‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 261 sur 358 · II. - BERKELEY · texte numérisé non relu

II. - BERKELEY

Georges Berkeley, né en Irlande (1685) et évêque de Gloyne, émit dans sa Nouvelle Théorie de la vision (1709), dans ses Principes de la connaissance humaine (1710), dans ses Dialogues entre Hylas et Philonoûs (1713), des doctrines profondes sur les plus importants problèmes de la métaphysique.

On a vu que toutes nos idées, selon Locke, sont des perceptions sensibles, car nous ne connaissons les qualités des choses que par nos perceptions; cependant, Locke suppose toujours qu'en dehors de nos perceptions mêmes, il existe des choses inconnues. Berkeley se demande s'il est vrai que ces choses ont une réalité ; et il remarque qu'en définitive nous n'en pouvons rien savoir, puisque nous pouvons seulement connaître ce qui est en nous. Pourquoi donc supposer encore avec Locke l'existence de choses et de substances qui seraient le soutien

inerte des phénomènes? Si on les admet^ comme elles nons sont toutes également inconnues, elles sont toutes pour nous indiscernables, et nous n'avons aucune raison pour ne pas les réduire, comme Spinoza, à l'unité d'une seule substance. Et pourtant la substance de Spinoza est ce qu'il y a de plus inintelligible, par cela même qu'elle est ce qu'il y a de plus inintelligent. La pierre angulaire de l'athéisme, c'est cette idée d'une substance stupide et non pensante, qui pourtant existerait a par elle-même », et d'où Spinoza fait ensuite tout sortir avec une nécessité exclusive de toute liberté, de toute moralité. On se figure, par une imagination grossière, un support des phénomènes, un substratum qu'on appelle Matière ou Nature, et c'est là l'idole qu'on substitue au vrai Dieu. Mais encore un coup, si cette substance existe, nous ne pouvons la connaître ; pourquoi donc en supposer l'existence? — Parce qu'il faut aux sensations une cause. — Rien de mieux ; mais la cause est ce qui agit. Les vraies causes de nos sensations ne peuvent donc être réellement inertes, c'està-dire réellement matérielles ; elles sont actives et spirituelles, elles sont des esprits. Être purement et simplement, sans être ceci ou cela, c'est ne pas être : et telle est la prétendue substance de la vieille métaphysique matérialiste ou panthéiste. De plus, rien n'existe pour nous que ce qui est par nous perçu. Donc exister^ c'est être perçu ou percevoir; ce qui n'est par perçu et ne perçoit pas, n'est pas. Or, ce qui perçoit, c'est l'esprit actif : ce qui est perçu, c'est l'idée ; des idées et des esprits, voilà donc enfin toute la réalité. Ce monde extérieur, avec ses couleurs et ses formes, est un ensemble de perceptions ou d'idées qui n'existent que dans des esprits, et ainsi le fond de toutes choses est spirituel.

Est-ce à dire que, selon Berkeley, nous soyons seuls au monde et que nous produisions à nous seuls le monde ? Non ; car nos premières idées, qui sont les idées sensibles, ne viennent pas de nous et s'imposent à nous : dès que nous ouvrons les yeux, il ne dépend pas de nous de voir ou de ne point voir. Il existe donc un autre esprit qui produit ces idées dans le nôtre : cet esprit supérieur et infini, dont la nature n'est que le langage, c'est Dieu. Supprimez tous les esprits, il n'y a plus rien ; posez l'Esprit suprême, et devant lui d'autres esprits sur lesquels son action s'exerce, le monde existe. Quant à la matière morte et brute, c'est un fantôme que la science entière travaille à dissiper. Une série de phénomènes dont ni la pi^oduction ni l'en-

Page 1