‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 50 sur 358 · PHILOSOPHIE GRECQUE AVANT SOCRATE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE GRECQUE AVANT SOCRATE

Cette loi fatale, cette justice armée, cette pensée gubernatrice est divine ; elle est Dieu même. Dieu n'est pas en dehors et audessus de cette unité des contraires, il est cette unité : Dieu estnn « jour- nuit », c'est un « été-hiver », c'est une «guerrepaix », c'est un « rassasiement-faim ». « On peut l'appeler ou ne pas l'a ppeler Jupiter (1). »

II. Cette métaphysique se changeait aisément en physique, ou plutôt elle était déjà une physique. Les choses opposées ne faisant qu'un selon Heraclite, la pensée et le feu se confondent : la pensée est pour ainsi dire un feu intelligible, et le feu une pensée sensible.

Au commencement idéal des choses, le feu spirituel a produit, par une dégradation et une extinction immédiate, le feu sensible. Le feu primitif, à vrai dire, n'est pas un principe déterminé ni une substance fixe; c'est un principe indéterminé qui se détermine éternellement lui-même : c'est quelque chose de vivant et de mouvant. Il devient tout et tout devient lui. Il s'éteint et « meurt en eau, en air, en terre », puis renaît ; la terre meurt en eau, l'eau en air, l'air en feu. Il y a ainsi une double route, « en haut et en bas », que suivent toutes les formes du feu.

La seule chose immuable, ce n'est donc pas une substance permanente, mais une quantité, une valeur. La valeur du feu, en efTet, est toujours la même : il se change en une chose, puis en une autre, puis revient à sa première forme, et dans toutes ces méta- 1 morphoses, la quantité demeure toujours identique. C'est une transformation réciproque et un commerce perpétuel entre les choses : tout se convertit en feu et le feu en tout, comme l'or qui s'échange contre tout et contre lequel tout s'échange.

Eternel est ce mouvement qui emporte les choses ; éternel est le monde qu'il produit. Les formes seules passent, mais elles ne passent que pour revenir et elles ne ]feviennent que pour passer encore. De là un rhythme universel et une série de périodes en toutes choses. « Le monde, conclut Heraclite, ce n'est ni un des « dieux ni un des hommes qui l'a fait, mais il a été, il est, et il « sera ; feu toujours vivant, qui s'allume en'mesure et s'éteint en « mesure (2). » Un jour V « embrasement » de l'univers consumera tout ; mais cet' embrasement universel ne sera pas un terme

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