‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 88 sur 358 · I. -^ DIALECTIQUE DES PENSÉES. THÉORIE DES IDÉES · texte numérisé non relu

I. -^ DIALECTIQUE DES PENSÉES. THÉORIE DES IDÉES

Le monde sensible n'est qu'un monde d'apparence, et les sens ne nous font connaître que des ombres. Allégorie de la caverne. La dialectique est la marche par laquelle l'esprit s'élève des apparences passagères aux réalités éternelles. - D'abord, entre les phénomènes particuliers et variables, l'esprit aperçoit des rapports qui sont les lois générales et constantes de la nature. Les individus passent, les espèces subsistent, réali^saot toujours le même type, par exemple celui de la fleur, de l'animaL-de l'homme. — Celte constance des lois et des types généraux dans la nature doit avoir sa raison dans le Principe suprême d'où tout

t. Platon naquit à Athènes (d'autres disent à Eginc) vers la 87™* olympiade; c'était l'époque de la mort de Périclès. et déjà commençait la guerre du Péloponèse (Diogéney 1. III, 3). Sur la jeunesse de Platon, on sait fort peu de chose, ou du moins fort peu de vérité. Il est cependant à peu près certain qu'il s'adonna à la poésie et composa plusieurs poèmes épiques ou dithyrambiques; on prétend même qu'il avait fait une tragédie et allait la présenter au concours ; mais, après avoir entendu Socrate, il brûla tous ces essais de sa première jeunesse, et se consacra entièrement à la philosophie. Il ne se borna pas à écouter passivement les leçons de Socrate: même avant la mort de celui-ci, il avait déjà écrit, dit-on, le Phèdre et le Lysis {Diog,, 1. III, 35, 38; Olymp,, Vie de Platon). On connaît la phrase plus ou moins authentique que Socrate prononça après la lecture d'un de ces dialogues: u Que de choses ce jeune homme me fait dire auxquelles je n'ai jamais pensé I »

Lorsque Socrate fut accusé par Mélitus, Platon se voua tout entier à la défense de son maitre. Il emplova tous les moyens possibles pour le sauver, et, en dernier recours, il s adressa à ce peuple pour l'ignorance duquel il professa plus tard tant de mépris. Il avait préparé un discours en faveur de Socrate ; mais on l'arracha de la tribune et on lui imposa silence. — Après la condamnation et la mort de son maître, Platon s'exila lui-même. Il alla à Mégare, auprès d'Euclide {Diog., 1. Il, 1U6) ; puis à Cyrène, auprès du géomètre Théodore, qu'il avait déjà connu à Athènes. On raconte qu'il visita aussi la Grande-Grèce, et même l'Egypte (Cicéron, De finibi^^ V, 29). Il passa aussi quelcjue temps en Sicile, auprès de Denys l'Ancien, et il ne tarda pas à l'irriter par sa franchise. Après plusieurs années d'absence, Platon revint enfin dans sa patrie, et ouvrit sa célèbre école dans les jardins d'Académus. A partir de ce moment, il se consacra exclusivement à la philosophie^ professant et écrivant tour à tour. C'est dans cette dernière époque de sa vie qu'il composa la l'iupart de ses dialogues. Il mourut à l'âge de quatre-vingt un ans, dans la i08"»« olympiade, écrivant encore, au dire de Cicéron {De Senectute, V,13).

dérive. — Nature des Idées, — Ce priacipe renferme éternellement en lui ce qui rend possible la fleur, ranimai, l'homme. II possède en lui, sous une rorme supérieure, toutes les perfections qui -ne sont réalisées

3u'incomplétement dans la fleur, dans Tanimal, dans l'homme ; eo 'autres termes, il réalise éternellement en lui-même l'idéal de chaque espèce d'être. L'idéal d*un objet éternellement réalisé dans le principe de l'être s'appelle l'Idée de cet objet, par exemple l'Idée de Thomme, ou l'homme en soi, ou l'homme éternel. — Carctctères de l'Idée. — Perfection ou pureté sans mélange, existence absolue, éternité, immutabilité — B.a'pports des Idées aux objets. — L'Idée est pour les objets le principe de l'existence : exister, ce n'est autre chose que participer aux Idées. Chaque homme, par exemple, n'existe que par sa participation à l'Idée de l'humanité, comme la copie n'existe que par sa ressemblance au modèle. — Rapport des Idées à la pensée. — Les Idées sont pour la pensée le principe de la connaissance. Connaître, c'est yoir les choses dans leurs Idées et dans l'Idée des Idées qui est TUnité suprême, ou je Bien suprême, ou Dieu. Dieu est le soleil des esprits, d*où dérive à la fois Tintelligibilité et l'intelligence.

II. — DIALECTIQUE DES SENTIiENTS. THÉORIE DE L'AiOUN DU BIEN.

11 y a deux degrés dans l'amour, l'un correspondant au monde sensible, 1 autre au monde intelligible, la Vénus terrestre et la Vénus céleste. Tout amour, comme toute pensée, a son principe et sa un dans le bien. On aime dans les êtres leurs qualités, conséquemment leur participation aux Idées et au Bien : ou plutôt, ce sont les Idées, c'est le Bien même qu'on aime en eux. L'amour de Dieu est le fond de tout amour, comme la pensée de Dieu est le fond de toute pensée. L^amour, par une marche dialectique analogue à celle de l'intelUgence, s'attache d'abord à la beauté des formes, puis à la beauté des âmes, j qui se révèle dans les belles actions, dans les beaux sentiments, dans les belles pensées. L'amour, s'élevant ainsi de beauté en beauté, ne peut trouver de repos que dans la contemplation de la beauté éternelle.

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