II. - SGHELLING
La nature, avait dit Fichte, est le produit inconscient du moi, ou, ce qui revient au même, le produit de la partie inconsciente du moi ; mais, objecte Schelling, cette partie inconsciente n'est plus vraiment le sujet ou le moi; elle n'est pas non plus l'objet même ou la nature, car, Eant l'a montré, l'objet n'existe pas sans le sujet ; elle est donc un principe antérieur à cette dualité. « Le « moi et le non-moi, la pensée et l'être, dérivent l'un et l'autre « d'un principe supérieur qui n'est ni l'un ni l'autre bien qu'il « soit la cause de l'un et de l'autre : principe neutre, indifférence t< ou identité des contraires (3). » C'est la raison absolue et impersonnelle ; la nature est cette raison en tant qu'existante ; l'intelligence est cette raison en tant que pensante : « L'une se développe suivant la même loi que l'autre (4). » La série de ces développements est l'histoire, « évolution de l'absolu. » Dans l'histoire, il y a harmonie entre les libertés humaines et une nécessité rationnelle qu'on nomme tantôt destin, tantôt providence. Une telle harmonie suppose un principe supérieur tout
1. Le système de Fichte est appelé par les Allemands l'idéalisme subjectif. Il est idéalisme en ce sens qu'il fait de Tidéal le principe de toute existence; et il est idéalisme subjectif, en ce qu'il place cet idéal dans le sujet moral, dans le moi considéré comme absolu. Fichte prend pour point de départ le sujet ou le moi intelligible, et en fait sortir l'objet ou la nature sensible. Schelling va suivre la marche inverse : il va commencer par la philosophie de la nature, non par la philosophie de la liberté ; il va professer un idéalisme objectif. Quant à Hegel, il identifiera absolument la marche de la nature et de la liberté avec le développement de l'idée : il professera un idéalisme absolu,
2. 1775-1854. Né en Souabe, professeur à léna, à Munich, à Berlin. Principaux ouvrages : Philosophie de la nature, 1797; Système de l'idéalisme transcendant al, 1800, traduit par Grimblot; Bruno ou du principe divin et naturel des choses, traduit par Grimblot; Recherches sur la liberté humaine ; Philosophie de la révélation. Voir les Ecrits philosophiques de Schelling, extraits de ses œuvres^ par Ch. Bénard.
3. CEuvres, 1" série, tome X, p. 92. Comparer Spinoza et Plotin.