‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 292 sur 358 · Contrat social, II, ni · texte numérisé non relu

Contrat social, II, ni

La volonté vraiment générale et universelle, mise en regard des volontés particulièreS| devient loi. Dans la pratique, on appelle loi l'expression de la volonté présumée générale, et, pour obtenir la présomption la plus forte, on consulte tous les citoyens. « La loi réunissant l'universalité de la volonté et celle « de l'objet, ce qu'un homme, quel qu'il puisse être, ordonne de a son chef n'est point une loi; ce qu'ordonne même le souverain «i [c'est-à-dire la nation] sur un objet particulier n'est pas non plus « une loi, mais un décret; ni un acte de souveraineté, mais de «L magistrature... Les lois ne sont proprement que les conditions de « l'association civile. Le peuple soumis aux lois en doit être Tau- « teur : il n'appartient qu'à ceux qui s'associent de régler les « conditions de la société... Pour qu'une volonté soit générale, il « n'est pas toujours nécessaire qu'elle soit unanime [sur tel ou tel «c objet déterminé] ; mais il est nécessaire que toutes les voix «c soient comptées; toute exclusion formelle rompt la généralité... «c II importe, pour avoir bien Ténoncé de la volonté générale, a que chaque citoyen n'opine que d'après lui (1). »

Il ne faut du reste pas confondre la volonté générale avec son énoncé ; l'une est l'idéal de la loi, qui se confond avec le bien môme de tous ; l'autre est la loi réelle, qui n'est pas toujours bonne. « Ce qui est bien et conforme à Tordre, dit Rousseau, a est tel par la nature des choses et indépendamment des convena tions humaines. Toute justice vient de Dieu, lui seul en est la u source ; mais, si nous savions la recevoir de si haut, nous c( n'aurions besoin ni de gouvernement ni de lois. Sans doute, il (( est une justice universelle émanée de la raison seule ; mais €( cette justice, pour être admise entre nous, doit être réciproque... n II faut donc des conventions et des lois pour unir les droits aux (f devoirs et ramener la justice à son objet... Quand on aura dit <( [comme Montesquieu] ce que c'est qu'une loi de la nature, on « n'en saura pas mieux ce que c'est qu'une loi de l'État (2). » Il est donc entendu que la loi de l'Etat est la volonté générale s'efforçant d'exprimer, par le consentement de tous, ce qui est conforme à la raison. La loi de TÉtat peut être une interprétation erronée de la justice; voilà pourquoi toute loi peut être chaugée, et le peuple doit se réserver le pouvoir de modifier ou d'abroger toutes ses lois, t II est contre la nature du corps politiqueque le souverain

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