mouvement ; chaque mouvement correspond à une pensée ; l'ordre et la connexion des pensées sont identiques à Tordre et à la connexion des mouvements. Ce sont les deux faces inséparables d'une même existence qui se développe, et qui a encore une infinité d'autres faces que nous ne connaissons pas. Ce qu'on appelle corps n'est qu'une suite de mouvements que notre imagination sépare des autres mouvements, quoique en réalité tout soit inséparable. Ce qu'on appelle àme n'est qu'une série de pensées, qui se pensent elles-mêmes en pensant le corps. Cette série d'ailleurs n'est point une collection de pièces séparées, mais elle a une intime unité; seulement, elle est elle-même inséparable de Tunité du tout. L'homme n'est pas dans l'univers « comme un empire dans un empire (1); » il est comme un rouage dans un mécanisme immense, ou plutôt comme un membre dans un organisme où tout se tient. Telle est la goutte de sang dans les veines où Tentraîne le mouvement fatal de la vie.

S'il en est ainsi, le libre arbitre de l'homme ne peut être considéré que comme une chimère. Spinoza nie en effet notre libre

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