SPINOZA. LA NATURE ET L*HOMME
arbitre à priori et à posteriori, au nom de la nature de Dieu et au nom de cette mathématique intérieure qui régit selon lui nos actions comme nos passions. La nature de Dieu, selon Spinoza, est d*agir avec une nécessité absolue qui constitue sa volonté même : « Or, la volonté de Dieu ne peut être autre qu'elle n'est « (c'est une suite très-évidente de la perfection divine). Donc les 9 choses ne peuvent être autres qu'elles ne sont (1 ), » — Argument qu'on pourrait retourner contre Spinoza lui-môme. Car supposons que Dieu ait précisément voulu qu'il existât des êtres libres, des volontés autres que sa volonté propre; les choses ne pouvant être autres qu'il ne le veut, on en conclura que Dieu a le pouvoir de produii*e des êtres libres. Cette puissance indépendante qui serait communiquée par la volonté de Dieu à d'autres volontés semble à Spinoza une diminution de la puissance divine ; mais on peut lui répondre que la puissance absolue éclate mieux à produire des êtres réellement puissants par eux-mêmes qu'à produire des êtres sans puissance propre : qu'est-ce que produire seulement des fantômes d'être ? c'est en réalité ne rien produire. Donc, plus Dieu donne d'activité indépendante à ses productions, plus il manifeste sa propre activité.
A posteriori f selon Spinoza, le libre arbitre est également inadmissible. « Les hommes se trompent en ce point qu'ils pensent « être libres. En quoi c onsiste une telle opinion ? En cela seule- <( ment qu'ils ont consc ience de leurs actions et ignorent les « causes qui les déterminent. » — Cette observation est-elle exacte ? L'ignorance des causes et la conscience de la liberté sont-elles en raison directe? Si je pars du pied droit, non du pied gauche, sans en connaître les causes, je ne crois pas pour cela avoir été libre, et je ne m'attribue pas la responsabilité de cet acte. Je ne me crois point libre quand j'agis sans motifs et sans connaissance de cause ; c'est au contraire quand j'agis avec des motifs connus de moi que je crois agir librement; la vraie question est donc de savoir si je ne puis pas tout ensemble agir avec des raisons et avec la conscience d'être moi-même la cause de mon acte. Spinoza n'a réfuté que la liberté de hasard qui consisterait à agir sans aucun motif. De même qu'il n'a pas vu en Dieu ce qui lui donne vraiment, comme dit Pascal, la dignité de la causalité^ il n'a pas vu dans l'homme ce qui lui donn e la même dignité avec une existence distincte et personnelle.