‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 67 sur 358 · ÉCOLES IDÉALISTES. — ZENON · texte numérisé non relu

ÉCOLES IDÉALISTES. — ZENON

« sont multiples, il faut qu'ils soient à la fois semblables et dis- « semblables entre eux (1). »

Ce qu'il y a de plus remarquable dans la doctrine de Zenon, c'est son argumentation subtile et profonde contre la réalité du mouvement, et en général, contre la réalité de la matière.

Cette notion de la matière qui semble si évidente et si claire à la foule, Zenon la soumet à sa vigoureuse analyse et il la résout en un amas de contradictions. Tous les éléments de cette idée, espace, temps, changement dans le temps, mouvement dans l'espace, sont incompréhensibles et contradictoires.

D'abord, la matière est-elle divisible à l'infini dans l'espace en parties non-étendues ; il faudra dire alors que des zéros d'étendue ajoutés à des zéros d'étendue finissent par faire de l'étendue I Est-elle divisible en un nombre fini d'atomes étendus ? Mais ces atomes étendus seront eux-mêmes divisibles.

Quant au temps, il se compose d'instants indivisibles et sans durée qui, ajoutés l'un à l'autre, finissent par faire une durée !

Le changement dans lé temps se comprend-il mieux ? Changer, c'est n'être ni ce qu'on était ni ce qu'on sera ; on n'est plus ce qu'on était, autrement il n'y aurait pas eu de changement; on n'est pas ce à quoi on tend, car il n'y aurait pas besoin de

changement. On n'est donc rien !

Ëûôn^ le mouvement dans l'espace est inadmissible comme réalité absolue. Sans doute nous voyons des apparences de mouvement, Zenon ne le conteste pas, et ce n'est point répondre que de le faire à la manière de Diogène le cynique : en marchant. La question est de savoir si le mouvement est une réalité, non une apparence. Eh bien, essayez d'en faire une réalité, comme le voulait Heraclite : vous voilà entraîné de contradictions en contradictions.

Premier argument : — Pour aller d'un point à un autre, il faut parcourir d'abord la moitié de l'espace, et aussi la moitié di^ temps ; mais avant de parcourir cette moitié, il faut parcourir la moitié de la moitié, et ainsi de suite à l'infini. Vous voilà obligé d'épuiser préalablement une infinité de positions intermédiaires, de finir cette infinité. Peu importe que l'espace soit petit ou soit grand ; vous devez parcourir une infinité de points et une infinité d'instants dans un espace fini et un temps fini. Le second argument est resté célèbre sous le nom de Y Achille.

Achille aux pieds légers n'atteindra pas une tortue, le plus lent des animaux. En effet, pour que le plus lent puisse être atteint par le plus rapide, il faut que la distance intermédiaire soit d'abord franchie ; mais pendant ce temps, la tortue prend nécessairement une certaine avance, qui doit être de nouveau franchie par Achille, et ainsi de suite à l'infini : la tortue aura toujours une avance de plus en plus petite, jamais nulle. — On répond que, le temps se divisant de la même manière que l'espace, Achille pourra en un temps limité franchir l'intervalle ; mais la dijBB.culté est la même pour le temps, dont il faut toujours parcourir une infinité de parties.

Troisième argument : La flèche qui vole est immobile. En effet, elle ne se meut pas dans le lieu où elle est actuellement, puisqu'elle y est ; elle ne se meut pas davantage dans le lieu où- elle n'est point encore, puisqu'elle n'y est pas. Où donc se meut-elle ? Nulle part. Elle est à chaque instant immobile dans cha^que lieu qu'elle occupe, et son prétendu mouvement est une succession de repos.

De tous ces laisonnements, Zenon tire cette conclusion : — Le mouvement est tout relatif et illusoire.

Tant qu'on ne pourra pas définir d'une manière absolue le changement de lieu, on ne pourra répondre d'une manière satisfaisante à ces arguments de Zenon, qui reposent, comme on le voit, sur Tincompréhensibilité de la division à l'infini et des quantités continues.

La dialectique de Zenon fut un rude coup porté aux adorateurs de la matière, qui voulaient tout expliquer par des changements de rapports dans l'espace et dans le temps ; leur explication est elle-même ce qu'il y a de plus inexplicable. Il faut donc, selon Zenon, sortir de l'espace, du t^mps et du mouvement, pour poser la vraie' existence dans une sphère supérieure. Une existence qui serait tout entière dans lespace, dans le temps et dans le mouvement ne serait pas.

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