‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 336 sur 358 · Glaubenslehre, II · texte numérisé non relu

Glaubenslehre, II

l'être préexistant à Tintelligence. Selon Moleschott, auteur de la Circulation de la vie^ selon L. Bùchner, auteur de Force et ma^ tièrcy selon Ch. Vogt, auteur des Scènes de la vie morale et des Lettres physiologiques^ l'absolu ne peut être connu, par la raison qu'il n'y a rien d'absolu. La matière et le mouvement, sans commencement et sans fin, avec leurs propriétés nécessaires, sont la seule réalité. Le tbéisme est ennemi de la science, et le panthéisme n'est qu'un théisme honteux ou un athéisme déguisé. Le mot^de « transcendant d doit être banni du langage philo- 1 sophique, et la métaphysique doit s'absorber dans la physiquel 1 Quant à la liberté morale, toute cette école la nie» et la morale elle-même s'y perd dans la physique.

Ces négations et ces affirmations extrêmes excitèrent en Allemagne une nouvelle forme- de métaphysique, non plus fondée sur des spéculations à priori ou des idées transcendantes, mais sur une interprétation de l'expérience et de l'univers. Est-il impossible de construire une métaphysique expérimentale enfermée dans les limites du monde, qui soit supérieure tout ensemble à l'idéalisme de Hegel et au matérialisme de ses derniers disciples ? — Telle est la question que se proposèrent Schopenhauer et son école, et qu'ils s'efforcèrent de résoudre par un système nouveau de l'univers.

Schopenhauer s'avoue disciple de Kant, dont Hegel s'est écarté. Il admet d'abord les deux tbèses fondamentales de Kant : !<> nécessité de soumettre à la critique l'entendement humain pour en déterminer les limites ; 2* nécessité de ne point dépasser l'expérience et de renoncer à la connaissance dé tout ce qui est « transcendant » comme Dieu. Mais Schopenhauer diffère de Kant en ce qu'il admet que, même dans ce domaine de la pure expérience, une métaphysique est possible, à la condition d'embrasser et de systématiser l'expérience tout entière. Cette métaphysique, dit-il, sera par nature complètement libre de toute théologie ou théodicée, également indifférente au théisme et à

1. 1788-1860. Fils d'un banquier de Dantzig et de Jeanne Schopenhauer, écrivain connu en Allemagne. Principal ouvrage : Le monde considéré comme volonté et représentation {Die Welt als Wille undVorstellung^) 2« édition, 1854.

rathéisme : « elle doit rester une cosmologie et ne jamais devenir une théologie. »

« Elle doit se limiter à ce monde, exprimer complètement ce qu*il est dans son fond le plus intime ; c'est là tout ce qu'elle peut dire loyalement. Voilà pourquoi ma doctrine, quand elle a atteint son point culminant, prend un caractère négatif et finit par une négation... La véritable philosophie est celle qui nous apprend à connaître Tessence du monde et nous r. I élève ainsi au-dessus des phénomènes: elle ne se demande ni d'où vient le ' I monde, ni où il va, ni pourquoi il est, mais simplement ce qu'il est (l). » « Toutes les autres questions sont transcendantes, c'est-à-dire que les formes et les fonctions de l'intelligence ne peuvent servir à les résoudre : l'intelligence est aussi impuissante à leur égard que la sensibilité vis-à-vis des qualités des corps dont le sens nous fait défaut. Fatalement liée à la loi de causalité ou du déterminisme, Fintelligence ne comprend que ce qui est soumis à cette loi. Les métaphysiciens dogmatistes et transcendantalistes, en accumulant les < pourquoi? > les « d'où vient? > oublient que pour quoi signifie par quelle cause, qu'il n'y a des causes et des effets que dans la \ succession des moments du temps [théorie kantienne], que, par conséquent, /vy«^ dans le,.domaine de ce qui échappe à la forme du temps comme de l'espace, ' dans le domaine du transcendant, le pourquoi n'a plus de sens, parce qu'il » n'y a plus ni avant ni après. De tous côtés, la pensée se heurte à des pro- I blêmes insolubles comme aux murs d'une prison... L'essence des choses est inaccessible à l'intelligence, et non-seulement à la nôtre, mais très-probablement à l'intelligence en général; elle est à la fois inintelligible et inintelligente, et Tintelligence n'en est qu'une forme, un appendice, un accident... «-^t j Le «V xai TTâv, la doctrine de l'unité d'essence de tous les êtres, je la partage avec les Éléates, Scot Érigène, Bruno, Spinoza et Schelling; iseulement je me garde d'ajouter: roTrâvOioç; en quoi je me distingue essentiellement des panthéistes. Le 0«ôç des panthéistes est une inconnues par laquelle ils prétendent expliquer le connu. Ma « Volonté », au contraire, est une donnée de l'expérience. Je procède, comme toute vraie science doit procéder, du connu à l'inconnu. La source de toute connaissance pour la métaphysique, c'est l'expérience seule, mais l'expérience interne aussi bien que l'expérience externe. La philosophie ne peut pas se construire avec de pures idées ; essence, substance, être, perfection, ! nécessité, infini, absolu, sont des mots qui semblent tomber du ciel, mais qui, comme toutes les idées, doivent dériver d'intuitions primitives de la conscience... Ma méthode est donc expérimentale, analytique, inductive ; celle des métaphysiciens panthéistes est synthétique et déductive... ! Enfin, le panthéisme est synonyme d'optimisme ; dans mon système, au ^Y contraire, le mal qui est dans le monde est franchement avoué et reconnu en toute sa réalité : mon système se distingue sous ce rapport de la plu-

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