CONDILLAC, DIDEROT, D'HOLBACH, VOLTAIRE ET ROUSSEAU
Ce n'est point dans la philosophie spéculative, mais dans b philosophie morale et politique que se montre l'originalité des penseurs français au dix-huitième siècle. Importée en France par Voltaire, la doctrine de Locke exerce une influence prépondérante. Dans son Traité des sensations^ Tabbé de Condillac (1715-1780) dépasse Locke lui-même et fonde un sensualisme plus radical (1). Selon lui, Locke a eu raison de rejeter Tidée de facultés abstraites dans lesquelles notre être serait pour ainsi dire divisé ; cependant, il considérait encore les opérations de Tâme, la perception, la volonté, comme je ne sais quoi de primitif, et en quelque sorte comme des propriétés innées à Tâme. « Aussi le Philosophe se « contente-t-il de reconnaître que Tâme aperçoit, pense, doute, « croit, raisonne, commente, veut, rétléchit... mais il n'a pas senti « la nécessité d*en découvrir le principe et Isl génération ; il n*a « pas soupçonné qu'elles pourraient n'être que des habitudes « acquises (2). » La vraie méthode consiste, selon Condillac, à remonter à l'origine des connaissances, pour en expliquer la génération par une transformation graduelle du principe primitif. On suit de celte manière la logique de la nature : <c la nature a tout commencé, et toujours bien » ; il n'y a qu'à la suivre.
Le principe primitif des connaissances, dit Condillac, est la sensation, et tout s'explique en nous par la sensation transformée;
1 . Essai sur l'origine des connaissances humaines, Amsterdam (1746). Traité des sensations, Londres (1754). Traité des animaux (1755). Œuvres philosophiques^ Paris (1795).