EUCLIDE
(École Cyrénaïque, école Cynique, école deMégare.)
Aristippe de Cyrène fut le disciple infidèle de Socrate ; on lui reprochait son amour du luxe et de la volupté, et le salaire qu'il recevait pour son enseignement.
Selon Socrate, le but de la vie est le bonheur atteint par la raison ; selon Aristippe, un tel but peut échapper même aux plus raisonnables, qui sont exposés à des maux naturels et nécessaires, ainsi qu'à la mort. Poursuivre le bonheur, c'est donc poursuivre un but incertain, qui peut nous échapper. En outre, pour le poursuivre, il faut songer sans cesse à l'avenir, et par là, se faire Tesclave du temps qui n'est pas encore. Cette attention perpétuelle à Tavenir change la vie en un désir perpétuel du bien qui n'est pas encore. Or, le désir est un esclavage. Comment donc retrouver sa liberté ? En ne songeant qu'au présent, sans regretter le passé et sans désirer l'avenir, et en jouissant du plaisir actuel sans prétendre à un bonheur qui n'est pas en notre pouvoir. Le bonheur ne vaut que par les plaisirs dont il se compose, et le plaisir ne vaut que par sa présence immédiate, qui fait qu'on .en jouit. Voilà donc le bien: 'c'est le plaisir dont je jouis actuellement, libre du souci de l'avenir. La sagesse, c'est de mettre le présent à profit par la raison ; le courage, c'est de se délivrer du désir et du regret ; la tempérance, c'est de modérer ce mouvement de l'âme qui constitue le plaisir actuel (t^ov*ï tv xtvwt); car le plaisir est. un doux mouvement comparable à celui de la mer
par un vent favorable, tandis que la peine est un mouvement violent comme la mer orageuse.
Un autre disciple de Socrate, l'Athénien Antisthène, oppose aux molles doctrines des Cyrénaïques une morale fondée sur la force et refTort.Aristippe croyait que la peine, irôvo;, est un mal; la peine, au contraire, c'est-à-dire le travail, Tactivité luttant contre les obstacles, est pour Anlislhène un bien : c'est la vertu. Le modèle de la vertu est Hercule, le héros de la force morale. Le lieu où Antisthène et ses disciples se réunissaient était le Cynosarge^ consacré à Hercule, et c'est du nom de ce lieu, probablement, qu'ils prirent d'abord leur nom de Cyniques. Dans leur costume même, ils s'efforçaient de représenter Hercule ; ils n'avaient d'autre vêtement qu'un manteau , qu'ils portaient l'épaule droite découverte, comme si c'eût été la dépouille du lion de Némée. Suivre la Nature, voilà la vertu ; car la Nature est le seul vrai dieu et le souverain bien. Tout ce qui est naturel est donc bon. « Formule spécieuse, d'où suivait ce mépris de toute bienséance, cette impudence choquante tant reprochée aux cyniques et qui n'est qu'une conséquence outrée du principe sur lequel Tantiquité païenne reposait: la divinité de la Nature (1). »
L'école de Mégare s'occupe surtout de dialectique et combine la méthode de Socrate avec celle des Éléates. Le chef de cette école est Euclide de Mégare. La subtilité des Mégariques fut telle qu'ils finirent par retomber dans la sophistique. Les vrais Socratiques furent Platon et son disciple Aristote.
1. Ravaisson, Essai sur la métaphysique d* Aristote , II, 119.