‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 327 sur 358 · Œuvres, IV, p · texte numérisé non relu

Œuvres, IV, p

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ensemble à notre liberté et à notre intelligence, dont la conscience est l'attribut essentiel, «c Cet être éternellement sans conscience, a soleil éternel dans l'empire des esprits, se dérobe à nous par la « pureté même de sa lumière. » Toutefois on peut avoir de Tabsoluy identité des contraires, une sorte d'intuition simple, comme l'extase alexandrine : Schelling l'appelle V a intuition intellectuelle.» A cette intuition, selon lui, la science entière est suspendue.

La science n'est que le premier degré de la vie spirituelle ; audessus est l'art, révélation plus profonde de ce principe absolu où le sujet et Tobjet coïncident.

Eu effet, considérez l'art dans sa partie vraiment inspirée, qui est l'œuvre du génie, non dans sa partie réfléchie et technique, qui est l'œuvre du talent, vous verrez qu'il nous donne le sentiment de l'identité éternelle entre la nature inconsciente et la liberté consciente. D'une part l'artiste inspiré a conscience de son activité productrice, mais d'autre part il n'a pas conscience des moyens qu'il emploie. Quand on analyse le produit de l'art, il semble que la conscience réfléchie en a déterminé toutes les parties, tant elles oSrent une merveilleuse coordination ; et cependant, c'est là une œuvre de pure spontanéité. L'art nous initie de cette manière au secret de la nature, qui, elle aussi, produit sans conscience des choses marquées du caractère de l'ordre, de la sagesse, de la conscience réfléchie. En un mot, le génie de l'artiste, comme la vie de la nature et .le développement de l'histoire, ramène à l'unité le conscient et Tincouscient ; l'intuition esthétique est donc une révélation de l'identité qui existe dans l'absolu entre la conscience et l'inconscience, a Voilà pourquoi l'art est pour le philosophe ce qu'il y a de « plus élevé ; c'est qu'il lui ouvre le sanctuaire où brûle d'une « même flamme, en une primitive et éternelle union, ce qui « existe séparé dans la nature et dans l'histoire, ce qui se fuit « constamment dans la vie et dans la pensée. Ce que nous apte pelons la Nature est un poème dont l'intelligence est impos- <c sible parce qu'il est écrit en caractères mystérieux, mais dans «c lequel, si nous pouvions le déchiSrer, nous reconnaîtrions « l'Odyssée de l'Esprit, qui, livré à une merveilleuse illusion, se « cherchant lui-même, se fuit sans cesse lui-même... Là Nature « est pour l'artiste ce qu'elle est pour le philosophe, le monde idéal u apparaissant sans cesse sous des formes unies, le pâle reflet d'un « monde qui n'est pas hors de sa pensée, mais en lui-même. »

442 LES SUCCESSETfRS DE KANT.

Le comble de l'art, comme celai de la nature, est la grâce, « Après que Tart a donné aux choses le caractère qui leur im- <( prime l'aspect de Tindividualité, il fait un pas de plus : il leur c donne la gràce^ qui les rend aimables, en faisant qu'elles c semblent aimer. Au delà de ce second degré, il n'y en a plus c qu'un, que le second annonce et prépare : c'est de donner aux c choses une âme ; par quoi elles ne semblent plus seulement « aimer, mais elles aiment, i La grâce dans Tart est rezpression de Tâme : c A rapproche de Tâme une douce aurore se répand c sur Tœuvre; les contours se tempèrent et s'adoucissent ; c'est le « moment où naît la grâce. La pure image de la beauté arrivée à c ce degré de développement, c'est la déesse de l'amour. L'esprit « de la nature n'est opposé à l'âme qu'en apparence ; en soi il c est son organe et son symbole. Toutes les autres créatures c sont animées par le seul esprit de la nature ; dans l'homme c seulement apparaît Tâme, sans laquelle le monde serait comme « la nature sans le soleil... L'âme n'est pas dans l'homme leprin- « cipe de l'individualité ; mais c'est précisément ce par quoi il « s'élève au-dessus de tout égoïsme, ce par quoi il est capable de « renoncement à soi, d'un amour désintéressé, et, qui plus est, « de la contemplation et de la connaissance de l'essence des « choses. Elle n'a plus pour objet la matière, et n'est plus en rap- « port immédiat avec elle, mais seulement avec l'esprit, qui est m la vie des choses. Tout en apparaissant dans le corps, elle est « cependant indépendante du corps, dont la conscience n'est en « elle que comme un songe léger qui ne la trouble pas. En ce « sens, l'âme n'est pas une qualité, une faculté, rien de particulier « de cette espèce ; elle ne sait pas, elle est la science même ; elle « n'est pas bonne, elle est la bonté même ; enfin elle n'est pas « belle, elle est la beauté même (1). »

Pourtant, au-dessus même de l'art, Schelling éleva, dans la dernière partie de sa vie, la moralité ou la religion. Cette unité suprême d'où sortent les contraires, et qui apparaît tour à tour dans la nature inconsciente ou dans l'humanité consciente, la première philosophie de Schelling n'en avait donné qu'une idée négative et vide ; sa seconde philosophie en fournit une conception positive, et reconnaît que Tabsolu véritable est la liberté absolue du vouloir. Par là, Schelling revient à Fichte et à Kant.

1. Discours sur le rapport des beaux arts avec la nature, 366, 368.

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