‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 62 sur 358 · PHILOSOPHIE GRECQUE AVANT SOCHATE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE GRECQUE AVANT SOCHATE

« Les choses dissemblables, hétérogènes, qui ne sont pas sou- « mises aux mêmes lois, doivent nécessairement, dit Philolaûs, < être liées entre elles par l'harmonie pour pouvoir former un <f monde bien ordonné. » Or, la cause de cette harmonie et le principe des nombres est Dieu.

Dieu est l'unité primitive, « source de l'éternelle Nature ». Il est représenté symboliquement, tantôt par l'Un, tantôt par la décade, la tétrade ou la triade, qui sont les nombres les plus parfaits. € L'Un est le principe de tout, dit Philolaûs. Il y a un Dieu « qui commande à toutes choses, toujours un, toujours seul, « immobile, semblable à lui-même, différent du reste (1). »

Dieu est le principe de l'être, puisque tout l'être est dans les nombres ; il est le principe de la pensée, puisque toute vérité est dans les nombres et que sans les nombres il n'y a point de connaissance possible. En lui sont réconciliés tous les contraires. Le bien et le mal lui-même sont enveloppés dans le premier Principe ot ne se développent que dans le monde. Cependant le premier Principe est plutôt bon que mauvais, le mal étant quelque chose de négatif et de relatif, tandis que le bien est positif et absolu.

IV. Les spéculations pythagoriciennes, une fois dépouillées des erreurs qui ne leur sont point essentielles, expriment un des grands asp3Cts de la Nature : le nombre, le rhythme, l'harmonie. Il est certain que tout ce qui tombe sous les lois de la quantité, — et la liberté morale est peut-être la seule chose qui n'y tombe pas, ^ est assujetti par cela même aux lois du nombre ; il est certain aussi que c*est le nombre qui introduit dans les choses le rhythme, et que le rhythme engendre Tharmonie. Plus la science fait de progrès, plus elle découvre de rhythme dans les choses ; on admet même aujourd'hui que tout le mouvement est rhy thmique, c'est à-dire soumis à des alternativjs régulières qui font tour à tour avancer et reculer le mobile, comme le pendule qui oscille ou la vague qui ondule. L'ondulation est le rhythme universel, comme l'harmonie des sons n'est qu'une ondulation sensible à l'oreille, ne peut-on pas dire véritablement avec les Pythagoriciens : — Le monde entier est une harmonie et une musique ; le monde entier est un nombre ?

1. Stobée, Ed., i, 4613, Boeckh, Philolaûs, n<^* 4, 3, 9, 18, 19. Jamblique, ad Nicostrati arithmeticam, 109.

éCOLBS IDÉALISTES. — PTTHAGORB. 49

Ce qu'on peut reprocher aux Pythagoricieus, ce sont d'abord des applications inexactes de ce principe. Ils ont prétendu expliquer par des nombres simples des choses d'une complication infinie ; ils n*ont pas vu que chaque phénomène est le produit des lois mathématiques les plus multiples. Mais ces erreurs d'application ne sont point essentielles au principe.

La viaié erreur des Pythagoriciens, c'est d'avoir cru que leur princijje sujfisait pour l'explication de toutes choses. Les nombres ne sont rien sans la pensée qui les conçoit et sans l'activité ou la volqnté qui les réalise.

Le principal défaut de la philosophie pythagoricienne, dit Hegel, c'est de laisser sans véritable explication le mouvement, la vie, le concret. Un même nombre y sert à déterminer tour à tour une sphère céleste, une vertu, un phénomène quelconque, et n'exprime jamais qu'une différence de quantité abstraite : c'est comme si l'on disait qu'une plante est cinq parce qu'elle a cinq ètamines. « Ce formalisme laisse la réalité en dehors. *

De même que la volonté et la liberté, le bien est irréductible au nombre ; les mathématiques peuvent être utiles à la morale, elles ne seront jamais la morale elle-même. Aussi le dieu des Pythagoriciens n'est-il pas encore un dieu véritablement moral ; on ne peut même pas l'appeler l'éternel mathématicien qui, comme dit Leibnitz, en calculant, produit le monde : Dutn Deus calculât, fit ffiundus. Le dieu des Pythagoriciens, en effet, n'est pas une personne, mais je ne sais quelle unité confuse qui enveloppe en elle les contraires, le mal avec le bien. C'est encore un germe qui se développe et dont le monde n'est que l'évolution mathématique ; nous ne sommes donc pas encore entièrement sortis du panthéisme primitif. Cependant la pensée, absorbée par les Ioniens dans les objets extérieurs, se rapproche d'elle-même avec les Pythagoriciens : les mathématiques sont plus près de la logique que la physique ; elles sont la logique de la quantité, c'est-à-dire la première et la plus imméûiate application des lois de la pensée aux choses extérieures. Aussi, du point de vue . mathématique, la pensée va bien tôt se replier vers le point de vue logique et intellectuel ; après avoir placé l'être dans le nombre, la philosophie va placer l'être dans la pensée, dont le nombre n'était encore qu'une image extérieure. Ce nouveau progrès est accompli par l'école d'Elée.

te PlftLOSOPltlE GRECQUE AVANT 80GRATÉ.

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