PHILOSOPHIB GRECQUE AVANT SOCRATE
t-il pas ? Si doac oa demande la forme visible que prend le devenir dans l'univers, le phénomène matériel par lequel il s'exprime, co n'est pas Teau, comme l'a cru Thaïes, ce n'est pas Tair, comme Ta cru Diogène : c'est le feu.
Seulement, il ne faut pas se méprendre sur la vraie nature de ce feu. N'entendons pas par là le feu grossier que nos yeux aperçoivent, mais un feu subtil qui échappe aux regards. Ce feu n'est pas même matériel ; ou plutôt il est à la fois matière et intelligence : car ces deux choses sont indivisibles dans l'universel devenir d'où tous les phénomènes procèdent. C'est donc un feu vivant^ TrOp oui Eûov ; un feu intelligent {nOp votpév) ; « un feu divin qui gouverne toutes choses sans s'éteindre jamais. »
Aussi ne faudrait-il pas croire que la doctrine d'Heraclite fût uue doctrine d'inertie et de mort, expliquant toutes choses par un mécanisme vide de pensée et de vie ; c'est au contraire un système qui met l'activité partout, le repos nulle part, c'est-à-dire un dynamisme universel.
L'activité mobile, dont lemouvement n'est que la forme visible, est, selon Heraclite, un « désir » éternel de vivre, et un « dégoût » éternel de vivre (1). Désir qui est toujours rassasié et qui n'est jamais rassasié I Le feu animé par ce désir, produit ; et, las d'être devenu quelque chose, détruit.
Nous venons de voir la philosophie d'Heraclite, dans ses principes, se ramener à deux points : instabilité éternelle, et stabilité de cette instabilité même.
Ce qui est stable n'est pas le mouvement ou le devenir, mais la loi du mouvement. Alors se présente une nouvelle question : — Quelle est cette loi qui régit le mouvement même ?
Le mouvement ou devenir consiste à être et à n'être pas ; sa loi est donc l'union des contraires, fxîÇtç twv Ivavrtwv, ou la conciliation des différences : « Tout se sépare et se réunit. » — « C'est là, dit « Aristote, ce que nous lisons dans l'obscur Heraclite : — Unis ft tout et non tout, ce qui se joint et ce qui se sépare, le conson- <i nant et le dissonnant; fais de tout un, et d'un, tout (2). » Identité mobile des contraires, telle est la suprême loi. Aussi peut-on dire que « l'être n'est pas plus que le non-être », car l'être