Philon, Allegor,, leg. m, p
i. Du monde, 396 d.
PREMIERS PHILOSOPHES DE l'ÉGOLE IONIENNE. 35
et le non-être ne font qu'un dans ce qui est et n*est plus, dans ce qiii devient. De là l'universelle « contradiction » qui est en toutes choses.
La conciliation des contraires est une harmonie. Ici, nous retrouvons le poète sous le métaphysicien. Ce qui produit Thar- TDonie, dit Heraclite, c'est l'opposition d'une chose avec ellemême : «Tout, en se divisant, se réunit, comme l'harmonie de l'archet et de la lyre. » A cette image de la lyre, Heraclite joignait encore celle de Tare, où la corde tendue et détendue s'oppose et s'unit tour à tour au demi-cercle qui la soutient (1).
Puisqu'il n'y a point d'harmonie sans l'opposition des forces, la guerre est la mère de toutes choses : nohiioç Ttarifip Trâvrwv. « Hérac< dite reprochait à Homère d'avoir souhaité la fin de toutes les <r querelles des dieux et des hommes; car, s'il en était ainsi, tout « périrait, parce qu'il n'y a point d'harmonie sans aigu et sans « grave, et rien de vivant sans mâle et sans femelle, qui sont des « contraires (2). » Ce monde, fils de la guerre, où toutes les formes \ sont tour à tour produites et détruites, « est comme le jeu d'un i enfant sur le sable. »
Heraclite, pour faire entrer sa pensée dans l'esprit comme de vive force, la pousse jusqu'au paradoxe : il heurte le sens commiinpour le contraindre à la réflexion. Il proclame l'identité des i contradictoires. Le même être est vivant et moit ; il veille et il dort, il est jeune et vieux (3). » En outre, nous vivons de la mort des uns et nous mourons de la vie des autres ; pour parler plus énergiquement, nous vivons leur mort et mourons leur vie. Ainsi se mêlent toutes choses en une t harmonie cachée », â/)ptovt«
Cette loi de contradiction et d'harmonie a pour caractère d'être une « loi fatale », ime nécessité armée. Mais, en même temps qu'elle est une fatalité, elle est une justice, ^Un. Voilà pourquoi le cours des choses est réglé. Si le soleil, par exemple, transgressait les lois de sa course, les Erynnies viendraient au secours de la justice, et il y aurait une nuit éternelle (4).
Enfin, pourquoi y-a-il de la justice dans la nécessité, sinon parce qu'au fond la nécessité est une pensée intérieure au devenir, et qui le gouverne du dedans ?