‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 65 sur 358 · ÉCOLES IDÉALISTES. — PARMÉNIDE · texte numérisé non relu

ÉCOLES IDÉALISTES. — PARMÉNIDE

« Il n'est pas admissible que l'être ne soit pas sans bornes (àTiXivmrôv),

« Car il est l'être, à qui il ne manque rien,

« Et s'il ne Tétait pas, il manquerait de tout (1). »

La comparaison avec la sphère se retrouve chez presque tous les philosophes anciens ; il faut entendre par là la sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence nulle part^ c'est-àdire Timmensité. Il est donc difficile d'appeler, comme on l'a fait, cette conception de l'Être un, immense, immobile et éternel, un naturalisme raffiné.

Mais d'autre part a-t-on raison de dire, comme on le dit souvent, que l'unité de Parménide est une unité abstraite, supérieure non-seulement à la pensée^ mais à Vêtre même ? — Rien de plus inexact, comme 1^ prouvent les fragments qui précèdent. Parménide ne part point de l'idée d'unité ; il ne fait qu'y aboutir, en posant l'être absolu : « L'être est, le non-être n'est pas, tu ne sortiras jamais de cette pensée. » C'est de l'être réel e^ vrai qu'il parle sans cesse ; il est, comme le sera plus tard Spinoza, ivre de l'être. Son nnité n'est ni abstraite et vide, ni matérielle. Elle est Dieu même au sein duquel Parménide se transporte par la pensée, et d'où il prétend que rien ne peut sortir. — Comment pourrait-il exister autre chose que Dieu, c'est-à-dire l'être qui est ? — Voilà la question que se pose Parménide, et qu'il résout négativement.

Son Dieu n'est pas plus au-dessus de la pensée que de l'être ; car il est la pensée même dans son absolue unité avec l'être.

• La pensée, dit Parménide, est la même chose que l'être.

« 11 faut que la parole et la pensée soient de l'être, car l'être existe et * le non-être n'est rien (2)...

« La pensée est identique à l'objet de la pensée (Twutôv èari vofiîv ti nai « oûvexeiv IffTt vôîfîfxa) (3).

« Ea effet, sans l'être, sur lequel elle repose,

« Vous ne trouverez pas la pensée;

" Car rien n'est ni ne sera excepte l'être (4). »

Toute distinction entre le sujet pensant et l'objet pensé ramènerait la dualité ; Parménide la supprime donc dans l'absolu et énonce expressément l'identité éternelle de la pensée et de l'être.

[• V. 82 et suiv.

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' Si rôtre est seul, qu'est donc le monde ? Ou le monde n'est pas, ou il n'est que l'apparence trompeuse de rétre véritable. A vrai dire, la multiplicité sensible, en tant que telle, n'existe pas. Parménide compare l'opinion incertaine à la nuit, mère de l'erreur, et la vérité à la lumière du jour.

La seconde partie de son poème, sur la physique (rà wpl^ iô^ov), est une simple concession faite aux mortels amoureux de l'apparence. Aristote n*aura pas de peine à montrer que cette concession est une contradiction véritable, et que ce panthéisme aboutit au dualisme. « Forcé de se mettre d'accord avec les faits, et, en c admettant Tunité par la raison, d'admettre aussi la pluralité « par les sens, Parménide en revint à poser deux principes et « deux causes : le chaud, qu'il rapporte à l'être ; et le froid, qu'il € rapporte au non-être (1). »

En définitive, Parménide aboutit logiquement à l'indétermination absolue du premier principe pour l'intelligence humaine, et il se condamue à répéter sans cesse cette formule stérile : l'être est, ou « Tun-un. » Heraclite niait l'être et affirmait le devenir : Parménide nie le devenii* et affirme l'être. L'être, pour Heraclite, était un océan de feu toujours en mouvement ; pour les Éléates, c'est comme un océan de glace à jamais immobile.

III. Zenon (2) développa toutes les conséquences de ce système. Son plus fameux ouvrage, lu par lui à Athènes, avait pour objet de défendre la doctrine de Parménide contre les Ioniens, partisans de la multiplicité et du devenir. « Mon ouvrage, dit Zenon dans le « Parménide de Platon, répond aux partisans de la pluralité et leur « renvoie leurs objections, et même au delà, en essayant de dé- « montrer qu'à tout bien considérer, la supposition que la plurale lité est, conduit à des conséquences encore plus ridicules que « la supposition que tout est un (3)... Par exemple, si les êtres

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