ET DE LA CONCILIATION DES SYSTÈMES
L — UTILITÉ OE L'HISTOIRE DE U PIIIL0S8PNIE POOB LA PHILOSOPHIE. 1* L'histoire de la philosophie fait partie de la philosophie même, parce qu'en réalité elle n*a poiat un objet différent de la philosophie : son objet est toujours ïespritj réfléchissant sur sa propre nature, sur son principe et sur sa fin. — 2<> L'histoire de la philosophie corrige ou prévient Terreur, confirme ou complète la vérité.
U. - UTILITÉ DE L'HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE POUR L'HISTOIRE EH 6ÉHÉRAL. L'histoire générale doit remonter des actions de Thumanité à leurs causes ; ces causes sont les idées morales, religieuses et scientifiques ; ces idées ont leur plus haute expression dans la philosophie. — Le progrès de la spéculation dirige les autres progrès de Thumanité, si bien que les théories les plus élevées et les plus éloignées en apparence de la pratique en sont réellement les plus voisines. — L'histoire de la philosophie est l'histoire de la conscience réfléchie que l'humanité acquiert d'elle-môme.
III. — DE LA lÉTHOOE DE GOHCILIATIOH DANS L'HISTOIRE DE U PHILOSOPHIE. Que rbistorien doit l* comprendre, 2» apprécier. — Pour comprendre, il faut se placer au point de vue d'autrui et non à son propre point de vue, entrer dans la pensée des autres plus profondément qu'euxmêmes, s'il est possible, la pousser plus loin qu'eux pour en bien apercevoir la direction, s'attacher à l'esprit en même temps qu'à la lettre, aux parties supérieures des systèmes plutôt qu'aux parties inférieures, aux vérités plutôt qu'aux erreurs. La grande critique est celle des beautés, non des défauts.
Pour apprécier, il faut corriger les erreurs et concilier les vérités.
Les erreurs portent sur les conséquences ou sur les principes. — Les erreurs de conséquences doivent être rectifiées au moyen des principes du système, sans sortir du système lui même; on complète ainsi et on perfectionne le système avec les propres ressources qu'il fournit. — Si
[ INTRODUCTION
le système ainsi perfectionné est cependant insuffisant à rexplicaiîon de la realité, et s'il laisse en dehors de lui des choses que la conscicace noas atteste, c'est que le principe du système est incomplet. L'erreur de principe consiste à prendre ainsi une vérité incomplète et partielle pour la vérité totale. — La réfutation de cette seconde espèce d'erreur consiste à compléter un système par un autre vers lequel ses teiidances et sa direction propre l'entraînent, et où il trouve son achèvement. De là, la conciliation progressive des doctrines dans leurs parties positives, et leur réduction à l'unité au sein d'une doctnne plus large. — Cette méthode difière de Vielectisme^ choix plus ou moins arbitraire de propositions empruntées à divers systèmes. — Elle diffère aussi de la méthode hégélienne^ oui Qnit par regarder l'erreur même comme une partie essentielle de la vérité en identiGant les contradictoires. — La vraie méthode de Thistoire doit ôtre une méthode de justice et de fraternité à l'égard de ceux qui ont aimé et cherché comme nous la vérité.
Descartes, par une réaction naturelle contre l'autorité des anciens qui avait dominé au moyen âge, dédaignait l'histoire de la philosophie et s'isolait dans la sphère de la réflexion individuelle : — « Je ne veux même pas savoir, disait- il, s'il y a eu des hommes avant moi. » Leibnitz, sans méconnaître la nécessité de la spéculation originale, comprit mieux l'utilité de l'histoire pour le philosophe : « La vérité, disait-il, est plus répandue qu'on ne pense ; « mais elle est souvent affaiblie et mutilée. En faisant remarquer € les traces de la vérité chez les anciens, on tirerait l'or de la € boue, le diamant de la mine, et la lumière des ténèbres ; et ce € serait perennis quxdam philosophia (I). » Philosopher, en effet, c'est entrer profondément dans sa propre pensée, mais c'est aussi entrer profondément dans la pensée des autres, et reconnaître rharmonie des pensées diverses dans la vérité éternelle.
L'histoire de la philosophie ainsi conçue est utile à la fois et pour la philosophie et pour l'histoire générale.
I, L'histoire d'une science ne fait ordinairement pas partie de cette science même ; par exemple, Thistoire de la physique n'est point une partie intégrante de la physique. Seule entre toutes les sciences, la philosophie doit renfermer en elle-même, pour être complète, sa propre histoire. C'est que la philosophie et l'histoire de la philosophie ont au fond le môme objet : Vesprit réfléchissant sur sa nature, sur son principe et sur sa fin. Ce que chaque individu, par la réflexion philosophique, découvre en soi, l'histoire de la philosophie nous le fait retrouver, comme en une image agrandie, dans les doctrines qui se sont succédé à travers