Esprit des lois, livre XXIV, ch
PHILOSOPHIB SOCIALE. — VOLTAIRE. 373
^eiUards, des malades et infirmes, des orphelins ; le remède à ces maux n'est pas une aumône stérile : « Quelques aumônes « que Ton fait à un homme nu dans les rues ne remplissent « point l'obligation de TEtat. » Montesquieu va jusqu*à dire : ce Li'État doit à tous les citoyens une subsistance assurée, la <c nourriture, un vêtement convenable, et un genre de vie qui ne « soit pas contraire à la santé. Un Etat bien policé tire cette subcc sistance du fond des arts mêmes : il donne aux uns les travaux « dont ils sont capables, il enseigne aux autres à travailler, ce tt qui fait déjà un travail. » Montesquieu dépasse ici dans l'expression sa propre pensée, qui est que TÉtat doit un secours lorsque des infortunes naturelles ou passagères, — l'âge, les infirmités, les chômages imprévus, — privent tout d'un coup les travailleurs de la ressource du travail.
En somme, Montesquieu a montré une grande pénétration d^esprit dans une fouie de questions relatives à la science de la société. Cependant, Tabsence de principes philosophiques assez sûrs laisse dans ses œuvres du décousu, des contradictions et des erreurs. Le défaut de Montesquieu, c'est d'avoir été encore plus jurisconsulte et historien que philosophe, ce Quand j'ai eu « découvert mes principes, dit-il, tout ce que je cherchais est « venu à moi. » Par malheur il n'a pas su découvrir le premier et le plus important des principes : celui qui fonde le droit sur Tabsolue inviolabilité de la volonté libre, et qui ramène tous les rapports sociaux à de libres contrats entre les volontés (1).