‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 282 sur 358 · Beccaria fut disciple de Montesquieu · texte numérisé non relu

Beccaria fut disciple de Montesquieu

« siècle et portera la haine sur tous vos contemporains, i Dans les questions économiques, Montesquieu ne manque pas d'originalité. Selon lui, la liberté est liée à l'égalité, et Tégalité est impossible si on ne maintient pas entre de certaines limites la différence de fortunes : des hommes trop pauvres en présence d'hommes trop riches ne seront pas libres et égaux. De là il croit pouvoir conclure la légitimité des lois qui ont pour but d'empêcher soit l'accumulation extrême des capitaux, soit Textension des industries du luxe aux dépens des industries du nécessaire. Par là il explique et justifie certaines lois somptuaires et certains impôts des républiques anciennes.

Dans sa théorie des impôts, Montesquieu définit la contribution politique « une portion que chaque citoyen donne de son bien pour « avoir la sûreté de l'autre. » « Pour bien fixer les revenus, ajoutec t-il, il faut avoir égard aux nécessités de l'État et aux nécessités < des citoyens. Il ne faut pas prendre au peuple sur ses besoins c réels pour des besoins de TEtat imaginaires. » Quant à Tassiette des impôts, Montesquieu dit qu'il faut distinguer dans les biens de chacun, par des calculs de moyennes, trois portions très-distinctes : le nécessaire^ l'utile et le superflu. Le nécessaire, ajoute-t-il, ne doit pas être taxé; l'utile doit l'être, et le superflu beaucoup plus que l'utile. — Principe d'une grande justice, que nous voyons aujourd'hui mis en pratique par l'Angleterre, où un certain minimum de revenu est exempt de taxe, et où le superflu est taxé plus que l'utile. La loi de l'impôt, en efiet, doit être l'égalité proportionnelle ; or, comme Montesquieu l'a compris, la quantité prélevée sur le nécessaire est une charge proportionnellement plus grande pour le pauvre que la quantité prélevée sur le superflu du riche : la proportion purement numérique et brutale n'exprime donc pas une réelle proportionnalité des charges. C'est ainsi que Montesquieu est amené à considérer certaines inégalités de taxe fondées sur la distinction du nécessaire, de l'utile et du superflu, comme des conditions de l'égalité même ou de la proportionnalité dans les charges.

Enfin Montesquieu a des vues hardies sur le devoir d'assistance de l'État envers les misérables. Il remarque d*abord que ce qui fait la vraie richesse, c est le travail, et la vraie pauvreté, l'absence de travail, u Un homme n'est pas pauvre, dit-il, parce c qu'il n'a rien, mais parce qu'il ne travaille pas (i). » Il y a des

Page 1