‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 3 sur 358 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

le système ainsi perfectionné est cependant insufGsant à Texplication de la réalité, et s'il laisse en dehors de lui des choses que la conscience noas atteste, c'est que le principe du système est incomplet. L'erreur de principe consiste à prendre ainsi une vérité incomplète et partielle pour la vérité totale. — La réfutation de cette seconde espèce d'erreur consiste à compléter un système par un autre vers lequel ses tendances et sa direction propre l'entraînent, et où il trouve son achèvement. De là, la conciliation progressive des doctrines dans leurs parties positives, et leur réduction à l'unité au sein d'une doctrine plus large. — Cette méthode diffère de Y éclectisme ou choix plus ou moins arbitraire de propositions empruntées à divers systèmes. — Elle diffère aussi de la méthode hégélienne, qui finit par regarder l'erreur même comme une partie essentielle de la vérité en identifiant les contradictoires. — La vraie méthode de l'histoire doit être une méthode de justice et de fraternité à regard de ceux qui ont aimé et cherché comme nous la vérité.

Descartes, par une réaction naturelle contre Tautorité des anciens qui avait dominé au moyen âge, dédaignait l'histoire de la philosophie et s'isolait dans la sphère de la réflexion individuelle : — « Je ne veux même pas savoir, disait- il, s'il y a eu des hommes avant moi. » Leibnitz, sans méconnaître la nécessité de la spéculation originale, comprit mieux l'utilité de Thistoire pour le philosophe : « La vérité, disait-il, est plus répandue qu'on ne pense ; <( mais elle est souvent affaiblie et mutilée. En faisant remarquer « les traces de la vérité chez les anciens, on tirerait l'or de la a boue, le diamant de la mine, et la lumière des ténèbres ; et ce a serait perennis quœdam philosophia (1). » Philosopher, en effet, c'est entrer profondément dans sa propre pensée ; mais c'est aussi entrer profondément dans la pensée des autres, et reconnaître l'harmonie des pensées diverses dans la vérité étemelle.

L'histoire de la philosophie ainsi conçue est utile à la fois et pour la philosophie et pour l'histoire générale.

I. L'histoire d'une science ne fait ordinairement pas partie de cette science même; par exemple, l'histoire delà physique n'est point une partie intégrante de la physique. Seule entre toutes les sciences, la philosophie doit renfermer en elle-même, pour être complète, sa propre histoire. C'est que la philosophie et l'histoire de la philosophie ont au fond le même objet : Vesprit réfléchissant sur sa nature, sur son principe et sur sa fin. Ce que chaque individu, par la réflexion philosophique, découvre en soi, l'histoire de la philosophie nous le fait retrouver, comme en une image agrandie, dans les doctrines qui se sont succédé à travers

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