‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 40 sur 358 · V. - DOCTRINES PHILOSOPHIQUES DES HÉBREUX · texte numérisé non relu

V. - DOCTRINES PHILOSOPHIQUES DES HÉBREUX

La Judée n'offre pas non plus de philosophie proprement dite : elle est tout entière absorbée par l'idée religieuse. Néanmoins, on | peut dégager de ses livres sacrés les grandes doctrines philosophiques qui devaient plus tard entrer comme éléments dans la philosophie chrétienne et moderne.

I. La notion dominante chez les Ariens était celle de la substance, qu'ils ne séparaient point de ses modes : ils concevaient Dieu comme la substance du monde, le monde comme l'ensemble des modes dans lesquels Dieu se développe. De là leur tendance au panthéisme.

L*idée dominante chez les Sémites semble plutôt celle de cause : car ils conçoivent Dieu comme une cause indépendante de son efTet, qui est le monde, et séparée de ce qu'elle produit ainsi que l'ouvrier de son œuvre. D'où la personnification de Dieu comme roi, souverain, seigneur, maître tout-puissant. Le plus important . et le plus ancien des radicaux sémitiques exprimant la divinité, et qui est commun à tout le sémitisme, est la syllabe alh qui ) exprime l'idée de Force ou de Puissance. A ce radical se rattachent

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les noms hébreux ou chaldéens de Dieu, iElah, iElohah, et le pluriel Mlohim^ constamment employé avec des verbes au sin* gulier pour signifier la réunion de toutes les puissances dans une personne.

Les Sémites des branches corrompues, Babyloniens, Assyriens, Phéniciens, adorèrent la force brutale ou la force fécondante et génératrice, et se représentèrent les fmissances divines comme multiples. Les Hébreux luttèrent contre ce polythéisme, malgré des chutes fréquentes, et affirmèrent avec énergie l'unité des puis- ' sauces, des GBlohim, en une seule volonté. Sur cette conception des GBlohim, gui enveloppait encore une idée de pluralité, s'enta en quelque sorte la conception plus monothéiste de Jéhovah, mot dont la racine désigne la respiration, la vie, l'être, et qui signifie I Y être qui est et sera^ ou la puissance de Têtre triomphant de la durée.

De cette idée est dérivée celle de la création. Ce n'est plus comme chez les Ariens, par une émanation naturelle et nécessaiie de sa propre substance que Dieu engendre le monde : entre le monde et Dieu il y a un abîme. Le Tout-Puissant n'avait pas I besoin du monde, et s'il Fa créé, c'est par un acte de voWntè^ j absolument libre, dont on ne peut donner d'autre raison que sa liberté même.

La volonté libre est également reconnue chez l'homme : Diea ordonne ou défend par un acte de libre arbitre ; l'homme obéit oti désobéit par un acte de libre arbitre. L'idée de la nécessité nata-* turelle fait donc place à celle de la volonté morale.

II. Des attributs de Dieu naissent les devoirs que la morale mosaïque impose envers lui. Dieu unique, il ne veut pas qu'on ador^ d'autres dieux ; Dieu immatériel, il ne veut pas qu'on le représente sous l'image d'idoles visibles ; Dieu saint, il ne veut pa* que son nom soit pris en vain ; Dieu créateur, il veut qu'après avoir travaillé comme lui on se repose le septième jour. Le* autres devoirs sont relatifs aux hommes, et sont des règles d* justice négative : ne point tuer, ne point voler, ne point com-* mettre d'adultère. Cependant, à ces devoirs d'abstention se joint le devoir positif d'aimer Dieu : « Aimez Dieu de toute votre âme, « de tout votre cœur, de toutes vos forces. » Cette législation Uévère qui veut « œil pour œil et dent pour dent », s'adoucit à l'égard des frères d'Israël, et commande l'amour des pauvres, l'aumône^ la remise septennale des dettes, le prêt sans intérêt/

L'esclave a la faculté de se libérer tous les sept ans. Aai reste, la sanction de ces lois est exclusivement matérielle : bonheur ou malheur temporel, longue ou courte vie, extermination ou punition / » des pères jusqu'à la troisième et quatrième génération. C'est dans ' cette vie môme que les hommes reçoivent leurs récompenses ou leurs peines.

III. La politique des Hébreux fut surtout théocratique. La royauté y est considérée comme un mal et une chute. « Priez, dit « le peuple à Samuel, priez le Seigneur votre Dieu pour vos serti viteurs, afin que nous ne mourions pas : car nous avons encore i

« ajouté ce péché à tous les autres de demander d'avoir un roi. » ^ j ^ (i?ow, xn, 17). « Voici, dit le Seigneur, quel sera le droit du roi t qui vous gouvernera. Il prendra vos enfants pour conduire ses t chaiiots ; il s'en fera des cavaliers pour courir devant son char.. . « 11 se fera de vos filles des parfumeuses, des cuisinières et des t boulangères... Il prendra ce qu'il y aura de meilleur dans vos « champs.. . Il prendra vos serviteurs et vos servantes.. . et la dîme de « vos troupeaux. Vous crierez alors contre votre roi que vous aurez ) « élu, et le Seigneur ne vous exaucera point [Rois^ vm, 11, 19). » On connaît aussi l'apologue du livre des Juges. Les arbres, demandant un roi, s'adressèrent à l'olivier, qui répondit : Je ne quitterai point le soin de mon huile, si douce aux hommes et aux dieux, pour régner sur vous. Le figuier dit qu'il aimait mieux ses figues que l'embarras du pouvoir suprême. 11 en fut de même de la vigne et des autres arbres excellents. Enfin le chardon, qui n'était bon à rien, se fit roi, parce qu'il avait des épines et qu'il pouvait faire du mal.

IV. Avec les siècles, les idées de bienveillance et de charité firent . des progrès sensibles dans les écoles juives. Un des moralistes les plus remarquables de la Judée fut Hillel l'Ancien qui appartenait à l'école pharisienne, et qui vivait un siècle avant Jésus-Christ. « Ne fais pas à autrui, disait-il, ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît. » « Soyez des disciples d'Aaron, aimant la paix et la recherchant sans cesse, aimant les hommes ! » « Dieu est grand par sa miséricorde ; sa justice doit toujours incliner vers la clémence. » « Cesser d'accroître sa science, c'est la diminuer ; refuser de s'instruire, c'est être indigne de vivre. » « Ne dis pas : lorsque j'en aizrai le loisir, je me livrerai à l'étude, peut-être ce loisir te

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0era«t-il toujours refusé. L'ignoraot ne craint point le pëdié ; rhomme sans lumière ne saurait avoir la vraie piété (!}• »

Alors se formaient les sectes des esséniens et des thérapeutes,

qui enseignaient une morale austère et contemplativei toute de

douceur et de charité, en même temps que les théories meta-

«^ '* -' , physiques d'où devait sortir plus tard la doctrine mystérieuse {

V, ...</» r appelée Kabbale, ou transmission orale de la sagesse divine. C'était

< :,/;.•/' comme l'aurore du christianisme.

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